Porter le temps sur soi. Si le grand bouleversement des habitudes a commencé dès le XVIIe siècle, c’est aux alentours des années 1910 que l’intention a réellement été suivie du geste. Celui, très concret, voire quasi-révolutionnaire, de ne plus porter sa montre dans la poche du gilet, ni attachée à l’extrémité d’une chaînette fixée au pantalon. En Europe, les temps ont changé et la mode est désormais de la porter au poignet, à la vue de tous.

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Un bijou bien utile
Quand l’Amérique du Nord découvre la montre-bracelet, au départ, personne n’y croit. On y considère cette invention comme une idée farfelue, une lubie un peu ridicule et sans avenir. Il est vrai qu’au XIXe siècle, les premières montre-bracelets se définissaient surtout comme des accessoires de prestige, des articles de mode et peu précis, destinés aux têtes couronnées de ce monde. À l’image de ce modèle à complications offert en 1810 par Abraham-Louis Breguet à la reine consort de Naples, la sœur de Napoléon, ou encore de ces premiers exemplaires sertis de diamants conçus par la maison Cartier, en 1888.

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Pourtant, lors de la Première Guerre mondiale, son port va devenir obligatoire chez les soldats, notamment dans les tranchées, où chercher l’heure dans sa poche devient un acte extrêmement dangereux. Grâce à son verre incassable et un éclairage au radium, la montre-bracelet se révèle soudainement très pratique et s’impose comme un équipement militaire capable de rendre le monde sans danger, ou presque. En tout cas, à l’issue de la Grande Guerre, son utilité n’est plus contestée, en Europe comme aux États-Unis. La montre accrochée à un bracelet a fini de convaincre les médisants et va pouvoir conquérir tranquillement les poignets du monde entier.
Des mécaniques bien huilées
Au début du XXe siècle, la marque suisse Omega prend les devants en produisant la première montre-bracelet de série. Dans les années 1920, les modèles deviennent très fiables, résistants au choc. Le monde de l’aviation en est conscient et se met à la page, en adoptant le modèle Santos de Louis Cartier. En 1926, John Harwood industrialise la montre-bracelet automatique, suivie un an plus tard par la mise sur le marché de la première montre étanche de la marque Oyster.

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À partir des années 1960, la montre-bracelet devient un must-have vestimentaire, pour les hommes comme pour les femmes et ce, sans aucune limite d’âge. C’est l’époque des premières montres électriques et à quartz, respectivement lancées par Hamilton et Seiko. À la fin des années 1970, l’affichage alphanumérique, en provenance du Japon, fait son apparition, tandis que sur les montres mécaniques et analogiques, de nouvelles fonctionnalités (boussole, phases de lune, réveil, etc.) renouvellent régulièrement un accessoire en pleine expansion.

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À la croisée des chemins
Aujourd’hui, les horlogers continuent d’innover, notamment sur le plan esthétique. Si le secteur reste largement dominé par les montres dites classiques ou graphiquement hyper-sportives, la créativité offre tout un registre de montres aux allures extravagantes, en termes de formes et d’affichages, mais aussi de motifs, de matières et forcément, de prix.
C’est par exemple le cas de la Boy.Friend de Chanel, avec ses parties pleines ajourées, qui dévoilent les coulisses du tic-tac, mais on pourrait aussi évoquer la H²O de la marque HYT qui, à la place d’une aiguille des heures, fait fi des canons de l’horlogerie traditionnelle en utilisant un tube circulaire qui se remplit d’un liquide coloré progressant à mesure que la journée s’écoule.

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Résultat, on assiste ces dernières années à une montée en prestige qui ne parvient pas à contenir la chute des ventes. Un phénomène dû à la concurrence faite par les smartphones et ce besoin de remettre paradoxalement le garde-temps dans sa poche, comme c’était le cas au XVIIIe siècle. L’arrivée sur le marché des montres connectées comme l’Apple Watch, vendue à 15 millions d’exemplaires en 2017, arriveront-elles à restaurer l’âge d’or du poignet ? L’avenir le dira…
Des bijoux mythiques
En attendant, certaines montres de luxe poursuivent leur envol par-dessus les époques, au-delà des tendances, telles des célébrités intemporelles. C’est le cas de la Rolex Submariner, la première « plongeuse » créée par la maison suisse en 1962 et que James Bond a rendu célèbre.
L’Omega Speedmaster (1957) est également un incontournable, tout simplement parce qu’elle fut le premier chronographe à être portée sur la lune, en 1969. Si on remonte encore dans le temps, la Breitling Navitimer (1952), adorée des aviateurs, la Calatrava de Philippe Patek (1932), aux lignes épurées et inspirées du mouvement Bauhaus, ou la Tank de chez Cartier font partie de cette famille de montres si particulières.

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Notons enfin qu’au royaume de la démesure, les prix atteints aux enchères par les modèles les plus emblématiques se comptent à plusieurs dizaines de millions. En 2017 la Rolex Daytona dite « Paul Newman », une montre-bracelet ayant appartenu au légendaire acteur américain, s’est envolé pour 17 752 500 dollars (15 millions d’euros). En 2019, la Patek Philippe « Grandmaster Chime » Ref. 6300A-010 a été adjugée chez Christie’s pour 31 000 000 francs suisses (31,1 millions de dollars ou 28,3 millions d'euros).
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