Tout commence avec le couturier anglais Charles Frederik Worth (1825-1895), dont les créations ont fait les beaux jours de la mode au XIXe et au début du XXe siècle. À cette époque, les couturières, souvent des femmes, étaient engagées pour coudre des vêtements à la demande. Worth a commencé à coudre au milieu des années 1800 et a fini par ouvrir son propre studio à Paris, au 7 rue de la Paix. Il est considéré par de nombreux historiens comme le père de la haute couture.

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Ce que beaucoup ignorent, c'est qu'un Suédois a également joué un rôle important dans l’histoire de la mode. En 1858, l’homme d'affaires suédois Otto Gustav Brobergh fonde, en partenariat avec Worth, ce qui allait devenir la première maison de couture au monde : House of Worth.
Dès l’ouverture, Worth souhaite présenter la mode d'une manière similaire à l'art. Pour cela, il présente de nouveaux modèles lors d'une exposition, à l'instar des artistes qui présentent leurs œuvres lors de vernissages. Au lieu de coudre à la demande, les modèles sont désormais basés sur ses propres idées et ses impulsions créatives. Les clients peuvent alors choisir parmi une sélection de pièces exposées en vitrine, et faire modifier leur favorite à leurs mesures. C'est une tradition qui se perpétue dans le monde de la mode lors des événements annuels de haute couture en janvier et en juillet.

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Charles Frederik Worth voit sa popularité s'étendre de la royauté européenne aux multimillionnaires américains. Worth n'a pas seulement inventé les termes « créateur de mode » et « maison de couture », il a également transformé ce métier autrefois réservé aux femmes en un domaine qui sera plus tard dominé par les hommes. Malheureusement, à l'époque de Worth, le rôle des femmes dans la mode était réduit à celui de « petites mains » pour les tâches subalternes, tandis que les hommes assumaient le rôle de « génies de la création ».
En France, la réglementation de la haute couture est contrôlée par la Fédération de la Haute Couture et de la Mode (qui comprend aujourd’hui trois chambres syndicales). Fondée en 1868 sous le nom de Chambre Syndicale de la Couture, des Confectionneurs et des Tailleurs pour Dame, elle a pour rôle de décider quelles maisons sont autorisées à appeler leur travail « haute couture ». Seuls les noms figurant sur sa liste sont considérés comme de véritables maisons de couture.
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En 1945, année où l’appellation « Haute Couture » est devenue une appellation juridiquement contrôlée suite à un décret du 23 janvier, la Chambre Syndicale de la Couture a établi une liste de normes strictes à respecter pour rejoindre le prestigieux cercle des maisons accréditées. Ces critères comprenaient, par exemple, le fait que les maisons devaient concevoir et coudre des créations à la demande pour des clients privés, avoir un atelier à Paris et compter au moins 15 employés, ou encore présenter une collection d'au moins 50 pièces chaque saison (comprenant à la fois des vêtements de jour et de soirée).

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C'est au milieu du XXe siècle qu'ont été créées les maisons qui sont aujourd’hui synonymes de haute couture : Chanel, Balmain, Balenciaga, Dior.
Comme de nombreuses autres institutions, le monde de la mode a été secoué par la Seconde Guerre mondiale, notamment à cause de la pénurie de ressources et de la restriction de biens de consommation. Au lieu de faire de nouveaux achats, tout le monde, des femmes au foyer aux aristocrates, doit modifier et entretenir les vêtements déjà présents dans sa garde-robe. En plus de ces pénuries, l'Occupation empêche la production et l'exportation des pièces de haute couture. Cependant, après la guerre, en 1947, la discipline connaît une renaissance lorsque Christian Dior présente des modèles révolutionnaires avec des tailles marquées, des crinolines plus étroites et de grandes jupes, inaugurant le glamour d'après-guerre.

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C'est dans ces maisons de haute couture légendaires que de nombreux couturiers ont commencé leur carrière. Yves Saint Laurent a fait ses classes chez Christian Dior, Pierre Cardin a travaillé avec Elsa Schiaparelli et Emanuel Ungaro, alors âgé de 22 ans, s'est installé à Paris pour travailler avec Cristóbal Balenciaga. Cette nouvelle génération, qui n’hésitait pas à lancer ses propres maisons de couture après leur apprentissage chez les grands, est devenue l’une des plus influentes des années 1960 et 1970.

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Dans les années 1970, le nombre de maisons de couture actives était plus limité que jamais. Seules dix-neuf maisons étaient approuvées, une grande différence par rapport aux années 1940, où 106 maisons avaient obtenu le prestigieux statut. On considère que les règlements stricts de la Chambre Syndicale de la Couture étaient à l'origine de cette réduction significative. La production de masse utilisant des matériaux bon marché s'est développée dans l'industrie de la mode. En outre, la récession a entraîné une baisse de l'intérêt pour la haute couture. Pendant cette période, des géants comme Thierry Mugler et Christian Lacroix ont quitté le syndicat.

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Une économie renforcée et une mondialisation croissante ont entraîné un regain d'intérêt pour la haute couture. Aujourd'hui, parmi les maisons de couture agréées, on compte plusieurs acteurs internationaux, des anciens (Chanel, Dior, Schiaparelli, Givenchy) aux stars contemporaines (Giambattista Valli, Alexandre Vauthier, Alexis Mabile, Maison Margiela). Les acheteurs de Chine, du Moyen-Orient et de Russie veulent tous faire partie de ce monde magique, qu'il s'agisse de concevoir des pièces ou de les porter. La haute couture reste une affaire d'artisanat et d'imagination. C’est un moyen pour les créateurs d'exprimer leur créativité, non seulement par le biais de leurs pièces, mais aussi dans la façon dont elles sont mises en scène lors de défilés emblématiques où l'art, la musique et la théâtralité ne font qu’un.

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Le défilé haute couture F/W 17 d'Iris van Herpen en est un exemple. Van Herpen, qui a toujours défié les conventions de la mode et qui se situe souvent à la frontière entre la mode et la science, a présenté sa collection accompagnée par le groupe de musique danois Between Music qui s'est produit immergé dans des réservoirs d'eau. La collection visait à souligner la lumière dans l'obscurité, un message auquel l'installation musicale a contribué avec ses images sonores agiles et suggestives.
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Dans un monde de production de masse, de marques à bas prix et de prêt-à-porter, les créations coûteuses et élaborées peuvent sembler extravagantes. Cependant, la couture permet aux créateurs de mode d'ignorer les exigences commerciales et de revenir à ce qu'ils aiment le plus : explorer les frontières de la mode et la création dans sa forme la plus pure.
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