Le marché de la mode se diversifie, abandonnant peu à peu le prêt-à-porter au profit de pièces uniques, personnelles et durables proposées sur le marché des enchères. Aujourd'hui, les jeunes consommateurs renouvellent leurs vêtements à un rythme très soutenu. Les « anciennes tendances » sont rapidement délaissées et atterrissent sur le marché de l’occasion, dans les friperies et dans les salles de ventes. D'un autre côté, les acheteurs consciencieux voient dans ce segment du marché une opportunité de mettre la main sur une pièce de haute couture ou de marque, dont le charme et l'allure vintage restent inimitables.
Les experts Dominique Chombert et Françoise Sternbach, pointures de la haute couture et du vintage depuis plus de 30 ans, vous offrent quelques conseils pour vous lancer et comprendre les rouages de la mode aux enchères.

Pourquoi acheter des pièces vintage en salle des ventes ?
Dominique Chombert et Françoise Sternbach mettent la Haute Couture et le Vintage au même niveau que l’art. Dans le monde de la mode, il existe nombre de métiers à part entière. Et chacune de ces professions possède ses propres outils et vocabulaires. Dominique Chombert souligne que, pour ces deux raisons, ce sont des métiers d’art : un savoir-faire adoubé par l’outil et le langage.
Que ce soit en salle des ventes ou en boutique, Françoise Sternbach conseille aux néophytes de se fier à ceux dont l’expertise est reconnue.
Elle précise qu’en salle des ventes, l’intervention de l’expert sécurise l’achat mais que faire ses emplettes auprès d’un marchand tel Didier Ludot, autre figure incontournable de la mode, s’avère tout aussi sûr. En côtoyant experts et marchands, le novice peut se forger une culture, se former l’œil avant de commencer à chiner ailleurs.
Quels conseils donner à un novice qui souhaiterait acheter une première pièce ?
Dans un premier temps, il faut regarder si la pièce est belle : sans tache, sans auréole. Françoise Sternbach insiste : « il faut que ce soit impeccable ! ». Elle conseille de vérifier que les finitions soient belles, la coupe bonne, le tissu de qualité. « Même sur un vêtement anonyme, si ces éléments sont réunis, cela dépasse tout ! »
Elle déconseille de se reposer sur les marques : « Ce n’est pas parce qu’on achète une griffe que c’est bien. Certaines collections ont marqué les esprits tandis que d’autres sont passées inaperçues ». Elle invite aussi à se renseigner pour savoir si la pièce a été faite à des milliers d’exemplaires : en cas de revente, il peut y avoir une plus-value si la pièce s’avère rare. Autre conseil : observer la mode actuelle ! Et se promener pour regarder ce qui se passe sur le marché….

Quel type de pièce pour un premier achat ?
Tout dépend de l’acheteur. Dominique Chombert rappelle qu’il existe plusieurs types d’achats pour un particulier : l’achat coup de cœur et l’investissement.
Pour l’achat coup de cœur, elle songe aux nombreuses pièces de couturiers et créateurs des XXe et XXIe siècles. De vrais coups de cœur, créations à porter ! Celui qui achète des vêtements pour les porter s’attardera à certains détails qui diffèrent des préoccupations du collectionneur. Pour l’achat investissement, elle mentionne en exemple, pour Saint Laurent, entre autres la Collection Russe. Les thèmes Haute Couture sont souvent déclinés en prêt à porter : ces pièces bien qu’ayant été réalisées en plusieurs exemplaires prennent malgré tout de la valeur.
L’esprit de la recherche va être différent pour un collectionneur : il va s’intéresser à un couturier précis ou encore à une époque. Au départ, il va cibler étroitement ses acquisitions pour élargir ensuite son champ de recherche.
Dominique Chombert rappelle qu’il existe de nombreuses niches, et cite pour exemple le marché du Jeans. Pour faire un bon achat, il faut avoir un coup de cœur ou être connaisseur. « Pour vendre ou acheter du moderne, il faut connaître l’ancien. Cela s’applique à l’art comme à la mode ». Après tout, la plupart des créateurs s’inspirent de leurs prédécesseurs ou d’un courant artistique.

La mode rime-t-elle avec le goût ?
Selon Dominique Chombert, « la notion des mélanges, c’est le goût. Le goût, c’est l’anti-pochette surprise. Le vrai goût, c’est de savoir mélanger ». Pour Françoise Sternbach, « le goût, c’est de passer inaperçu ».
Si on parle de collection, il faut savoir qu’elle évolue. Il faut se faire la main, revendre au fur et à mesure les petites pièces pour en acquérir de plus importantes. Se documenter s’avère important mais acheter encore plus ! C’est en ayant les pièces entre les mains qu’on apprend le plus, et il ne faut pas craindre de ses erreurs : elles font grandir. Enfin, écouter sa sensibilité est primordial.
Une pièce qui aura marqué votre carrière ?
Tout de suite, Françoise Sternbach mentionne une créatrice : Elsa Schiaparelli puis une robe de plage des années 1930. Elle mentionne le délicat filet en corde qui donnait l’impression d’un travail au crochet. Elle en relève l’aspect ludique. Françoise Sternbach mentionne, en outre, la vente Elsa Schiaparelli : Garde-robe de 1935 à 1950, Haute Couture & Vintage 1900-2000 que le cabinet Chombert-Sternbach avait organisée avec Cornette de Saint-Cyr, le 3 juillet 2009.
De façon générale, elle apprécie tout particulièrement les Années 20, 30 et 40 pour leurs coupes. Les deux experts s’accordent sur un point : elles recherchent avant tout la beauté des choses.

Une vente incontournable cette année ?
En octobre 2020, le Cabinet Chombert-Sternbach dispersera une garde-robe Valentino comprenant quelque 600 pièces. A ce remarquable ensemble s’ajoutent trois pièces Haute Couture signées Chanel et Jean-Paul Gaultier. Cette vacation qui se tiendra à Drouot retrace toute l’histoire de la maison : le catalogue présentera des pièces de l’époque de Monsieur Valentino mais aussi de Maria Grazia Chiuri. La propriétaire de cette garde-robe s’habille depuis 35 ans chez Valentino, et cet ensemble apporte un témoignage précieux à l’histoire de la mode. Elle achetait des créations à chaque collection, et dans la dernière, celle de 2008, elle avait choisi toutes les pièces. Des accessoires accompagnent ces vêtements. Les deux experts précisent que la griffe Valentino se voit pour la première fois mise en avant aux enchères.
Fondé en 1989, le Cabinet Chombert & Sternbach a donné et assuré une place à la Haute Couture et au Vintage, au Luxe, en salle des ventes aux enchères publiques. Incontournables à Drouot et dans le monde de la mode, Dominique Chombert et Françoise Sternbach ont rendu les enchères accessibles au plus grand nombre, et ont largement contribué à une reconnaissance de la Haute Couture et de la mode Vintage en tant qu’art.

Les deux experts ont vu passer plusieurs millions de lots entre leurs mains, et continuent ce métier avec passion pour le plus grand plaisir des collectionneurs, et plus généralement, des amoureux de la mode.
Comme le confirme Pontus Silfverstolpe, co-fondateur de Barnebys, « aujourd'hui, les gens veulent acheter sur le marché secondaire non seulement pour trouver des articles personnels, uniques, et de bonne qualité, mais parce qu’ils sont de plus en plus soucieux des problèmes environnementaux. Et tout cela, à un prix nettement inférieur. La ré-utilisation et l’achat aux enchères, que ce soit en salle physique ou en ligne, est le meilleur moyen de motiver la consommation aujourd'hui ! »
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