Tony Cragg naît en 1949 à Liverpool, en Angleterre. Il travaille d’abord comme technicien dans un laboratoire spécialisé dans le caoutchouc. En 1969, il entame des études de design à Cheltenham puis à Londres (Royal College of Art). Il produit d’abord des photographies, des assemblages et des installations. Dans les années 1970, il commence à collecter des déchets de toutes sortes pour les réutiliser à la mode de l’arte povera. Il donne ainsi une seconde vie aux objets rejetés par la société en les réinvestissant d’une âme artistique.
Comment faire en sorte que cette surface semble vivante, qu'elle dégage sa propre énergie ?
D’abord fasciné par le plastique, Tony Cragg en recouvre le mobilier de la vie quotidienne (Fragments on Table and Chair, 1971). Dans Spectrum (1979), il déploie sur le sol un grand drapeau fait de déchets reprenant les couleurs de l’arc-en-ciel dans un esprit Pop Art. Il s’ouvre aussi aux autres matériaux comme le montre la série des Stack, de 1975 à 1985. Là encore, divers débris sont associés à la manière d’une compression de César. Où l’on retrouve déjà la thématique de l’empilement qui sera chère à l’artiste. Parallèlement, Tony Cragg développe une activité d’enseignant à Metz (1976) puis à Düsseldorf (1978). En 1979, il organise son premier solo show à la Lisson Gallery.

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Les années 1980 sont marquées par une ouverture vers les autres matériaux qui ne cessera de s’élargir progressivement. Tony Cragg étale le plastique dans de grandes fresques murales comme Red Bottle (1982) ou Britain seen from the North (1981). Dans Menschenmenge (1984), le gigantisme des personnages colorés (2 × 13 mètres) fait écho à la masse monumentale des débris rejetés par la société de consommation.
Il expose en France pour la première fois chez Chantal Crousel (1980) et au musée d’art et d’industrie de Saint-Étienne (1981). En 1982, il participe à la documenta de Cassel. Certains assemblages inaugurent un long retour vers les matériaux traditionnels de la sculpture comme George and the Dragon (1984), Condensor (1989) ou Matruschka (1989). Corrélativement, de nombreuses créations attestent d’un intérêt croissant pour la science. Tony Cragg développe une esthétique naturaliste dans des compositions originales : The Worm Returns (1985), Gastéropodes (1988), Membrane (1986).

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Dans Minster (1987), il reprend le principe de l’empilement développé dans la série Stack qu’il couple à la thématique scientifique. Les strates composant les structures s’érigent comme autant de couches géologiques attestant du parcours créatif, synonyme d’élévation. L’artiste participe à la Biennale de Venise en 1986 et 1988, ainsi qu’à la documenta de Cassel en 1987. En 1988, il obtient le Turner Prize.
Dans les années 1990, Tony Cragg développe ses concepts autour de la transformation des formes géométriques autonomes. En ressortent des assemblages divers comme Congregation (1999), Spyrogyra (1992) ou Subcommittee (1991), ainsi que des sculptures anthropomorphiques (Statue de Lichtervelde, 1999). Une exposition est dédiée à l’artiste au Centre Georges Pompidou en 1996.

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À partir des années 2000, l’intérêt scientifique transparaît toujours plus nettement dans ses œuvres et prend un tour résolument esthétique. En 2003, Tony Cragg expose des sculptures zoomorphes aux parois alvéolées sur le parvis de la BnF. L’artiste développe un vaste ensemble de sculptures totémiques s’élevant en ligne droite sur plusieurs mètres de haut, en écho aux colonnes sans fin de Brancusi. En bois ou en métal, celles-ci présentent un profil anthropomorphique confiné dans une indistinction latente. Dans Point of view (2004), installée à Montpellier, se déploient trois colonnes imposantes de plus de 10 mètres de haut. On peut également citer It is, it isn’t (2011) ou Foreign Body (2015).
Dans Relatives (2012) et Accurate figure (2013), on retrouve ce même design renforcé par des formes fluides, lisses. Celles-ci rappellent encore l’aspect des couches d’empilement géologiques du Painted Desert américain ou de la Cappadoce sauvage. Une dérive aux contours futuristes menant parfois l’artiste jusqu’à des rivages à l’esprit tout koonsien (Companions, 2008). Autant de créations qui invitent le spectateur à tourner autour de l’œuvre, dans un rituel de circonvolution qui prend rapidement des allures métaphysiques.

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Depuis 2008, Tony Cragg expose ses sculptures dans le parc de Wuppertal, en Allemagne, où il vit et travaille. Dans les formats monumentaux s'affirment le volume, la souplesse et la contorsion des matières, témoignant de sa plus belle période de maturité.
Sur le marché secondaire, ses œuvres sont connues pour atteindre des centaines de milliers d'euros : en 2018, l'œuvre Bent of Mind s'est envolée pour 550 821 euros chez Christie's, en 2011, Divide a atteint 547 625 euros chez Sotheby's, et en 2015, Pair a fait tomber le marteau pour 615 733 euros, également chez Sotheby's.

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En observant son art, le spectateur peut laisser courir son imagination tout en gardant à l'esprit ces quelques mots de l'artiste : « La sculpture est l'une des seules utilisations de la matière qui ne soit pas utilitaire. Elle n'a pas besoin d'utiliser les critères du plus petit dénominateur commun pour exister, et elle produit réellement de nouvelles formes dans la matière ». C'est certainement le thème le plus significatif et le plus répandu dans l'œuvre de l'artiste. « Comment faire en sorte que cette surface semble vivante, qu'elle dégage sa propre énergie ? » : ce questionnement le distingue sans doute comme l'un des plus grands sculpteurs des XXe et XXIe siècles.
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Version actualisée d'un article publié le 15 avril 2019



