Alités pendant de longues périodes, souffrant d’un handicap permanent ou victimes d’un accident, ces artistes se sont tournés vers l’art et ses pouvoirs de guérison, déversant leurs maux à coups de pinceau, jusqu’à la renommée.
Frida Kahlo (1907-1957)

L'exemple le plus connu de l’artiste ayant exercé ses talents depuis son lit est probablement Frida Kahlo. Enfant déjà, elle dessinait des croquis dans ses cahiers et s'intéressait à la photographie grâce à son père, mais elle avait en tête une carrière de scientifique, peut-être de médecin.
Après avoir souffert de la polio à l'âge de six ans, qui lui a laissé une jambe plus courte que l’autre, le destin l'a frappée encore plus cruellement douze ans plus tard, lors d’un grave accident de bus. Avec une colonne vertébrale et des côtes cassées (la forçant à porter un corset par la suite), onze fractures à la jambe droite et un pied brisé, la convalescence a été longue et difficile.
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Alitée pendant un an, elle se fait offrir un chevalet et commence à peindre. Forcée de trouver des sujets visibles dans son environnement immédiat, elle peint des parties de son corps, des autoportraits, ainsi que des amis et des membres de la famille.
Après avoir retrouvé la force de marcher, elle montre ses œuvres au peintre Diego Rivera, qu'elle admire depuis longtemps. Impressionné par son talent et tombé sous son charme, il l’épousera en août 1929.
Andy Warhol (1928-1987)

À l'âge de huit ans, Andy Warhol, qui vivait à Pittsburgh avec ses parents et ses deux frères après avoir quitté la Slovaquie, est atteint d'une maladie auto-immune : la chorée.
Cette maladie, qui ne touche généralement que les enfants à la suite d'une infection streptococcique, s'accompagne de contractions musculaires du visage et des mains. En outre, il souffrait d'un trouble rare de la pigmentation et était souvent pris pour un albinos.
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Sa mère a joué un rôle très important pendant sa convalescence. Julia Warhola était une femme créative qui aimait dessiner, peindre des œufs de Pâques, faire des arrangements floraux et avait une belle écriture calligraphique, pour laquelle elle a même été récompensée plus tard.
Andy s’est donc initié au bricolage et au dessin. Avide de culture et de créativité, il s’est également intéressé aux bandes dessinées et aux films, et écoutait la radio toute la journée. Il décrira plus tard cette période comme cruciale pour son développement artistique.
Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901)

Henri de Toulouse-Lautrec, qui sera plus tard connu comme portraitiste des cabarets parisiens et figure incontournable de la scène artistique de Montmartre, a également trouvé sa voie pendant sa convalescence.
Ses parents, des aristocrates, étaient cousins germains et s’étaient mariés pour préserver la fortune de la famille. Leur union consanguine a eu des conséquences néfastes sur leurs enfants : le premier, Henri, a souffert de problèmes de santé toute au long de sa vie, le second, Richard, est mort à l’âge d’un an à peine.
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Henri était atteint d’une pycnodysostose, une maladie qui affaiblit la structure osseuse et entrave son développement. Après une chute qui lui brise le fémur gauche à l’adolescence, il ne se rétablit pas complètement et sa croissance est affectée : son tronc se développe mais ses membres restent courts, si bien qu’il ne dépassera jamais 1,52 mètre malgré les lourds traitements qu’on lui inflige.
Immobilisé et isolé très régulièrement, Henri utilise sa convalescence à bon escient : il dessine sans relâche sur tous les supports qui lui tombent sous la main. Il dédiera sa carrière d’artiste à des sujets qui lui ressemblent, notamment des personnes vulnérables et souvent négligées par la société.
Amedeo Modigliani (1884-1920)

Le désir de devenir artiste est apparu à Amedeo Modigliani en rêve, et plus précisément lors d’un rêve fiévreux, communs pendant son enfance ponctuée de maladies. À l'âge de onze ans, il est atteint de pleurésie et, trois ans plus tard, en 1898, de typhoïde.
Après sa guérison, il s'inscrit dans une école d'art privée, mais contracte la tuberculose deux ans plus tard. Avec sa mère, il se rend dans le sud de l'Italie, puis vit et étudie à Florence et à Venise. En 1906, il s'installe à Paris, où il s’intègre rapidement dans la scène artistique de Montmartre et vit la vie de bohème.
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Amedeo travaille comme sculpteur pendant un temps, mais ses poumons ne supportent pas longtemps l’émission des poussières, et il doit y mettre un terme. Il se plonge à corps perdu dans la peinture et réalise des portraits singuliers qui présentent déjà les traits épurés, les yeux en amande et les cous allongés qui constituent son style. Malgré une faible santé, il mène une vie débauchée et consomme non seulement de l'alcool mais aussi du haschisch et de l’opium.
Lorsqu'on lui offre la possibilité de vivre dans le sud de la France pendant un an, en 1918, il accepte volontiers. De retour à Paris, son état s’aggrave à grande vitesse et en 1920, alors que ses œuvres sont exposées dans huit galeries européennes, une méningite tuberculeuse l’emporte à l'âge de 36 ans.
Sam Francis (1923-1994)

Contrairement à la plupart des artistes de cette liste, qui on souffert de pathologies dès l’enfance, Sam Francis s’est retrouvé alité à un âge plus avancé.
Né à San Mateo, en Californie, Sam Francis n’a jamais eu le désir de devenir peintre. Sa première passion, que sa mère (décédée alors qu'il n'avait que 13 ans) lui a transmise, c’était la musique.
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Sam Francis voit d'abord son avenir dans les sciences et s'inscrit à l'université de Californie à Berkeley pour étudier la médecine, la botanique et la psychologie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert dans l'armée de l'air, où il se blesse à la colonne vertébrale lors d'un vol d'essai et passe les années suivantes à l'hôpital.
Une visite de l'artiste David Park l’encourage à exprimer sa frustration en peignant. Une fois rétabli, il retourne à Berkeley, cette fois pour étudier l’art, avant de devenir l’une des figures de proue de l’expressionnisme abstrait américain.




