Les enfants méritent ce qu’il y a de mieux.
Née en 1847 à Giengen an der Brenz, Margarete Steiff est la troisième d’une famille de quatre enfants. À l’âge de 18 mois, elle perd l’usage de ses jambes à la suite d’une forte fièvre. Un médecin diagnostique bientôt une poliomyélite. En dépit de nombreux soins, l’amélioration de son état de santé semble sans espoir.

À lire aussi : Les poupées : des jouets devenus objets de collection
Couturière de formation, Margarete se bat pourtant au quotidien. Elle travaille dans l’atelier de ses sœurs Marie et Pauline, qu’elle reprend en 1870. Constatant l’attrait naturel des enfants pour un éléphant en feutre cousu à la va-vite pour planter les épingles (qu’elle vend a des clients), elle décide en 1879 de se spécialiser dans la fabrication de peluches. Dès les premières années, le succès est immédiat. Les animaux conçus par Margarete s’avèrent d’une grande qualité de matière et de fabrication. Très vite, la petite entreprise familiale prospère.
Le premier catalogue Steiff, paru en 1892, montre la grande diversité de gamme proposée aux enfants et leurs parents. En dix ans, les éléphants ont été rejoints par des singes, des ânes, des chevaux ou des chiots… La devise personnelle de Margarete Steiff apparaît noir sur blanc dans le catalogue : « Les enfants méritent ce qu’il y a de mieux. »

Le succès fulgurant de l’entreprise Steiff permet à la famille d’agrandir le site de production. En 1903 est construit le bloc Est du complexe, qui devient une icône du modernisme architectural. Le bâtiment, conçu par Richard Steiff (le neveu de Margarete), présente en effet une paroi transparente faite de verre et de métal. Une structure proche du Crystal Palace de Londres, que le jeune homme a pu admirer en 1897. L’Ostbau, comme on le nomme en Allemand, est ainsi aujourd’hui le plus ancien bâtiment à curtain wall au monde (l’usine Fagus de Walter Gropius à Alfeld date de 1911). Les autres blocs du site familial sont construits dès 1904 sur le même modèle.

À lire aussi : Märklin, une saga en miniature
La modernité du bloc Est n’est pourtant pas qu’esthétique : dans l’esprit de la famille Steiff, il s’agissait de capter un maximum de lumière naturelle pour assurer la fabrication minutieuse des peluches (à une époque où l’électricité arrive seulement dans les plus grandes villes allemandes). L’économie de matériel permettait également de réduire les coûts de construction.

Côté nounours, la petite entreprise ne connaît pas la crise. Bien au contraire : au début des années 1900, la multiplication des contrefaçons conduit la famille à instaurer le système d’authentification du « bouton à l’oreille ». Un sceau de qualité maison qui deviendra emblématique.
En 1902, Richard Steiff conçoit le premier teddy bear de Steiff, le « Bär 55 PB ». C’est le premier ours possédant des bras et des jambes amovibles. Ce produit rencontre un succès phénoménal qui permet à l’entreprise de prendre une dimension mondiale : le cap symbolique du million de peluches vendues est franchi dans la foulée.

À lire aussi : L’extraordinaire histoire du parrain des jeux vidéo
Steiff emploie alors 400 salariés et 1 800 travailleurs à domicile. En 1909, Margarete Steiff décède à l’âge de 61 ans. Les neveux prennent alors la direction de la firme.
Après la Seconde Guerre mondiale, l’entreprise (alors dans le mou) se relance avec l’introduction de Mecki, un personnage inspiré des poupées des frères Diehl. En 1951 sort également Zotty, l’ours emblématique. Celui-ci sera fabriqué en différentes versions de tailles et de couleurs.

L’entreprise enchaîne les succès commerciaux. Elle devient peu à peu un mythe. En 1997, une galerie Steiff est ouverte à Hambourg. Il en existe aujourd’hui plusieurs dans le monde. Des créateurs célèbres s’associent à la marque au fil des séries, comme James Rizzi en 2002 ou Karl Lagerfeld en 2008.
En 2005, Steiff fête les 125 ans de la marque en ouvrant un musée. Un ours Teddy 125 carats est créé en 125 exemplaires, avec des yeux de saphir bleu cernés de diamants. Un doudou de luxe d’une valeur extravagante de 30 000 euros.

À lire aussi : Ces objets de collection qui ont explosé les enchères
Fidèle à son image de marque, Steiff continue aujourd’hui de produire des peluches d’une qualité irréprochable. Le choix des matières est méticuleux (soie, alpaga, mohair), et la fabrication soumise à plusieurs contrôles au cours des étapes. Comptez environ 7 heures de travail pour une peluche classique.
Aux enchères, certaines pièces de collection atteignent des prix exceptionnels… L’ours Louis Vuitton, une pièce unique, s’est vendu près de 2 millions d’euros en 2000 à Monaco ! Rassurez-vous, la marque fabrique aussi des modèles à tous les prix, pour tous les goûts… et pour tous les âges. De quoi s’offrir un gros câlinou !
Retrouvez plus d'articles sur le monde de la collection sur le Magazine Barnebys !









