En 1770, à l'âge de 14 ans, l'archiduchesse autrichienne Marie-Antoinette épouse l'héritier du trône français Louis-Auguste et s'installe au château de Versailles. À l'époque, c'est un garçon manqué qui joue avec les chiens et les enfants de ses dames d'honneur.
Mais cela change immédiatement lorsque Marie-Antoinette devient reine quatre ans plus tard et découvre les créations élégantes de la modiste Rose Bertin. Elle rencontre la parisienne par l'intermédiaire de sa belle-cousine, la duchesse de Chartres, et de sa chère amie, la princesse de Lamballe (deux jeunes femmes et belles-sœurs très au courant des dernières tendances).
La mode devient l'un des plus grands plaisirs de la jeune reine malheureuse en ménage, qui déteste ses fonctions royales. Avec Rose Bertin, qui fut nommée « ministre de la mode » au cours de leur collaboration, Marie-Antoinette créa son look caractéristique : des coiffures imposantes ornées de toutes sortes de rubans et de plumes - une invention de leur coiffeur Léonard Autié.

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Son intérêt pour la mode lui vaut non seulement de l'admiration, mais aussi beaucoup de moqueries. Depuis Vienne, la mère de Marie-Antoinette, l'impératrice Marie-Thérèse, a vent des rumeurs et regrette l’attitude de sa fille qu’elle trouve indigne venant d'une reine. Elle communique néanmoins le souhait ardent d’obtenir un portrait de sa fille cadette, qu'elle a mariée à l'étranger à un si jeune âge.
Marie-Antoinette est prête à se plier aux souhaits de sa mère adorée, mais elle ne parvient pas à trouver un peintre dont elle approuve les compétences. Personne n'a jamais réussi à reproduire son portrait comme elle le souhaitait ; « Les peintres me tuent et me poussent au désespoir ! », écrit la reine avec désespoir à Vienne.

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Une lueur d'espoir apparaît alors lorsqu'elle entend parler d'une jeune femme qui fait sensation à Paris : Élisabeth-Louise Vigée Le Brun. Élisabeth Vigée est née à Paris en 1755, fille du pastelliste Louis Vigée, elle hérite de son talent sans rester dans son ombre. Lorsque Marie-Antoinette, qui a le même âge, arrive en France, Élisabeth est déjà sollicitée comme portraitiste par la noblesse et la riche bourgeoisie. En 1776, elle épouse le marchand d'art Jean-Baptiste-Pierre Le Brun, qui gère avec succès les affaires de sa femme. Enfin, en 1778, l'appel vient de Versailles, où la reine souhaite être peinte par Madame Vigée Le Brun.

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Les deux jeunes femmes s'entendent séance tenante et, après que Marie-Antoinette, née à Vienne, ville de la musique en Europe, découvre que la peintre chante à merveille, il ne se passe pas une séance de portrait sans duo.
Le premier portrait, représentant la reine dans une grande robe de cour, est accueilli avec enthousiasme et Marie-Antoinette est heureuse de l'envoyer à Vienne, où il est également très apprécié. « Votre grand portrait me ravit ! », écrit Marie-Thérèse à sa fille en voyant le tableau au printemps 1779.
Élisabeth Vigée Le Brunne ne tarit pas d'éloges pour sa cliente royale. Même à un âge avancé, lorsqu'elle rédige ses mémoires, elle souligne la gentillesse que Marie-Antoinette lui a toujours témoignée, citant en exemple le moment où la reine a insisté pour ramasser des pinceaux que la peintre, alors enceinte, avait fait tomber. Elle est également impressionnée par la grâce de sa reine, mais surtout par son teint éclatant. Elle décrit la peau de la reine comme « si translucide qu'elle ne capte aucune ombre. Je n'ai pas pu reproduire [le teint] comme je l'aurais voulu. Il me manquait les couleurs, les tons subtils pour cette fraîcheur... »

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Marie-Antoinette soutient son amie du mieux qu'elle peut et fait en sorte qu'elle devienne membre de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture le 31 mai 1783, devient l'une des rares femmes admises. À l'automne de la même année, Vigée Le Brun expose pour la première fois au Salon de Paris. L'une des œuvres présentées est un portrait de la reine, devenue entre-temps mère de famille, et dont la popularité s’est dégradée auprès du pays du fait de son amour pour les vêtements coûteux, les bijoux et les jeux d'argent. Elle se met également à dos la noblesse qui voit d’un mauvais œil sa négligence des devoirs royaux. Marie-Antoinette choisit donc de se retirer au Petit Trianon, dans le parc de Versailles, où elle aime à se promener en robes de mousseline légères en compagnie de son cercle d'amis proches.
C'est Madame Vigée Le Brun qui est à l'origine de cette tendance. En effet, elle porte toujours des robes en mousseline légère lorsqu'elle peint. Marie-Antoinette se fait peindre dans ce style, tenant une rose et portant un chapeau de paille à large bord. Lorsque ce tableau est exposé au salon, les visiteurs sont scandalisés : ils pensent que la reine est pratiquement en sous-vêtements. Certains soupçonnent la reine d'origine autrichienne de vouloir faire péricliter l'industrie française de la soie.

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Il faut donc rapidement remplacer le portrait. En un temps record, Élisabeth Vigée Le Brun peint une nouvelle représentation de Marie-Antoinette dans la même pose, mais en remplaçant la robe de mousseline par une robe de soie et le chapeau de paille par un bonnet à la mode appelé toque. Heureusement, l'incident du salon ne gâte pas l'amitié entre la reine et la peintre, et Marie-Antoinette fait à nouveau appel à Élisabeth Vigée Le Brun à plusieurs reprises pour la réalisation son portrait.

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C'est le cas en 1785, lorsque le bureau des affaires étrangères demande qu'un portrait de la reine soit envoyé à l'ambassadeur français de l'époque à Constantinople. La désormais triple mère Marie-Antoinette épouse alors un style vestimentaire plus classique. Cependant, son insouciance passée la rattrape lorsque, la même année, l'affaire du collier de la reine porte atteinte à sa réputation, bien qu'il s'avère qu'elle est innocente, se faisant piégée par des escrocs.

La même année, le roi de Suède Gustave III, grand admirateur de beaucoup Marie-Antoinette, commissionne Adolf Fredrik Wertmüller à la réalisation d’un portrait de la reine avec ses deux enfants aînés, Marie-Thérèse et Louis-Joseph. Le tableau, cependant, n’est pas bien accueilli, et Marie-Antoinette n'éprouve aucune tristesse à le voir quitter la France pour la Suède.

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Peut-être dans le but d'améliorer l'image de la reine, l'administration des bâtiments royaux commande également un portrait de Marie-Antoinette avec ses enfants. Pour garantir le succès d’une telle opération, elle s'adresse à Élisabeth Vigée Le Brun, qui commence à y travailler en 1785.
En 1787, la réputation de Marie-Antoinette est si mauvaise que Madame Vigée Le Brun n'ose pas exposer le portrait au Salon. Cependant, il obtient tout de même une place d'honneur au château de Versailles, où Marie-Antoinette passe ses journées. Cela change en 1789 lorsqu'elle et son mari Louis XVI perdent leur fils aîné à l'âge de sept ans, victime de la tuberculose. Marie-Antoinette ne supporte plus la vue du tableau et le fait accrocher à un endroit moins en vue - tout en informant immédiatement la peintre des raisons de sa décision.

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Le portrait avec ses enfants est le dernier tableau pour lequel Marie-Antoinette sert de modèle à son peintre préféré. Elle insiste néanmoins pour en commander un autre en 1788, qui la représente en robe bleue et blanche, assise sur une chaise avec un livre sur les genoux. La pose et les vêtements sont inspirés des précédents portraits avec ses enfants, tandis que pour le fond, Vigée Le Brun a utilisé le premier fond qu'elle avait peint de la reine dix ans plus tôt.
Il est possible qu'un autre portrait de Marie-Antoinette la représente de cette manière, dans une étoffe similaire. Cependant, comme il montre la reine avec un collier de perles éclatant, il ne s'agit certainement pas d'un portrait officiel, car Marie-Antoinette ne voulait plus être associée aux bijoux précieux après l'affaire du collier.

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Lorsque le château de Versailles est pris d'assaut au début du mois d'octobre 1789 et que la famille royale est emmenée à Paris, Élisabeth Vigée Le Brun quitte son pays le cœur lourd avec sa fille Julie. Le danger lié à ses relations avec les plus hautes sphères de la monarchie française est trop grand. Elle entreprend un voyage à travers l'Europe qui la mène en Italie, à Vienne et en Russie, la conduisant à un exil de douze ans.
Partout où elle séjourne, les personnes de haut rang veulent avoir leur portrait réalisé par le « peintre de Marie-Antoinette ». C'est surtout en Russie qu'elle trouve une clientèle fortunée. À Naples, elle peint la légendaire Lady Hamilton, tout en gardant un souvenir ému de son travail avec la reine de France, guillotinée par le peuple le 16 octobre 1793.

En juillet 1800, elle peint un portrait posthume de Marie-Antoinette, qu'elle envoie à la seule enfant survivante de Marie-Antoinette, sa fille Marie-Thérèse. Le tableau était peut-être un cadeau de mariage, puisque la duchesse avait épousé son cousin l'année précédente. Il montre la future reine dans une tenue pour laquelle elle avait été sévèrement critiquée 17 ans plus tôt : dans une de ces robes blanches unies qu'elle aimait tant porter.
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