Comme beaucoup d’autres pays, l'Allemagne, même lorsqu'elle était encore le terrain de jeu des souverains du Saint-Empire romain germanique, a vu émerger des artistes hors norme. Leurs œuvres résonnent encore aujourd’hui et sont emblématiques de l’histoire du pays. En voici six.
Albrecht Dürer, Autoportrait, 1500

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À première vue, on pourrait penser que le sujet de cette peinture n’est autre que Jésus-Christ, car la composition rappelle celle des portraits du Salvator Mundi. Il s’agit en vérité d'un autoportrait du peintre de la Renaissance allemande Albrecht Dürer, bien qu’il se soit inspiré de la figure divine pour réaliser cette œuvre.
En effet, la pose que prend le peintre de Nuremberg était à l'époque réservée aux portraits du Christ et des rois. Cependant, Dürer ne manquait pas de confiance en lui et se considérait comme un « artiste divin », doté par Dieu d'un grand pouvoir créateur. Un autre détail important, l’habillement de Dürer, une épaisse cape bordée de fourrure, n'était réservée à l’époque qu’à l’élite et notamment aux membres du « Grand Conseil » de la ville de Nuremberg. Cet autoportrait est considéré comme le plus personnel, le plus complexe et emblématique de sa carrière, et celui que retient l'imagination populaire.
Johann Heinrich Wilhelm Tischbein, Goethe dans la campagne romaine, 1787

La famille d'artistes hessoise Tischbein a engendré tant de peintres qu'il a fallu leur donner, comme aux Brueghel, des surnoms pour les distinguer. En règle générale, ils portaient le nom de leur principal lieu de travail (on connaît ainsi « Kasseler Tischbein », « Lübecker Tischbein », « Leipziger Tischbein », ou encore « Hanauer Tischbein »). L'un d'entre eux, cependant, a reçu son surnom en raison de son tableau le plus célèbre : au début de l'année 1787, Johann Heinrich Wilhelm Tischbein a rencontré Johann Wolfgang von Goethe lors d’un voyage en Italie. Après leur première rencontre à Rome, Tischbein a accompagné le poète, qui voyageait habituellement seul, à Naples. Il l’a portraituré dans un tableau classiciste où le poète apparaît dans un paysage de la campagne romaine peuplé de ruines, qui lui vaudra plus tard le surnom de « Goethe Tischbein ». En 1982, Andy Warhol réutilisera le profil de Goethe pour l'une de ses célèbres sérigraphies.
Carl Spitzweg, Le Pauvre poète, 1839

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Contrairement à Goethe, le poète de Carl Spitzweg mène une existence peu glorieuse. Bien loin de l’Italie, Le Pauvre poète passe les froides journées d'hiver dans son grenier. À court d'argent pour acheter de quoi se chauffer, le poêle doit faire face à l’impardonnable saison, se glissant dans son lit de fortune avec son manteau et son bonnet de nuit. Pour se protéger de l'humidité, il a accroché un parapluie usé au-dessus de sa tête. Le Pauvre poète de 1839 est le premier chef-d'œuvre de Spitzweg : alors que le romantisme allemand centrait l'homme en harmonie avec la Nature, le peintre l’illustre ici dans le contexte du Biedermeier qui suit la mise en place des mesures répressives (censure, contrôles) après le congrès de Karlsbad de 1819. L’artiste fait prévue d’un détournement des moyens habituels pour réaliser une satire de la société contemporaine. Présenté pour la première fois à l'Association artistique de Munich, le tableau a reçu de si mauvaises critiques que le peintre a décidé de ne signer ses futures œuvres qu’avec ses initiales, mais il reste aujourd’hui le plus célèbre et le plus populaire de Spitzweg.
Caspar David Friedrich, Le Voyageur contemplant une mer de nuages, 1818

Icône de la peinture romantique et l'un des tableaux allemands les plus célèbres de tous les temps, Le Voyageur contemplant une mer de nuages a été réalisé par Caspar David Friedrich en 1818. Le peintre, qui souffrait lui-même de dépression, a combiné ici les grands thèmes artistiques de l'époque comme le paysage, la religion, l'au-delà et la solitude. Le tableau apparaît comme la matérialisation des termes allemands « Wanderlust » (désir de voyager) et « Weltschmerz » (lassitude du monde), qui ont été inventés à l'époque romantique et ont trouvé leur place dans de nombreuses autres langues. Mais l'œuvre de Friedrich a également une composante politique, symbolisée par l’habit du vagabond, un vieil uniforme allemand apparu pendant les guerres de libération comme une alternative à la mode de l'Empire français.
Franz Xaver Winterhalter, Portrait d’Élisabeth d’Autriche, 1865

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Franz Xaver Winterhalter, né dans la Forêt-Noire, a peint toutes les têtes couronnées d'Europe. Totalement en marge du développement du réalisme et de l'impressionnisme, Winterhalter était un représentant de la peinture de salon qui maîtrisait l'art de dépeindre ses sujets sous le meilleur jour possible (un talent qui a énormément contribué à sa popularité). Pour la dame qui a servi de modèle à son portrait le plus célèbre, cependant, aucun embellissement n'était nécessaire. L'impératrice Élisabeth d'Autriche n'était pas seulement considérée comme la plus belle souveraine d'Europe, mais aussi comme l'une des plus belles femmes de son temps (une image qu'elle a cultivée en ne se laissant plus photographier après les années 1870 et en adoptant une stricte routine de beauté). Le portrait de Winterhalter a été réalisé en 1865 et montre l'impératrice dans une robe de Charles Frederick Worth, avec dans les cheveux les étoiles en diamant que son mari, l'empereur François-Joseph Ier, lui avait offertes.
Franz Marc, Cheval bleu I, 1911

Le peintre munichois Franz Marc est surtout connu pour ses motifs animaliers, car pour lui les animaux, et en particulier les chevaux, incarnaient l'innocence de la nature. Marc a commencé à explorer la théorie des couleurs à mesure que sa passion pour le monde animalier s’intensifiait. Dans sa théorie des couleurs, le bleu représente la masculinité spirituelle, et dans la plupart de ses tableaux d’équidés, le peintre a illustré des nobles destriers bleutés. Sa très célèbre œuvre Cheval bleu I de 1911 a été présentée à la première exposition de Der Blaue Reiter, le groupe qu'il a fondé avec Wassily Kandinsky. Comme tant d'œuvres des artistes d'avant-garde de l'époque, le cheval bleu de Franz Marc a été reçu négativement par le grand public et les critiques, mais il est aujourd'hui l'une des œuvres d'art les plus reproduites de tous les temps.
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