Le 11 janvier 1791, Florimond Claude, comte de Mercy-Argenteau et ancien ambassadeur d'Autriche à la cour de Versailles, reçoit une lettre de la reine Marie-Antoinette, alors prisonnière aux Tuileries à Paris. Elle lui confie qu'un coffre en bois lui serait envoyé pour être mis en sécurité. Mercy-Argenteau le conserve encore scellé pendant deux ans, même après le 16 octobre 1793, date à laquelle Marie-Antoinette est guillotinée. En février 1794, l'empereur François II d'Autriche (1768-1835), neveu de la souveraine déchue, ordonne que le coffre soit ouvert à Bruxelles et qu'un inventaire soit réalisé.
Parmi les objets conservés dans le coffre se trouvait « une paire de bracelets où trois diamants, dont le plus gros serti au centre, forment deux barrettes ; les deux barrettes servent de fermoirs, chacune comprenant quatre diamants et 96 diamants sertis en collier ». La parure, comme le reste des bijoux de Marie-Antoinette (qu’elle avait confié à des amis ou envoyé à l'étranger pendant la Révolution française), est passée entre les mains de son seul enfant survivant, sa fille aînée Marie-Thérèse, aussi appelée « Madame Royale ». Aujourd'hui propriété d'une famille royale européenne, les bracelets seront proposés comme lot phare de la vente de haute joaillerie organisée par Christie’s à Genève le 9 novembre, soit sept jours après le 266e anniversaire de Marie-Antoinette.

Ces bracelets sont presque emblématiques de l'amour de Marie-Antoinette pour les bijoux, et en particulier pour les diamants. Déterminée à s’affirmer et à soigner son image de souveraine, la jeune femme a donné le ton à la cour de France en affichant son goût pour la mode, le luxe et le panache. Dynamique et éprise de liberté, elle veut tout, tout de suite. Impossible donc, de résister lorsque le bijoutier de la cour Boehmer lui propose les étincelants bracelets pour la somme de 250 000 livres (aujourd'hui environ 1,25 à 3,75 millions d'euros) en 1776.
Ayant déjà dépensé des sommes considérables en bijoux, vêtements et jeux, la jeune reine est néanmoins à court d’argent et accepte de payer en plusieurs fois, tout en échangeant d'autres bijoux. C’est le roi lui-même qui l’aidera à se sortir de cette situation délicate.

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Comme c'est souvent le cas, Marie-Antoinette est réprimandée par sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse, depuis sa Vienne lointaine, pour son comportement inconsidéré. En effet, l'impératrice est informée par son ambassadeur, le comte von Mercy-Argenteau, qui représente la cour impériale à Versailles depuis 1766, de tout ce que fait sa fille cadette en France (et cela n’obtient que rarement son approbation).
C’est cette insatiable avidité pour les belles choses qui causera la perte de Marie-Antoinette à peine dix ans plus tard, dans la célèbre affaire du collier. Cette opération frauduleuse a été rendue possible car l'amour de Marie-Antoinette pour les bijoux, ainsi que ses paiements inhabituels, étaient de notoriété publique.
Bien que le comte de Mercy-Argenteau l'ait constamment espionnée pour le compte de l’impératrice viennoise, ce dont elle ne s'est jamais vraiment rendu compte, le diplomate a été son ami et confident, jusqu’à devenir l’un des bénéficiaires de ses derniers biens, juste avant son exécution. La reine n’a personnellement confié ses trésors qu’à deux autres personnes : sa femme de chambre, Madame Campan, et son coiffeur, Léonard Autié. Mercy-Argenteau est rentré à Bruxelles en 1790 pour devenir représentant de l'empereur Joseph II.

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Les souvenirs de Marie-Antoinette apparaissent régulièrement sur le marché des enchères et, compte tenu de la fascination qu’elle génère encore, atteignent des prix élevés. En novembre 2018, une vente aux enchères tenue chez Sotheby's comprenant plusieurs objets personnels avait fait sensation. Christie’s prend la relève avec cette impressionnante paire de bracelets, qui sont proposés pour 2 à 4 millions de dollars (environ 1,7 à 3,4 millions d’euros).
« Au cours des 255 dernières années, Christie's a proposé de nombreux bijoux historiques provenant de la royauté internationale. C'est un privilège de pouvoir proposer ces bracelets exceptionnels et uniques à la vente chez Christie's, où ils attireront l'attention des collectionneurs du monde entier. Comme l'ont montré les récentes ventes à Genève, le marché des beaux bijoux de provenance prestigieuse se porte toujours très bien », a commenté François Curiel, président de Christie's Luxury.
La vente que Christie's organisera le 9 novembre à l'hôtel Four Season des Bergues à Genève comprendra également des bijoux ayant appartenu à la duchesse de Windsor ainsi que des objets de valeur signés Cartier, Boucheron, Van Cleef & Arpels.
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