L’envoi de messages découverts remonte à des époques très anciennes, allant des tablettes d’argile assyriennes du IVe millénaire aux billets écrits sur des cartes à jouer sous Louis XIII.
Au XVIIe siècle, on s’accorde à dire que les gens fortunés faisaient porter des cartons par leurs domestiques, faisant émerger le concept d’une vraie correspondance manuscrite. La tradition a perduré jusqu’au début du XIXe siècle, époque où la carte est utilisée à des fins mondaines, pour une invitation ou un remerciement, inspirant, dit-on, le terme « carte de visite ».

Au milieu du XIXe siècle, l’officialisation de la carte postale se rapproche : des cartes commerciales en papier glacé (aussi appelées « cartes porcelaines ») circulent à découvert, véhiculant des textes publicitaires ou des réclames de négociants, mais ne contiennent aucun message personnel.
Devant un besoin grandissant de communiquer des informations plus personnelles ou plus complètes, le conseiller d'Etat prussien Heinrich Von Stephan propose, lors de la 5e conférence de l'Association allemande des postes de 1865 à Karlsruhe, « un feuillet cartonné de correspondance devant circuler à découvert ». L’idée n’est pas retenue, et il faudra attendre quatre ans, jusqu’au 28 janvier 1869, pour que le professeur autrichien Emmanuel Hermann utilise pour la première fois le terme « carte de correspondance ».

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C’est lui qui notera la première codification connue de ce mode d’échange : la carte postale est alors « un rectangle de papier résistant dont le recto est imprimé d'un texte administratif et de la reproduction d'un timbre - le verso est réservé à la correspondance qui circulera au grand jour ».
Au début, l’idée d’une correspondance « au grand jour » freine considérablement la popularité de la carte postale et ne séduit pas immédiatement le reste de l’Europe, car elle tranche avec le secret inhérent à une communication personnelle ou intime. Pendant la guerre franco-allemande de 1870, les premières cartes postales à circuler en France sont transmises par deux administrations étrangères, allemande et suisse, et sont affranchies avec un timbre prussien.

Durant le siège de Paris, la section des Postes de la capitale crée les fameuses « cartes-poste », des cartons « d’un poids de 3 grammes au maximum, et de 11 centimètres de long sur 7 centimètres de large » qui portent l'adresse du destinataire sur une face et la correspondance du public sur l’autre. Les cartes-poste, affranchies par l'utilisateur pour « envoi ouvert » par ballon monté, seront très utilisées durant les cinq mois suivants, renforçant l’idée d’une communication circulant aux yeux de tous.
La ville de Metz, également assiégée, met en place le « Papillon de Metz », un procédé de transport aérien du courrier en dehors de la ville aujourd’hui considéré comme la naissance de la poste aérienne. Des lettres écrites sur du papier pelure et mesurant 5 × 10 cm sont réunies par liasses et attachées à des ballons de petite taille gonflés à l’hydrogène ou au gaz d’éclairage. Envoyé dans les airs hors de la ville, chaque ballon est accompagné d'un bordereau indiquant la conduite à tenir pour qui les retrouvera.

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Après la guerre, la France n’étant pas au mieux de ses relations avec ses voisins germaniques, elle essaie de forger de toutes pièces des inventeurs de cartes postales français antérieurs à l’Allemagne.
La carte postale française non illustrée est officialisée le 20 décembre 1872, mais avec seulement deux types de cartes purement administratives pouvant circuler dans la circonscription d'un même bureau (modèle jaune affranchi à 10 centimes), ou de bureau à bureau (modèle affranchi à 15 centimes). Plus de 7 millions d’exemplaires du second modèle seront vendus en une semaine.
Dès 1873, les commerçants se saisissent des cartes postales, alors monopolisées par l’Administration des Postes, et impriment des publicités au dos. Ils auront gain de cause le 26 octobre 1875, grâce à un décret libéralisant la production cartes postales, pour peu qu'elles respectent le modèle administratif.

L'exposition universelle de 1889 à Paris voit le premier grand tirage : la « Libonis », du nom du dessinateur Léon Charles Libonis, est une carte postale comprenant une gravure de la Tour Eiffel, la première du genre. Ces cartes-souvenir de l’ascension du monument parisien sont tirées par La Société de la Tour Eiffel à 300 000 exemplaires pour l’exposition et cinq modèles différents sont commercialisés à partir du mois d’août.

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Peu après, en 1891, un employé de commerce marseillais, Dominique Piazza, amorce l’apparition de la carte illustrée photographique. Il trouve la solution de réduire des clichés pour en faire tenir trois sur un format de carte postale, qu’il adresse à découvert à un ami en Amérique. Les imprimeurs et éditeurs de renom reprennent son initiative dans les années qui suivent, donnant à la carte postale une toute autre dimension. Les coûts des cartes postales baissent à mesure que l’idée se répand.
Revenue à Paris en 1900, l'Exposition universelle marque l'explosion de l'usage de la carte postale. À cette époque, les journaux ne comportent pas de photographie et les cartes postales sont utilisées comme un nouveau média. La production passe de 100 millions en 1910 à 800 millions en 1914. La crue de la Seine à l'hiver 1910 montre à l'extrême le rôle journalistique quasi-quotidien tenu par la carte postale, tandis que la Première Guerre mondiale donne un nouvel élan aux correspondances quand des millions d'hommes sont éloignés de leurs familles.

Dans les années 1920, la population semble se détourner des cartes postales. Le rapprochement des familles en temps de paix, la concurrence croissante du téléphone et du télégraphe, l'usage de la photographie dans la presse, le développement de l’automobile… Tout contribue à achever ce mode d’échange. Même la créativité des éditeurs et illustrateurs ne parvient pas à enrayer une tendance de fond liée à l'évolution des modes de vie. Les productions sont de moindre qualité, les vues de plus en plus banales, et la carte postale finit par disparaître de la vie quotidienne au profit de nouvelles pratiques de l’image.
À partir de 1975, la carte postale ancienne est appréciée car elle est le témoin d'une époque révolue. En parallèle, une carte postale touristique cantonnée aux monuments principaux se développe.

Les cartes postales font partie de notre patrimoine et sont le témoignage direct et visuel de notre passé. C'est surtout grâce à son illustration, instaurée au tournant du XXe siècle, que la carte postale est considérée comme objet de collection. Elle continue à attirer un public de collectionneurs et de passionnés d’histoire toujours plus avide.
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