Pierre Bonnard naît le 3 octobre 1867 à Fontenay-aux-Roses, dans les Hauts-de-Seine, ville alors tout nouvellement reliée à Paris grâce aux transports en commun. Il a un frère, Charles, de trois ans son aîné, et une sœur cadette, Andrée. Chef de bureau au ministère de la Guerre, son père, bien que porté sur les arts et la littérature, n’encourage pas vraiment la vocation artistique précoce du benjamin, à l’inverse de sa mère, d’origine alsacienne, et de sa grand-mère à l’influence notable, qui l’héberge à Paris pendant ses études.

Après son bac, Pierre Bonnard s’inscrit à la Faculté de droit, sans doute pour agréer à son père, où il obtient une licence en 1888. Avocat, il fréquente les tribunaux, mais davantage pour dessiner juges, pairs et justiciables que pour plaider lui-même, mettant en pratique les cours qu’il a reçus à l’Académie Julian (il y a rencontré Paul Sérusier, Maurice Denis ou encore Paul Ranson), parallèlement à son cursus juridique. En 1889, il est reçu à l’Ecole des Beaux-Arts où, aux côtés d’Edouard Vuillard et de Ker-Xavier Roussel, il se frotte sans réel enthousiasme à l’instruction académique tout en rêvant de renouveler la peinture.
C’est toute l’ambition des nabis qui, sous la houlette de Paul Sérusier, et en réaction au matérialisme, se lancent alors dans une expérience intense de la couleur avec, pour emblème, Le Talisman, réalisé par Sérusier l’année précédente, Gauguin par-dessus son épaule… Pierre Bonnard, Maurice Denis et Paul Ranson participent à la fondation de ce mouvement.
À lire aussi : Paul Gauguin, l’innocence perdue

Bonnard loue un atelier aux Batignolles, où il réalise ses premières œuvres, nourries de japonisme et d’arts décoratifs et appliqués (il réalisera 250 lithographies entre 1891 et 1902), en vue d’une exposition au Salon des Indépendants en 1891. Le succès est au rendez-vous, favorisé par le marchand d’art avant-gardiste Ambroise Vollard qui ouvre grand les portes de sa nouvelle galerie au mouvement.
Sans pour autant délaisser la peinture et les activités des nabis, l’artiste trouve à s’épanouir dans une production graphique illustrant revues, livres et affiches publicitaires, dans un souci constant de rapprocher l’art de la vie, et de gommer la frontière entre arts majeurs et arts dits mineurs ou populaires. En 1893, il rencontre Marthe de Méligny, alias Maria Boursin, qui va devenir sa compagne et modèle, mais qu’il n’épousera qu’en 1925, peut-être à cause de convenances bourgeoises, la jeune femme cachant longtemps ses origines et sa réelle identité.
À lire aussi : 8 grands défenseurs de l'avant-garde parisienne

Il n’en demeure pas moins que ce modèle se révèle des plus inspirants pour le peintre qui multiplie les nues et les portraits, mais aussi des scènes domestiques, ainsi qu’il n’a cessé de le faire avec sa famille depuis le début de sa carrière, notamment avec sa cousine Berthe, son premier amour, ou avec sa sœur Renée et son époux, le compositeur d’opérettes Claude Terrasse, admirateur inconditionnel de l’œuvre de Bonnard. Ses sujets de la vie quotidienne lui ont d'ailleurs valu les étiquettes de « peintre du bonheur » et « intimiste bourgeois ».
À lire aussi : Cinq siècles de peinture dénudée

Une première crise artistique survient en 1905. Alors que le mouvement nabi s’essouffle, dépassé par les nouvelles avant-gardes, Pierre Bonnard cherche une échappatoire esthétique dans l’impressionnisme. Il voyage beaucoup, entre la Normandie et le sud de la France (Cannes, Antibes, et surtout Saint-Tropez, où, par l’intermédiaire de son ami Edouard Vuillard, il fait la connaissance de Paul Signac), mais aussi à l’étranger, notamment en Italie et au Maghreb.
À lire aussi : 8 artistes inspirés par le Sud de la France

Sa production ne ralentit pas pour autant et, en 1906, la galerie parisienne Bernheim-Jeune accueille sa première exposition personnelle ; plusieurs autres suivront jusque dans les années 1920… En 1909, les collectionneurs Arthur et Hédy Hahnloser acquièrent leurs premières œuvres de Bonnard qui, l’année suivante, peint un vaste triptyque, Méditerranée, pour l’industriel et collectionneur russe Ivan Morozov. Sa révélation des couleurs et de la lumière du Midi influence énormément son travail.
Vous souhaitez recevoir des articles comme celui-ci directement dans votre boîte mail ? Abonnez-vous à notre newsletter gratuite !
Des « anciens nabis », il est assurément celui à qui la haute société et le milieu culturel du début du XXe siècle commande le plus de décors : la pianiste Misia Edwards entre 1906 et 1910, les époux Hahnloser en 1917, ou encore les Ballets suédois en 1921 font, entre autres, appel à son talent.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il a 47 ans et échappe à la conscription, mais doit faire face, sur le plan strictement artistique, à une seconde crise picturale qui le conduit à délaisser son style impressionniste pour revenir à la forme, longtemps sacrifiée à la couleur, et trouver sa propre voie. Les scènes de la vie parisienne laissent la place aux paysages et aux grandes toiles d’inspiration méditerranéenne.
En 1926, c’est en peintre établi et reconnu comme l’un des meilleurs de sa génération qu’il achète une maison au Cannet, le Bosquet, qui va devenir son principal point d’attache (en lieu et place de sa « Roulote » normande), notamment durant le second conflit mondial. En 1928, la galerie De Haucke organise sa première exposition à New-York, synonyme de reconnaissance internationale.
À lire aussi : L’Impressionnisme, entre ombre et lumière

Mais son manque d’engagement public pendant la guerre, à l’inverse des artistes d’avant-garde, lui valent quelques critiques et une toute relative mise à l’écart.
Quand il meurt, le 23 janvier 1947, un hommage lui est rendu sous forme de rétrospective au Musée de l’Orangerie à Paris et, l’année suivante, au MoMA de New-York. Son petit-neveu, Antoine Terrasse, n’aura de cesse de veiller à sa postérité, à travers de nombreuses monographies.
À lire aussi : Van Gogh et Gauguin : l'art de la correspondance

En mai 2019, chez Christie’s, l’œuvre Terrasse ou une terrasse à Grasse (1912), en provenance de la Drue Heinz Collection, a établie le nouveau record de l’artiste avec une adjudication de 17 millions de dollars (19,5 frais inclus), après une compétition acharnée entre deux enchérisseurs par téléphone. L’huile sur toile Terrasse à Vernon, de 1923, tenait depuis 2011 le record de l’artiste avec 7,2 millions de livres (8,5 millions d’euros). Plus récemment, en novembre 2022, son œuvre Deux corbeilles de fruits, s’est vendue plus de 6 700 000 chez Christie’s.
Découvrez plus d'articles sur le magazine Barnebys.
Version mise à jour d'un article publié le 7 juin 2019.




