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Magazine/Art/L’Impressionnisme, entre ombre et lumière

L’Impressionnisme, entre ombre et lumière

L’histoire retient que c’est du tableau « Impression : soleil levant », réalisé par Claude Monet, qu’est né à la fin du XIXe siècle l’Impressionnisme, le mouvement pictural révolutionnaire qui a ouvert la voie au grand air, au soleil, aux couleurs, et aux contrastes entre l’ombre et la lumière.

17 avril 2019
Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872, huile sur toile, Musée Marmottan Monet, Paris. Cette peinture est à l'origine du nom du mouvement, après que l'article de Louis Leroy, « L'exposition des impressionnistes », ait laissé entendre de manière satirique que la peinture était tout au plus une esquisse. Photo Domaine public

Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872, huile sur toile, Musée Marmottan Monet, Paris. Cette peinture est à l'origine du nom du mouvement, après que l'article de Louis Leroy, « L'exposition des impressionnistes », ait laissé entendre de manière satirique que la peinture était tout au plus une esquisse. Photo Domaine public

Présentés à Paris dans les locaux du photographe Nadar, les premiers tableaux impressionnistes de Monet, Renoir ou encore Pissarro vont d’abord laisser indifférent un public qui leur préfère des œuvres plus académiques, romantiques ou réalistes. Qu’importe le mépris, les insultes, les rires moqueurs de ceux qui ne voient dans leurs œuvres que de l’art ridiculisé, ces jeunes artistes vont persévérer et donner à voir des instants fugaces et des émotions personnelles, à la faveur d’une peinture rapide, élogieuse du trait et certainement pas noyée dans le travail d’exécution.

Mary Cassatt, Jeune fille à la fenêtre, 1885, huile sur toile, National Gallery of Art, Washington, D.C. Photo Domaine public

Entré dans la postérité, ce mouvement eut en Claude Monet son représentant le plus convaincu. À cet égard, il en fut le chef de file, avec sa peinture heureuse, libre et résolument braquée vers les miracles de la nature. Impression : soleil levant (1872) en est effectivement le meilleur des exemples. Ce chef-d’œuvre universel conservé au musée Marmottan à Paris, a été peint en quelques heures. Il représente le port du Havre à l’heure où le soleil jette ses premiers rayons à travers la brume. À l’époque, son auteur était loin de se douter que ce tableau allait marquer l’histoire de l’art.

Claude Monet, Le déjeuner, 1868, qui met en scène Camille Doncieux et Jean Monet, a été rejeté par le Salon de Paris de 1870, mais inclus dans la première exposition des impressionnistes en 1874. Photo Städel Museum, Frankfurt am Main / Licence CC BY-SA 4.0

À lire aussi : Claude Monet, père de l’Impressionnisme

D’ailleurs, Claude Monet a essentiellement connu des périodes de grande pauvreté dans sa vie, contrairement à d’autres artistes qu’il fréquentait (Degas, Caillebotte, etc.), et ceux qu’il avait rencontré durant sa formation, à l’école de Barbizon et aux Rencontres de Saint-Siméon, à Honfleur (Dubourg, Boudin, Jongkind, etc.). Un destin qui ne l’a jamais empêché de peindre des scènes de joie, qu’il aimait immortaliser à la lumière réelle, quitte à défier les caprices de la météo, le plus souvent dans les environs de Paris, le long de la Seine ou sur la côte normande. En 1870, il épouse Camille Doncieux, qui lui donnera deux fils et qui posera pour bon nombre de ses tableaux (Les promeneurs, La femme du jardin, La Japonaise, etc.). 

Auguste Renoir, Bal du moulin de la Galette, 1876, huile sur toile, Musée d’Orsay, Paris. Photo Domaine public

La nature et la vie quotidienne ont également été des sujets de prédilection pour Auguste Renoir, qui fut lui aussi un grand interprète de l’Impressionnisme. Cet artiste qui aimait tant peindre les bals de plein air ou encore les promenades le long de la Seine a connu la célébrité grâce à son Déjeuner des canotiers (1881). De cette scène qui se passe au bord de l’eau se dégage une impression de mouvement et de convivialité.

Et qu’importe si celui-ci ne colportait aucun message spirituel ou politique, il s’agit là d’un hommage à la beauté ; ce que fit aussi Edgar Degas, une autre figure totémique de l’Impressionnisme, sculpteur prolifique et souvent surnommé peintre des « danseuses ». Et pour cause. De son vivant, Degas a réalisé 1 500 tableaux représentant les pas saccadés des ballerines, qu’il traitait à la lumière artificielle et avec une exactitude remarquable.

Edgar Degas, Danseuse au repos, vers 1879, pastel et gouache sur papier. Photo © Sotheby's

À lire aussi : Pierre Bonnard, la couleur au zénith

Bien d’autres peintres ont joué un rôle dans le développement de l’Impressionnisme. On pense à Pissarro, mais aussi à Bazille, Sisley ou encore Caillebotte et Manet, autant d’artistes qui ont tissé des liens profonds, mais qui se démarquaient les uns des autres par leurs œuvres, chacun suivant sa propre recherche artistique.

Par la suite, l’Impressionnisme français a gagné l’Allemagne (Max Liebermann, Lovis Corinth, etc.), mais aussi la Suisse, avec Bücklin, et l’Autriche avec Gustav Klimt. Les idées modernes véhiculés par ce mouvement ont également influencé la perception de peintres anglais, comme Wilson Steer et Richard Sickert, ou encore des peintres nord-américains, à l’image de Mary Cassatt (également figure féministe), et Théodore Robinson, qui s’est d’ailleurs lié d’amitié avec Claude Monet.

Theodore Robinson, Nantucket Pump, vers 1882, huile sur toile. Photo © Sotheby's

Il faut savoir que c’est à l’époque des Impressionnistes que la peinture a connu sa grande évolution libérale. Avec l’essor économique et cette volonté de mettre fin au carcan du passé, les représentants du mouvement étaient les premiers à vendre leurs œuvres à des acquéreurs, et a gagné leur indépendance vis-à-vis des princes et des puissants.

Les impressionnistes ont été les premiers à offrir consciemment une alternative subjective à la photographie.

La logique du marché prenant ses quartiers dans l’art pictural, ces artistes ont aussi dû aller à la rencontre de leur public, et c’est ainsi que Paris a vu naître ses premières salles d’exposition et ses marchands d’art. C’est aussi au milieu du XIXe siècle que le Salon de Paris devint annuel. D’aucuns disent que c’était là que se décidait la cote et le succès des œuvres d’art. Un temps tolérés, les peintres impressionnistes ont été très rapidement refoulés, les obligeant à prendre part au Salon des Refusés, un salon alternatif au goût officiel, qui pour son inauguration, a accueilli le célébrissime Déjeuner sur l’herbe (1863) de Manet.

Édouard Manet, Le Déjeuner sur l'herbe, 1863, huile sur toile, Musée d'Orsay, Paris. Photo Domaine public

À lire aussi : Comment l’art abstrait est-il passé du genre au mouvement ?

Mouvement radical pour l'époque, l'impressionnisme a rejeté ouvertement les conventions de la peinture académique en Europe. Néanmoins, nombreux sont ceux qui affirment que « les impressionnistes ont été les premiers à offrir consciemment une alternative subjective à la photographie ». En sortant le processus artistique de l'atelier pour le mettre en plein air, en dépeignant la vie moderne et la gaieté, les partisans de ce mouvement ont recherché l'appréciation sincère de la beauté elle-même. Bien qu'il ne s'agisse que d'un bref moment dans l'histoire de l'art, leur influence s'est avérée éternelle et a inspiré une longue lignée de grands artistes.

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