Paul Gauguin naît à Paris en 1848. En 1851, son père fuit le coup d’État de Napoléon III et l’emmène au Pérou, où il passe quatre ans. Revenu en France, Gauguin s’engage dans la marine marchande, puis militaire. Il mène la vie de mousse pendant six ans et participe à la guerre de 1870. En rentrant à Paris, il s’établit comme agent de change à la Bourse.
Gauguin s’enrichit rapidement. Il mène une vie de parfait bourgeois parisien et collectionne les impressionnistes. Il se met au dessin en dilettante et commence à fréquenter Pissarro. Ses premières toiles sont assez banales (Les Maraîchers de Vaugirard, 1879) mais elles laissent déjà transparaître une perspective recourbée qui fera la renommée de ses chefs-d’œuvre. Il peint le portrait de ses proches dans le même esprit (Clovis endormi, 1884).

De plus en plus absorbé par la peinture, Gauguin s’ennuie de sa vie policée, et entre dans « une crise de la quarantaine » sans retour : à 38 ans, il quitte femmes et enfants pour se consacrer à l’art.
Du jour au lendemain, le peintre se retrouve sans revenus, et se sépare de sa collection pour survivre. Sur les conseils d’un ami, il quitte Paris pour s’installer en Bretagne, à Pont-Aven. « Un trou pas trop cher », comme il le dira lui-même, où vivent déjà de nombreux artistes. Gauguin s’émerveille de la lumière et des paysages du bord de mer, d’où jaillissent le jaune, le vermillon et le bleu scintillant. Sa peinture devient brute, à l’image de son environnement.
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En observant Émile Bernard peignant Bretonnes dans la prairie verte (1888), lui vient une révélation. Il peint aussitôt Vision après le sermon (1888) et représente la vie de la population locale dans de nombreuses toiles (Bretonnes dansant, 1888). Le périple breton s’entrecoupe de fuites chroniques en Martinique ou à Arles, où il cohabite orageusement avec van Gogh. Mais son style affirmé est très décrié. Pour peindre La Belle Angèle (1889), Gauguin prend une jeune fille de Pont-Aven pour modèle. Le portrait bigarré, entre japonisme et cloisonnisme, provoque la moquerie des villageois. D’autres, comme les partisans du groupe des Nabis (Paul Sérusier, Maurice Denis), l’applaudissent.

En 1890, Gauguin tombe nez à nez avec un Christ rustique dans la chapelle de Trémalo. Il l’immortalise dans un Autoportrait au Christ jaune (1890) au triple visage primitif. « Gauguin le sauvage » aurait-il enfin trouvé sa voie ?
La civilisation est ce qui vous rend malade.
En 1891, Gauguin effectue son premier séjour en Polynésie. Cédant au mythe de Rousseau, il espère retrouver la condition première de l’homme, loin de la civilisation. Il fait l’expérience des tristes tropiques bien avant l’heure.

Jusqu’où l’artiste poussera-t-il sa quête de pureté ? Sous leur aspect idyllique, les grandes toiles paradisiaques cachent une réalité crue. À Tahiti, Gauguin trouve sa muse en la personne de Teha’amana, âgée de 13 ans. Le peintre en a 43, mais le talent ne s’embarrasse pas de considérations pédophiles. Tout s’adoucit sous les tropiques, et l’artiste développe autour de lui un harem d’adolescentes qu’il pare bientôt des atours de la prostitution. Une tendresse pour les enfants qu’il représentera dans de nombreux tableaux (Merahi metua no Tehamana, 1893).
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Gauguin recompose ainsi un Éden originel bien éloigné de la réalité de la colonisation. Il construit des cabanons, grave des bas-reliefs en bois, renoue avec la « vie sauvage » qu’il décrit dans un journal, Noa Noa. Qu’importe si tout n’est que fantasme.
En 1893, le peintre rentre à Paris. Il organise une exposition chez Durand-Ruel, mais son succès reste mitigé. Même pour quelques centaines de francs, ses tableaux restent invendus. Il finit par les brader pour repartir dans les îles. Rentré aux Marquises, il reprend ses habitudes et aménage dans la Maison du Jouir. En 1897, il réalise l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre, D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? Malade, Gauguin décède à Atuona en 1903, à l’âge de 54 ans.

Si le peintre n’a pas connu le succès de son vivant, les marchands qui achetèrent ses tableaux surent tirer parti de son talent. Le record absolu pour une toile de Gauguin vendue aux enchères remonte à 2006 : L'homme à la hache a été adjugé pour 40,3 millions de dollars chez Christie's à New York. En 2015, Quand te maries-tu ? (1892) aurait été acquis de gré à gré pour 300 millions de dollars par le Qatar, bien que cette transaction n'est jamais été officiellement confirmée.
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