Parce qu'il est l'incarnation du beau, du mystère, du désir et de l'interdit, le nu a toujours été une forte source d'inspiration pour les artistes.
À elle seule, la nudité pourrait expliquer plus de cinq siècles d'Histoire de l'art tant se sont incarnées dans ce thème les évolutions du parcours artistique de l'Humanité. Au Moyen Âge, la nudité est associée au péché, si bien que peu d'artistes s'y risquent. La Renaissance marque le début d'un changement, car dans un élan de liberté, le nu revient sur le devant de la scène et retrouve la place qui lui avait bien manquée depuis l'Antiquité.
Mais malgré une soudaine résurgence du thème, la religion est toujours très présente et tous les codes picturaux ne sont pas chamboulés d'un coup. De Michel-Ange à De Vinci, le corps dénudé est glorifié mais toujours contrôlé, dans la pure tradition chrétienne. Simonetta Vespucci, le modèle qui a inspiré la Vénus de Botticelli, est alors considérée comme l'incarnation de la beauté vénitienne, mais là encore, sa nudité est partielle.

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À la fin du XVIIe siècle, le pré-romantique espagnol Francisco de Goya donne un élan inattendu au thème. Dans l'Espagne catholique et ultra-conservatrice du XIXe siècle, il fait exploser cinq siècles d'interdits en peignant La Maja nue (La Maja desnuda), une femme dévêtue dont le corps apparaît en intégralité.
L'audace de Goya repose surtout dans l'absence totale de signification théologique ou politique : ici, on a affaire à une vraie femme, allongée dans son plus simple appareil, libre et heureuse de sa beauté. Cette peinture, l'une des plus célèbres de l'artiste, serait la première ou l'une des premières œuvres d'art occidentales laissant apparaître un pubis féminin poilu sans prendre l'alibi de la mythologie ou sans connotations négatives. Si depuis des siècles, l'art occidental avait toujours eu recours à des subterfuges pour dissimuler le corps féminin, Goya s'en est affranchi avec force.
En 1807, le roi d'Espagne Ferdinand VII confisque la Maja à Godoy, le commanditaire de l'œuvre. En 1814, l'Inquisition décide de la cacher au public pour « obscénité » et entraîne Goya au cœur d'un procès. Le peintre sera acquitté grâce à l'influence du cardinal Don Luis María de Borbón y Vallabriga.

Cette liberté de peindre le nu, amorcée par Goya, sera jamais brisée. Jean-Auguste-Dominique Ingres, lorsqu'il peint La Grande Odalisque en 1814, déforme volontairement le corps (le dos et le bras droit sont trop longs, l'angle de la jambe gauche est peu naturel) pour favoriser la beauté du modèle plutôt que la vraisemblance. Il ne rend pas compte de la réalité anatomique du nu et peint son modèle à sa manière, comme il se l'imagine. Cette décision inhabituelle dans la peinture à l'époque a été prouvée grâce au croquis préparatoire, qui présente des proportions parfaites. Les déformations ne sont intervenues que dans la mise en œuvre finale. La Grande Odalisque, présentée au Salon de 1819, a été mal reçue par la critique.

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En 1866, c'est au tour de Gustave Courbet de défrayer la chronique avec un nu féminin qui repousse les limites du présentable. L'origine du monde, toile outrageusement célèbre, représente le sexe et le torse d'une femme allongée nue sur un lit, les jambes écartées, dans un cadre si étriqué que l'œil du spectateur ne peut échapper à la vue de l'entrejambe. Le modèle, impossible à identifier, a suscité bien des fantasmes et des théories chez les historiens et les contemporains du peintre. Courbet rejetait la peinture académique et ses nus trop lisses, et s'est targué de n'avoir jamais menti dans sa peinture. Certains ont dit qu'avec L'Origine du monde, il a représenté la partie cachée de L'Olympia de Manet.

À l'aube du XXe siècle, Edgar Degas offre au monde des dessins de nus dont la beauté anatomique ne laisse pas indifférent. Il dessine des femmes dans leur intimité, au moment de leur toilette, en cernant d’un trait sombre et sensuel les contours de leur corps.
Les peintres de l'avant-garde comme Picasso et Braque travaillent eux aussi le thème, mais sous un tout nouveau regard. Que ce soit dans Les Demoiselles d'Avignon (1907) ou Le Grand Nu (1907-1908), les œuvres s'imposent comme des visions de corps, bien au-delà du corps lui-même. Alors que la peinture a cherché l'exactitude anatomique pendant des siècles, le cubisme fait apparaître le ressenti, l'expression, la représentation subjective des corps.

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Au début du XXe siècle, la recherche de l'âme dans le nu va encore plus loin avec Egon Schiele. Le peintre expressionniste allemand est celui qui introduit dans l'art une sexualité crue et assumée. S'inspirant très souvent de prostituées qu'il peint dans des positions parfois caricaturales, il fait part de ses désirs et frustrations. Schiele s'est isolé de tout courant artistique pour affirmer son propre style à travers des portraits et des corps nus, distordus et décharnés, révélant son désir de créer, en même temps qu’un malaise existentiel confinant à une certaine forme de pornographie. Ses nus torturés le conduiront même en prison pour outrage aux bonnes mœurs et soupçon de détournement de mineurs, charge qui ne sera finalement pas retenue. C'est dire à quel point l'approche du nu dans sa crudité la plus pure était encore sujette à des connotations négatives.

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Au cours des années 1950, Henri Matisse interprète lui aussi le nu dans un style unique et reconnaissable entre tous. Après le « démembrement des corps » imaginé par les cubistes, Matisse ajoute une touche colorée au corps qui nous éloigne encore un peu plus de la représentation réaliste. Le corps n'est plus que forme, idée, concept que l'artiste matérialise dans un aplat de couleurs rayonnant.
Après la Seconde Guerre mondiale, le pop art, dans les années 1960, se réapproprie des images commerciales de nus, jusqu'à les emmener parfois à la limite du pornographique, comme dans certaines œuvres de Tom Wesselmann (1931-2004).
Aujourd'hui, dans nos sociétés où l'intime et le privé sont de plus en plus confondus, on remarque un retour au dévoilement maîtrisé. Là est le défi du vrai nu : suggérer une vérité sans jamais l'affirmer.
L'Histoire, elle, va bien au-delà de ces quelques œuvres et ne se limite pas à la peinture. Le nu existe dans la sculpture ou la photographie, où des milliers d'autres œuvres qui mériteraient d'être citées.
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