Ludwig Mies est né en 1886 à Aix-la-Chapelle, en Allemagne, une région fortement industrialisée à l'époque. Dès son plus jeune âge, il canalise sa créativité en travaillant dans l'atelier de sculpture sur pierre de son père. Après une brève carrière en tant que concepteur d'ornements en plâtre, l'architecte Albert Schneiders le recrute pour ses talents de dessinateur. Il a alors 18 ans.
Il fait ses premières armes dans la conception de meubles pour l'architecte Bruno Paul et dès 1907, signe sa première œuvre significative : une maison pour le célèbre philosophe autrichien néo-kantien Alois Riehl et sa femme, dans le style de l'architecture réformée allemande. Poussé par son désir constant de changement, le jeune designer se fait embaucher dans le bureau du designer d'avant-garde Peter Behrens, qui travaille en étroite collaboration avec le célèbre architecte (et plus tard directeur et fondateur du Bauhaus) Walter Gropius. À cette époque, Mies van der Rohe est fortement influencé par les expositions et visite régulièrement des bâtiments conçus par des artistes tels que Karl Friedrich Schinkel et Frank Lloyd Wright.

À lire aussi : Le Bauhaus, influent et révolutionnaire
À cette époque, son style néoclassique évolue et on lui propose de participer à la conception de l'espace privé et muséal de la maison Helene Kröller-Müller aux Pays-Bas. Le contrat sera révoqué en raison de désaccords entre Behrens et le client, mais Mies van der Rohe continuera à travailler sur certaines parties de la commande. C’est dans le cadre que ce projet qu’il s'installe à DenHaag en 1912, bien que d’autres designers aient aussi été invités à faire une proposition pour le bâtiment. Le client décide finalement de confier le projet à l’architecte néerlandais Hendrik Petrus Berlage.
Une zone de tranquillité idéale.
En 1913, Mies van der Rohe retourne à Berlin et épouse Adele Auguste, qui lui donnera trois enfants avant leur séparation au début des années 1920 (bien que le divorce ne soit pas prononcé officiellement). Pendant la Première Guerre mondiale, il doit servir son pays et travaille pour diverses entreprises de construction en Allemagne.
La guerre a déclenché une vraie remise en question chez les jeunes architectes, qui ont compris l’urgente nécessité de repenser les normes architecturales du pays. Mies Van der Rohe, qui s'intéresse à l'architecture, mais aussi à la philosophie et aux sciences, rejoint le groupe d’avant-garde berlinois « Novembergruppe » en 1921. C’est également à cette époque qu’il change son patronyme, ajoutant au nom de son père (Mies) le nom de jeune fille de sa mère (Rohe), le tout relié par une particule qui se veut noble et artistique « van der ».

À lire aussi : Josef Albers, l'as du carré
Au sein du groupe, il apprécie les longues discussions sur l'art et le monde et contribue volontiers à l’exposition annuelle Großen Berliner Kunstaustellung (GBK) avec des œuvres architecturales. Ses idées pour un gratte-ciel en verre et une maison de campagne en brique attirent l'attention du public. Ces études, ainsi que trois autres, seront présentées dans diverses expositions d'architecture en Europe et sont considérées comme extrêmement novatrices.
Une fois la grande inflation causée par la guerre relativement maîtrisée, l'architecte a reçu de nombreux projets qui ont fait décoller sa carrière. Après une exposition très réussie à Stuttgart, on lui demande de créer un bâtiment pour l'Exposició Internacional de Barcelona, un pavillon qui est aujourd'hui considéré comme son chef-d'œuvre.

En utilisant des matériaux coûteux, comme l'onyx, le marbre et le travertin, Mies van der Rohe a trouvé l’harmonie parfaite entre minimalisme et extravagance. En collaboration avec la designer Lilly Reich, il a entièrement dépouillé l'espace d’exposition, ne laissant qu’une seule sculpture et quelques chaises dites « Barcelona » spécialement conçues pour l’occasion. Sans aucun mobilier, et avec beaucoup de matériaux en pierre, l’architecte a réussi son pari : offrir au visiteur une transition fluide entre l’intérieur et l’extérieur, un passage harmonieux entre l’espace urbain et la nature, ou comme il le disait : « une zone de tranquillité idéale ». Le bâtiment a été démoli après l'exposition, mais avait suscité un tel enthousiasme que quelques architectes catalans l'ont reconstruit en 1983-1986.

À lire aussi : 5 choses que vous ignoriez peut-être sur Le Corbusier
Nommé au poste de directeur du Bauhaus de Dessau, Mies van der Rohe commence sa carrière d'enseignant en 1930, mais elle est de courte durée car le parti nazi gagne du terrain et ferme l'école en 1932. L’architecte déménage à Berlin pour y créer un nouveau Bauhaus (le troisième et dernier), qui cette fois est privé. En 1933, Mies van der Rohe plie sous le poids de la pression du parti nazi, qui considère le Bauhaus comme une école enseignant un « art dégénéré ». Le 19 juillet, la dissolution est prononcée.

Malade à l'idée de laisser la politique influencer son travail et ayant son activité s’arrêter sous les ordres du parti nazi, il quitte l'Allemagne et s'installe aux États-Unis. Il y ouvre un studio de design en 1939 et accepte un poste d'enseignant à l’Armour Institute of Technology. Grâce à son approche et son design novateurs, on lui propose de construire un campus pour le tout nouvel Institut de technologie de l'Illinois.

À lire aussi : L'inclassable Gio Ponti
En 1946, il rencontre le promoteur Herbert Greenwald, avec qui il collabore pour construire six gratte-ciel résidentiels à travers les États-Unis. La structure en acier imaginée pour ces bâtiments fera partie de presque tous ses futurs projets. Bien que Mies van der Rohe ait continué à travailler sur des projets architecturaux pour le reste de sa vie, il n'a conçu que trois autres maisons.
La plus connue est sans doute la Farnsworth House (1945-51), un bâtiment d'une seule pièce construit entièrement en acier et en verre. L’édifice a été vendu en 2013 au National Trust for Historic Preservation pour 7 511 500 dollars, dépassant son estimation haute de 6 millions de dollars. Aujourd’hui reconvertie en musée, la maison accueille la célèbre chaise Barcelona de Mies van der Rohe, l'une de ses marques de fabrique. Ces chaises se vendent à plusieurs milliers d'euros sur le marché des enchères : en 1997, un modèle MR 90 s'est vendu pour 173 338 euros chez Christie’s.

Parmi les autres créations que les collectionneurs s’arrachent, on retrouve la table basse Tugendhat, dont un modèle no. MR 150/3 datant d'environ 1929-1931 s’est envolé à 259 397 euros, soit 383 % au-dessus de son estimation, chez Phillips en 2012.
Mies Van der Rohe est décédé d'un cancer de l'œsophage à l'âge de 83 ans, après une carrière qui a gagné l’admiration de plusieurs générations d’architectes après lui. Il laisse une œuvre que l’on classe considère comme l’une des plus grandes contributions au monde de l'architecture.
Parcourez le Magazine Barnebys pour trouver des articles similaires !
Article de Sophie Bubmann



