L'inclassable Gio Ponti

Ses réalisations à géométrie variable mais reconnaissables entre mille, qu’il s’agisse de la tour Pirelli à Milan, de la machine à expresso Pavoni ou de la chaise Superleggera, fabriquée aujourd’hui encore par Molteni, relèvent à la fois du vintage et de l’intemporel.

L'inclassable Gio Ponti

L’Italie ne serait pas vraiment l’Italie sans Giovanni Ponti, dit Gio Ponti, qui, tant comme architecte que comme designer, a incontestablement marqué de son empreinte la première moitié du XXe siècle dans la péninsule, notamment les années d’après-guerre où il a su réinventer un certain d’art de vivre à l’italienne et l’exporter sur la scène internationale. 

Gio Ponti est né le 18 novembre 1891 à Milan, où il étudie l’architecture à Polytechnique. Après la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il est plusieurs fois décoré pour bons et loyaux services en première ligne, il travaille comme directeur artistique pour la fabrique de céramiques Richard-Ginori. Cette collaboration devait durer jusqu’en 1938, long bail au cours duquel il renouvelle entièrement la collection de la prestigieuse manufacture.

Hôtel Parco dei Principi, Sorrente, 1960, image © Gio Ponti Archives
Hôtel Parco dei Principi, Sorrente, 1960, image © Gio Ponti Archives

En 1921, il épouse Giulia Vimercati (ils auront quatre enfants) et rejoint deux ans plus tard le cabinet des architectes Mino Fiocchi et Emilio Lancia, avant d’ouvrir sa propre agence en 1933, associé aux ingénieurs Antonio Fornaroli et Eugenio Soncini, aux influences résolument modernistes. Les ensembles d’appartements « Domuses » à Milan, l’école de mathématique de l’université de Rome ou encore le nouveau siège social milanais du groupe chimique Montecatini (aujourd’hui Montedison) comptent parmi leurs premières grandes réalisations au cours des années 1930. 

Appartement Milanais par Gio Ponti, image via Yellowtrace
Appartement Milanais par Gio Ponti, image via Yellowtrace

Parallèlement, Gio Ponti, nommé directeur de la Biennale des arts décoratifs de Monza, s’emploie à développer la notoriété internationale de cette manifestation, laquelle déménage à Milan en 1933 pour devenir la Triennale d’art et d’architecture moderne, incontournable observatoire, voire laboratoire, des nouvelles tendances. Ponti restera attaché à ses fonctions de directeur jusqu’à la fin de sa vie.

Cabinet par Gio Ponti produit pas Fontana Arte, vers 1939, image via Incollect
Cabinet par Gio Ponti produit pas Fontana Arte, vers 1939, image via Incollect

Pour promouvoir le mouvement artistique « Novecento », il crée également la revue Domus, mensuel d’architecture qui paraît encore aujourd’hui sous la direction d’architectes italiens de renom. Il en quittera la direction en 1941 pour fonder un autre magazine, Lo Stile, dont l’influence sur la profession et les donneurs d’ordres sera tout aussi importante, quoique de moindre longévité. Jusqu’au début des années 1960, il continue de fréquenter l’école polytechnique, pour enseigner et transmettre.

Après les faïences de Richard-Ginori, il assure la direction artistique du fabricant de meubles et de luminaires contemporains Fontana Arte et ses talents de designer l’amènent par la suite à collaborer avec la prestigieuse verrerie Venini de Murano.

Lustre, Gio Ponti pour Venini, image via Wright
Lustre, Gio Ponti pour Venini, image via Wright

Architecte, designer, dessinateur industriel, peintre à ses heures perdues, professeur, journaliste, éditeur… Gio Ponti a plus d’une corde à son arc et, en infatigable travailleur, il va connaître dans les années 1950 ce que l’on appellera son âge d’or. Sur le plan architectural, il dessine un second immeuble de standing pour Montecatini, les intérieurs du paquebot Andrea Doria pour la compagnie maritime Italian Line et de l’Hôtel Royal de Naples, de somptueuses villas à Caracas et à Téhéran, et un palais de la culture à Stockholm.

Mais surtout, il signe la Tour Pirelli à Milan, considérée comme son chef-d’œuvre : un gratte-ciel de plus de 127 mètres de haut, biseauté aux extrémités, qui, malgré les 30 000 m3 de béton utilisés, impressionne par son aspect léger et aérien. Ponti laissera aussi sa trace au Pakistan et à Singapour où il construit des bâtiments officiels et rénove les façades de grands magasins dans les années 1960.

Tour Pirelli, image via Exponsor.it
Tour Pirelli, image via Exponsor.it

Au niveau du design, les années 1950 sont aussi particulièrement riches en créations et collaborations originales pour Ponti, qui signe la première machine à expresso de la marque La Pavoni, des décors intérieurs et des meubles avec Piero Fornasetti, des lignes de couverts pour Sabattini, des sanitaires pour la société belge Ideal Standard… 

Pour Cassina, il dessine notamment la chaise Superleggera, devenue un classique du design et sa réalisation la plus emblématique dans l’ameublement, s’inspirant du mobilier traditionnel des pêcheurs de Chiavari, le village de son enfance, près de Milan. Commercialisée à partir de 1955, elle décroche le record du monde de la légèreté avec 1,7 kg et, pour convaincre les sceptiques de sa résistance, le designer l’aurait lui-même jetée du 4e étage d’un immeuble…

Chaise Superleggera, image via Twentytwentyone
Chaise Superleggera, image via Twentytwentyone

Certaines éditions limitées de cette chaise, imaginée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale dans un souci d’économie, se vendent aujourd’hui plus de 1 500 euros pièce.

Molteni&C, spécialiste italien de l’ameublement de design, continue de fabriquer une partie des meubles les plus caractéristiques de Gio Ponti (chaises, fauteuils, commodes, tables basses…), distribués sous licence dans le monde entier. 

Ce grand nom de l’architecture et du design italien précurseur de la Dolce Vita est mort à Milan le 16 septembre 1979. Le prix Compasso d’Oro, qu’il a créé en 1954 pour récompenser les meilleurs designers industriels, est toujours attribué chaque année.

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Image d'en-tête : détail de l'affiche de l'exposition Gio Ponti au MAD @ MAD

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