Joseph Ferdinand Cheval, aussi appelé le « Facteur Cheval », est né le 19 avril 1836 dans la Drôme, au sein d’une famille de cultivateurs modestes. Sa courte scolarité le laisse avec des lacunes et une mauvaise maîtrise de la langue française. Il devient apprenti boulanger à l’âge de treize ans, après l’obtention de son certificat d’études primaires, et entre sous la tutelle de son oncle au décès de son père (sa mère meurt alors qu’il n’a que 11 ans). Il s’installe en tant que boulanger à Valence en 1856, puis à Chasselay deux ans plus tard.
Sa première épouse, Rosalie Revol, lui donnera deux enfants, et c’est à la mort de son premier fils en 1865 qu’il abandonne la boulangerie, une activité qui aurait, dit-on, fortement influencé son savoir-faire de sculpteur et de créateur.

Contraint à la misère, il se présente au concours de facteur et entre officiellement dans l’administration des Postes le 12 juillet 1867. Il est d’abord affecté à plusieurs villages des environs et en 1869, il demande à prendre en charge la commune de Hauterives, située à une douzaine de kilomètres de son village natal. Il devient alors responsable de « la tournée de Tersanne », une tournée pédestre quotidienne de 33km, qu’il effectuera jusqu’à sa retraite.
Son interminable tournée piétonnière diffère de celle d’un employé rural typique du XXIe siècle, et ne bénéficiant ni d’un vélo, ni d’un appareil motorisé pour mener à bien sa mission, Cheval occupe ses heures de randonnées à de longues rêveries, sans s'imaginer que l’une d’elles pourrait se concrétiser un jour.
Suite au décès de Rosalie, il se remarie avec Claire-Philomène Richaud en 1878, qui lui apporte en dot l’équivalent de deux années de travail, et une petite propriété qui lui permet d’acquérir un terrain à Hauterives.
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C’est en avril 1879 qu’il trouve « la première pierre », celle qui posera les bases de son édifice et qui fera basculer son rêve vers la réalité. L’évènement est d’une telle importance pour Cheval qu’il le relate dans ses cahiers comme tel :
« Un jour du mois d'avril en 1879, en faisant ma tournée de facteur rural, à un quart de lieue avant d'arriver à Tersanne, je marchais très vite lorsque mon pied accrocha quelque chose qui m'envoya rouler quelques mètres plus loin, je voulus en connaitre la cause. J'avais bâti dans un rêve un palais, un château ou des grottes, je ne peux pas bien vous l'exprimer… Je ne le disais à personne par crainte d'être tourné en ridicule et je me trouvais ridicule moi-même. Voilà qu'au bout de quinze ans, au moment où j'avais à peu près oublié mon rêve, que je n'y pensais le moins du monde, c'est mon pied qui me le fait rappeler. Mon pied avait accroché une pierre qui faillit me faire tomber. J'ai voulu savoir ce que c'était… C'était une pierre de forme si bizarre que je l'ai mise dans ma poche pour l'admirer à mon aise. Le lendemain, je suis repassé au même endroit. J'en ai encore trouvé de plus belles, je les ai rassemblées sur place et j'en suis resté ravi… C'est une pierre molasse travaillée par les eaux et endurcie par la force des temps. Elle devient aussi dure que les cailloux. Elle représente une sculpture aussi bizarre qu'il est impossible à l'homme de l'imiter, elle représente toute espèce d'animaux, toute espèce de caricatures.
Je me suis dit : puisque la Nature veut faire la sculpture, moi je ferai la maçonnerie et l'architecture. »
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Le Facteur Cheval entreprend donc d’ériger le palais de ses rêves : il collecte les pierres trouvées sur son chemin lors de sa tournée, les arrange en tas, et vient les récupérer à la tombée du jour à l’aide de sa brouette, qu’il appelle sa « fidèle compagne de peine ». Il entrepose les pierres dans son jardin et commence la construction de son monument en avril 1879 (l’appellation de Palais Idéal ne viendra que plus tard). Son projet lui vaut les regards critiques de son voisinage, qui le considère comme « un pauvre fou » amassant des pierres.
Il prend sa retraite en 1896 et fait construire une villa à proximité du Palais Idéal. La construction du palais s’achève en 1912, après 33 ans de dur labeur. Cheval souhaite être inhumé dans son œuvre, mais apprend avec désarroi que la loi française ne le permet pas si le corps n’est pas incinéré. La crémation étant peu commune à l’époque, Cheval se résout à reposer au cimetière municipal… Mais à une condition.
En 1914, ce travailleur infatigable démarre la construction de son propre tombeau, charriant les pierres afin de les assembler en un édifice funéraire qu'il intitule le Tombeau du silence et du repos sans fin. Le projet s’achève en 1922, soit deux ans avant son décès, à 88 ans.
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La reconnaissance ne viendra que bien plus tard, lorsque le Palais Idéal est classé au titre des monuments historiques le 2 septembre 1969 grâce à André Malraux, qui appuie la procédure avant son départ du gouvernement, contre l’avis défavorable de ses pairs. Certains fonctionnaires du ministère de la Culture qualifient l’œuvre de Cheval comme un « affligeant ramassis d'insanités qui se brouillaient dans une cervelle de rustre », ce que Malraux s’applique à démentir, considérant le Palais Idéal comme « le seul représentant en architecture de l'art naïf ».
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Le Tombeau du silence et du repos sans fin, quant à lui, est inscrit sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, par arrêté du 12 septembre 1975, et classé le 23 mai 2011.
Même si les avis sont partagés, le Palais Idéal est le précurseur d’un phénomène et sera mis en relation avec les créations d’Art Brut dans plusieurs ouvrages. Le palais reçoit tous les ans plusieurs centaires de milliers de visiteurs, venus de France et du Monde entier.




