Quelques mois après l’exposition anniversaire de Monumenta au Palais Éphémère à Paris, La Ribaute, atelier-résidence d’Anselm Kiefer couvrant 40 hectares de terrain à Barjac (Sud Ouest de la France) ouvre ses portes au public pour la toute première fois.
« Outre-Baltique », les amateurs de sensations fortes pourront également faire leur « baptême scandinave » de Kiefer. La fondation privée Artipelag, perdue dans les forêts énigmatiques de l’archipel de Stockholm, présente Essence Eksistence. Une exposition unique dont les œuvres proviennent intégralement de la collection Grothe, l’une des collections privées d’Anselm Kiefer les plus importantes à ce jour.
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Né en 1945 à Donaueschingen, Anselm Kiefer grandit dans une Allemagne vaincue et déchirée par la guerre à l’aube d’un nouveau temps de l’histoire, celui de « l’heure zéro ».
Il entreprend d’abord des études de lettres, de droit et de langues romanes à l’université de Freiburg, puis en 1966, débute des études d’art. D’abord sous la direction de Peter Dreher (1932-2020) à l’université de Fribourg-en-Brisgau, puis à l'académie de Karlsruhe avec Horst Antes (1936- ) comme professeur. Les idées conceptuelles de Kiefer vont à l’encontre de l'académisme des universités qu’il fréquente jusqu’à sa rencontre avec Joseph Beuys (1921-1986) à la Kunstakademie de Düsseldorf. En 1969, il se fait connaître avec une série de photos très controversée montrant l’artiste faisant le salut nazi avec le képi de son père, ex officier de la Wehrmacht. L’intention de Kiefer, n'était évidemment pas de répandre des idées néonazies, mais plutôt de briser un tabou dans l’Allemagne de l'après-guerre. Tout au long de son œuvre, Kiefer se concentre sur l’identité allemande, pré et post-Holocauste, le romantisme nordique du 19e, les textes bibliques et les cycles naturels.
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En représentant des paysages dont il ne fait l'expérience qu’à travers un pèlerinage intellectuel dans l’inconscient collectif, Kiefer se diffère des néo-expressionnistes auxquels il est associé. Avide de sens à l’ambition sans limites, l’artiste est un monument de l’art contemporain et on retrouve ses œuvres dans les plus grands musées du monde entier.
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La Ribaute à Barjac
Rien n’étant jamais assez grand pour l’artiste, il transforme à partir de 1993, un terrain vague de 40 hectares dans une petite commune du Sud Ouest de la France - Barjac. Il fait de ce terrain vague son terrain de jeu. Il crée et vit sur les lieux que, jusqu’alors seuls les initiés ont eu le droit de visiter. En 2006, il quitte la Ribaute pour s’installer à Pantin. Depuis mai 2022, le lieu est ouvert pour la première fois au public.
À mi-chemin entre un site industriel à l’abandon et un parc d'attractions apocalyptique, la Ribaute comprend un vaste réseau d’installations pharaoniques reliées les unes aux autres par des tunnels et des routes où il n’est pas rare de croiser quelques fantômes.

J’ai construit des routes, des bâtiments, planté des arbres, semé des plantes, tracé des enceintes… Et puis un jour, j’ai eu l’idée des tunnels. Comme il n’y avait rien à voir en surface, je suis allé dans les profondeurs. C’était à vrai dire non pas une idée, mais plutôt un réflexe.

Inutile d'énumérer tous les récits (notamment ceux empruntés à la Kabbale ou au romantisme) qui ont inspiré les nombreux bâtiments et installations de la Ribaute. L’important, c’est d’y aller pour se perdre et faire l'expérience de l’abolition des frontières entre l’art et l’histoire, la construction et les ruines, la vie et la mort dans un contexte idéalement prévu pour.
Vous allez donc parcourir des couloirs souterrains et leurs ramifications, où vous risquez de vous perdre. Mais n’est-ce pas en se perdant que l’on accède à une vision plus large du monde ?

Accessibles, seulement, sur réservations avec guide, les visites sont complètes à ce jour. Les retardataires pourront néanmoins se rattraper en regardant l'excellent documentaire réalisé par Wim Wenders, dont la sortie est annoncée pour 2023.
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Essence Eksistence à l'Artipelag
Pour son anniversaire, Artipelag présente son plus grand projet à ce jour, celui d’exposer pour la première fois en Suède les travaux gigantesques d’Anselm Kiefer. Le bâtiment conçu par l’architecte Johan Nyrén (1917-2011) sur 10 000 mètres carrés de roches et de forêts dans le plus pur style scandinave accueille avec perfection l'œuvre brute et charnelle de Kiefer.
À travers un nombre impressionnant de peintures, sculptures et installations, l’exposition, curatée par Walter Smerling (1958- ), reprend les grands thèmes de l'œuvre de l’artiste allemand. À savoir un va-et-vient constant entre histoire ancienne et contemporaine, mythologies et faits, poésie et conflits.
Dès l’entrée, le visiteur tombe nez à nez avec Sprache der Vögel (2012), une cage immense contenant les restes des ailes d’un oiseau sur une pile de livres. Symbole à la fois du Troisième Reich et de la connaissance historique.

Anselm Kiefer explique que les ailes sont le signe qu'on ne peut arrêter la transmission du savoir immortalisé dans les livres.
Le visiteur peut ensuite admirer une gravure de 2 mètres sur 2 - Wege der Weltweisheit: die Hermanns-Schlacht (1978) - représentant les portraits de 34 philosophes, auteurs et artistes allemands. Le sous-titre de l'œuvre die Hermannsschlacht (la bataille d'Hermann) évoque Hermann (aussi appelé Arminius), le célèbre chef de file des troupes germaniques ayant vaincu les légions romaines lors de la bataille de Teutoburg en -9 avant J. -C.

Les livres aux lourdes couvertures de plomb apparaissent dans de nombreux travaux de l’artiste. Imageant le paradoxe entre la transmission du savoir et l’enfermement du passé dans des archives scellées. Le plomb rappelant également la machine à imprimer, innovation révolutionnaire née en Allemagne.
La peinture Scwarze Flocken (2006) présente un livre au cœur d’un paysage enneigé ressemblant particulièrement à un cimetière. L'œuvre rappelle les paysages de l’holocauste et se réfère à l'œuvre du poète juif Paul Celan (1920-1970), personnalité centrale dans le travail de Kiefer.
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L’expression de l’artiste prend tout son sens avec Essence-Eksistence (2011), œuvre éponyme de l’exposition. Il se réfère ici aux arguments philosophiques de Martin Heidegger (1889-1976) sur un panorama dramatique propre au paysage allemand.
Autre référence historique, la peinture Böhmen liegt am Meer (1991), offre une nouvelle perspective sur la prise de la Bohême par les allemands en 1938 et à la relocalisation de la communauté germanique installée dans la région après la guerre. Le tout sur un fond poétique inspiré par Ingeborg Bachmann (1926-1973).
Les visiteurs de l’Artipelag pourront admirer de nombreux autres « monuments » conçus par l’artiste jusqu'en janvier 2023. Un catalogue rédigé par Patrick Waters spécialement édité pour l’exposition est également disponible et comprend de nombreuses illustrations, des essais de l'artiste et céramiste Edmund de Waal, de la critique musicale Camilla Lundberg et du spécialiste de la littérature Markus Huss, ainsi qu’un portrait de l’artiste par Walter Smerling.
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Simultanément, les intéressés pourront découvrir de nouvelles œuvres de l’artiste à Pantin dans la région parisienne non loin des ateliers de l’artiste. La célèbre galerie Thaddaeus Roppac commissionne l’exposition Hommage à un poète du 1er septembre au 22 octobre 2022. À travers les dix-huit œuvres présentées, l'artiste rend hommage aux poètes Ingeborg Bachmann, Paul Celan, Ossip Mandelstam (1891-1938) et August Graf von Platen (1796-1835) dans des paysages élégiaques habités par la mémoire.
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