Cherchant à représenter « la vie moderne », Edouard Manet choisit le réalisme de Courbet plutôt que le style académique de son maître, Thomas Couture, avec qui il entretient des relations tumultueuses. En quittant l’atelier de celui-ci, Manet se lance dans une série de voyages en Europe pour développer son éducation picturale. Ému par ses pérégrinations, il revient à Paris, et, armé de tous ces souvenirs, il entreprend une série d’études de 1858 à 1960. Comme un trait d’union entre son apprentissage classique et son style personnel moderne Manet entreprend à cette époque un tableau intitulé « Moïse sauvé des eaux », jamais fini dont seul une figure qu’il a découpée dans la toile et qu’il a intitulée La nymphe surprise subsiste. Cette huile proposée par Tajan provenant de la collection de Paul Rosenberg est très probablement liée à la réalisation de ce tableau, soit en tant qu’œuvre indépendante, soit en tant que fragment de La Nymphe surprise. Dans cette œuvre, on ressent les influences des grands maîtres de l’histoire de l’art européenne qui ont forgé l’œil de Manet, ne serait-ce que par le sujet biblique, typique des peintres de la renaissance ou le choix des couleurs avec un fond très sombre, en hommage à Vélasquez qu’il aimait tant.

Le fait que l’œuvre ne soit pas aboutie relève du côté historique de la pièce ; nous entrons dans la conception même d’une toile ; ce qui rend le tableau encore plus important de par son apport à la compréhension de l’œuvre de Manet
Giorgio de Chirico est l’un des artistes influents du XXe siècle et même selon André Breton le « dieu tutélaire » de la peinture surréaliste. Son œuvre est reconnaissable à travers un vocabulaire qui lui est propre; gares et places désertes, statues et personnages esseulés, ou encore ces grandes perspectives réalisées à la manière du Quattrocento.
Né en Grèce il baigne dès le berceau dans les mythes de la Grèce Antique. Dès 1906, il s’imprègne de la pensée polymorphe de Nietzsche ainsi que du symbolisme d’Arnold Böcklin ou encore de Max Klinger alors qu’il étudie en Allemagne. En 1910 il entame sa première période parisienne où il rencontre un franc succès. Côtoyant André Breton, Max Jacob, Aragon, Blaise Cendrars ou encore Appolinaire ; « il construit dans le calme et la méditation des compositions harmonieuses et mystérieuses », dira ce dernier. Inspiré par l’Italie où il est allé se réfugier pendant la guerre, il débute dès 1925 sa deuxième période parisienne, fortement désapprouvée par André Breton mais supportée par Jean Cocteau. « Giorgio de Chirico, né en Grèce, n'a plus besoin de peindre Pégase. Un cheval devant la mer, par sa couleur, ses yeux, sa bouche, prend l'importance d'un mythe. » déclarera ce dernier à propos en 1928.
Réalisé entre 1927 et 1929, ce tableau appartient à ce deuxième séjour parisien. Il est particulièrement intéressant puisqu’il reprend l’iconographie picturale fondamentale du peintre: le cheval et les scénographies teintées de mythologie Grecque. Ces trois chevaux parcourant un paysage méditerranéen troublé par des vestiges antiques, le tout dans un style moderne, réunit ainsi les mondes du passé et du présent, et comme le dit si bien Cocteau, s’inscrit dans la continuité de sa première période métaphysique.

Jean Metzinger (1883-1956) est un membre important du mouvement cubiste. Artiste total, il peint et prend la plume pour rédiger des poèmes mais également des essais, par exemple Du cubisme avec Albert Gleizes résumant les fondamentaux de ce mouvement clé de l’histoire de l’art. Participant activement au bouillonnement qu’est l’art moderne, Metzinger expose dès 1907 auprès de Robert Delaunay, Georges Braque, André Derain, et Auguste Herbin. Il jouit très vite d’une reconnaissance internationale, notamment aux États-Unis où il est représenté par Léonce Rosenberg. Cette huile sur toile « paysage de banlieue » est l’uns des tableaux ayant transité entre la France et les États-Unis à ce moment là. Dans ce tableau, Metzinger emprunte une palette de couleur typique des années 20 et poursuit son exploration du cubisme avec son propre style, plus arrondi, créant un effet de perspective panoramique, effet qui sera repris plus tard dans la photographie grâce aux avancées technologiques.

Né dans l’actuelle Ukraine en 1925, Edward Krasinski est considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands noms de la nouvelle avant-garde polonaise des années 60 et 70. Il débute sa carrière artistique dans les années 1950s en réalisant des dessins érotiques et des tableaux. Puis dès 1968 il trouve ce qui fera signature : le ruban adhésif bleu qu’il appliquera partout : dessins, sculptures et installations comprises. Aujourd’hui, Edward Krasinski est considéré comme l'un des plus grands artistes d'Europe de l'Est du XXe siècle. Nommées Interventions, ses peintures axonométriques piègent l'œil du spectateur et transcendent les lignes bicolores. Au départ plates, l'artiste a, au milieu des années 1970, commencé à ajouter aux surfaces de ses axonométries des éléments tridimensionnels, tels que des cadres ou des cubes ouverts, qui compliquent leur lecture. Tajan propose ici une de ces « interventions » de 1977 dont les quelques lignes suffisent pour créer un chemin en perspective invitant le regard à s’enfoncer dans ce qui pourrait bien être un tunnel.

Maria Helena Vieira da Silva (1908-1992) est une artiste peintre portugaise, naturalisée française, appartenant à l'École de Paris. Son style pictural propose un espace qui combine réseaux et mosaïques dans des compositions aux perspectives fuyantes. À la fois structurée et indisciplinée, cette huile sur toile intitulée « tempête » est un bel exemple des recherches de Vieira Da Silva sur la représentation de l’espace. Selon les termes de 1949 de la Galerie Pierre au sujet de cette toile : « La beauté de l’œuvre est précisément cette puissance canalisée, cet éclatement vu au ralenti en quelque sorte [...] Rigueur et liberté font ici un exaltant mariage. L'art d’un Mondrian était pur style, celui de Van Gogh pur cri. Chez Vieira da Silva, le style et le cri sont simultanés dans chaque peinture, étroitement enchevêtrés."
Vieira da Silva a reçu de nombreux prix, dont le Grand Prix National des Arts du gouvernement Français en 1966. Elle est ensuite nommée Chevalier de la Légion d’honneur en 1979. Ses œuvres ont été exposées dans le monde entier et se trouvent aujourd’hui dans les collections du Guggenheim Museum de New York, du Centre Pompidou à Paris, à la Tate Moderne à Londres, une fondation à son nom expose également ses travaux à Lisbonne.

Wayne Thiebaud est un peintre américain connu pour son style figuratif, notamment au travers de ses natures mortes de friandises et d’objets du quotidien qui très tôt furent exposées auprès des maîtres du pop art, Andy Warhol, Roy Lichtenstein ou encore Edward Ruscha. Thiebaud se démarque néanmoins du pop art qui alors bat son plein avec un style figuratif très distinctif s’inscrivant dans le « nouveau réalisme américain ».
Revue Girl est une interprétation mystérieuse et magistrale d'une vedette de burlesque, probablement l’actrice Natalie Wood, représentée par Warhol la même année. Cette œuvre est particulièrement intéressante puisque l’artiste a rarement peint des figures humaines. De plus, l’air impassible de la danseuse en dépit de son costume plutôt séduisant et festif, fait écho aux personnages mélancoliques d’Edward Hopper, un peintre particulièrement admiré par Thiebaud.
En 2019, Tajan avait déjà eu l’honneur de présenter une œuvre de Wayne de la même période se vendant 3,3 M d’euros à Paris. Décédé l’année dernière, les œuvres de Thiebaud sont très rares sur le marché français et il semblerait d’ailleurs, qu’il n’y en ai pas eu d’autres sur le marché français de le succès de 2019.

La vente aura lieu en deux volets, le 23 et le 24 novembre en direct et les lots seront exposés du 19 au 23 novembre chez Tajan au 37 Rue des Mathurins à Paris.
En attendant, découvrez l'intégralité du catalogue de la vente sur Barnebys.
