Dans son œuvre Male Landscapes (1968-1980), l'artiste Eunice Golden s'est concentrée sur le corps masculin en le représentant dans des contextes érotiques. Elle explore ainsi le thème de la sexualité en utilisant l'homme nu comme un outil. De la même façon, Nan Goldin et Sylvia Sleigh ont cherché à inverser la dynamique de genre typique entre l'artiste masculin et le modèle féminin à travers leur art.
Je pense qu'aucun homme ne traitera jamais une femme comme son égale. Et c'est tout ce que je demande, car je connais ma valeur.
Historiquement, les femmes artistes ont été dénoncées, discriminées, moquées et objectifiées. Par exemple, il a longtemps été considéré comme inapproprié pour les femmes de représenter des modèles nus. En revanche, d'innombrables peintures et sculptures de femmes dénudées remplissent les maisons et les musées, toutes réalisées par des hommes.
De nombreux artistes masculins célèbres ont eu, à un moment ou à un autre de leur carrière, une muse comme source d'inspiration, qui était aussi souvent leur maîtresse. Mais une muse doit-elle nécessairement être une femme ? Si l’enjeu est de constituer une source d'inspiration, la réponse est simple : non. Les œuvres de nombreuses femmes artistes ont aussi été inspirées par des figures masculines. Ainsi, même si les hommes en question étaient souvent eux-mêmes des artistes, et loin d'être aussi objectifiés que des femmes l’auraient été à leur place, ils restaient fondamentalement des muses. Nous examinons ici de plus près quelques femmes artistes célèbres et les muses masculines qui ont inspiré leur travail.
Berthe Morisot et les frères Manet

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De nombreux critiques affirment qu'Édouard Manet est la figure qui a eu la plus grande influence sur l'œuvre de l'artiste impressionniste Berthe Morisot. Lorsqu'elle était jeune, elle passait beaucoup de temps da ns son atelier à poser pour lui tandis qu’il lui enseignait ses méthodes. Les peintures de Berthe Morisot sont clairement influencées par son mentor, mais elle s'est également inspirée de la technique de Frédéric Bazille.
Berthe avait-elle donc une muse ? En 1874, elle épouse le frère d'Édouard, Eugène, qui apparaît à plusieurs reprises dans ses tableaux aux côtés de leur fille Julie. Cependant, la raison pour laquelle son mari est un motif récurrent dans son oeuvre a une explication simple. La liberté des femmes étant limitée au XIXe siècle, Berthe a peint presque exclusivement des scènes de sa vie quotidienne et de sa sphère privée, comme Eugène et Julie dans le jardin.
« Je pense qu'aucun homme ne traitera jamais une femme comme son égale », écrit Berthe Morisot dans l'un de ses carnets, « et c'est tout ce que je demande, car je connais ma valeur ».
Sigrid Hjertén et Isaac Grünewald

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La relation entre les artistes suédois Sigrid Hjertén et Isaac Grünewald a inspiré de nombreux films, livres et expositions. Et pour cause, leur histoire rassemble tous les éléments d'un drame romantique : l'amour, la trahison, l’obstination et la mort. Sigrid était issue d'une famille bourgeoise et Isaac était pauvre. Ensemble, ils partirent pour Paris où ils étudièrent tous deux sous l’égide d'Henri Matisse.
En Suède, Isaac est régulièrement victime d'antisémitisme, mais son travail rencontre un grand succès. Il est également une présence récurrente dans les peintures colorées et imagées de Sigrid. Souffrant de troubles mentaux, Sigrid emploie son art pour exprimer la douleur causée par l'infidélité dans leur relation, comme dans son tableau Femme à l'intérieur rouge de 1915. Les sentiments de tristesse et de trahison qui se dégagent de ce tableau sont palpables : la femme sur le canapé, bleue et verte de jalousie, détourne son visage des amants allongés sur le lit à l'arrière-plan. Isaac meurt dans un accident d'avion en 1946, et Sigrid décéde deux ans plus tard à l'hôpital Beckomberga après une lobotomie ratée.
Nan Goldin et « Brian »

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La photographe Nan Goldin a intitulé son premier livre de photos The Ballad of Sexual Dependency (1986). Dans ce livre, Goldin publie des images bouleversantes de la relation qu'elle a partagée avec un homme auquel elle se réfère uniquement comme « Brian ». Dans la photographie ci-dessus, Nan and Brian on the Bed, le couple est entouré d'une lumière tamisée et leur langage corporel révèle un fossé grandissant entre eux. L'une des images du livre révèle également la raison de leur rupture : le portrait saisissant de Nan One Month After Being Battered (Nan un mois après avoir été battue) est un gros plan de son visage meurtri et une représentation inoubliable de la violence conjugale (une violence que Goldin transforme en art).
Leonora Carrington et Max Ernst

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« Je n'avais pas le temps d'être la muse de qui que ce soit [...]. J'étais trop occupée à me rebeller contre ma famille et à apprendre à être une artiste », écrivait Leonora Carrington en 1983. Carrington évolue dans les cercles surréalistes de l'Europe de l'entre-deux-guerres, où elle peint des tableaux oniriques inspirés de Jérôme Bosch.
On dit qu'elle eut le coup de foudre pour son compagnon surréaliste Max Ernst le soir même où elle le rencontra lors d'un dîner à Londres en 1937. Âgée de 20 ans seulement, elle s'installe avec l'artiste marié de 26 ans à Paris. Le couple part l'année suivante en Provence pour échapper à la colère, certainement justifiée, de l'épouse d'Ernst. Lorsque la guerre éclate, ils sont séparés et Leonora Carrington est admise dans un hôpital psychiatrique en Espagne à la suite d’une dépression nerveuse. Lorsque ses parents tentent la transférer dans un autre établissement psychiatrique en Afrique du Sud, elle réussi à s'échapper et passe le reste de sa vie au Mexique.
Frida Kahlo et Diego Rivera

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Frida Kahlo explique elle-même qu'elle avait eu deux accidents graves dans sa vie. Le premier est le violent accident de bus dans lequel elle a été grièvement blessée à l'âge de 18 ans. « L'autre accident », disait Frida, « c'est Diego ».
Trois ans seulement après l'accident de bus, elle rencontre l'artiste Diego Rivera. Bien qu'il ait 20 ans de plus qu'elle, elle tombe immédiatement amoureuse de lui. Comme Frida l'exprime, l'accident de bus et Diego Rivera ont chacun été la source d’une grande souffrance physique et psychologique tout au long de sa vie. Mais ces expériences ont également influencé son art et donné à ses peintures l'expression émouvante et explosive qui a forgé son statut d'icône de l'art mexicain. Les portraits Diego y Yo et Diego en mi pensamiento représentent Frida avec Diego peint sur son front, symbolisant l'importance qu'il revêt dans ses pensées.
Camille Claudel et Auguste Rodin

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« Je fais des sculptures depuis sept ans et je suis l'élève de Monsieur Rodin », écrit Camille Claudel dans une lettre de 1889. Mais elle n'était pas seulement l'élève du sculpteur Auguste Rodin, elle était aussi sa maîtresse et leur histoire d'amour a fait l'objet de nombreux livres et films. Elle a eu une grande influence sur son art, comme en témoigne par exemple la Galatée de Rodin, clairement inspirée d'une ancienne sculpture réalisée par Claudel. En même temps, la jeune femme s’inspire des techniques d'Auguste pour réaliser des sculptures influencées par lui. De ce fait, il est légitime de se demander qui des deux a été la muse de l’autre.



