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Magazine/Peinture/5 choses à savoir sur Jean-François Millet

5 choses à savoir sur Jean-François Millet

Peintre réaliste et figure de proue de l’école de Barbizon, Jean-François Millet a eu, avec ses scènes champêtres et ses représentations de la classe paysanne, une influence considérable sur les artistes qui lui ont succédé. Retour sur son œuvre et son impact sur l’histoire de l’art en cinq points.

14 octobre 2026Gritta von Toll
Au premier plan : Jean-François Millet (1814-1875), Autoportrait, 1840-1841, huile sur toile, 63,5 x 47 cm, Museum of Fine Arts de Boston. Photo dans le domaine public (détail). À l'arrière-plan : Jean-François Millet (1814-1875), Les Glaneuses, 1857, huile sur toile, 83,5 x 110 cm, Musée d'Orsay, Paris. Photo dans le domaine public (détail)

Au premier plan : Jean-François Millet (1814-1875), Autoportrait, 1840-1841, huile sur toile, 63,5 x 47 cm, Museum of Fine Arts de Boston. Photo dans le domaine public (détail). À l'arrière-plan : Jean-François Millet (1814-1875), Les Glaneuses, 1857, huile sur toile, 83,5 x 110 cm, Musée d'Orsay, Paris. Photo dans le domaine public (détail)

Fils de fermiers aisés, Jean-François Millet est né le 4 octobre 1814 au hameau de Gruchy, en Normandie. Après des études à Cherbourg et à l’École des Beaux-Arts de Paris, il s’est d’abord consacré au portrait et à la peinture d’histoire, avant d’exposer pour la première fois au Salon en 1840. Sa première épouse, Pauline-Virginie Ono, mourut de la tuberculose deux ans et demi après leur union. En 1845, il entama une nouvelle relation avec Catherine Lemaire, avec laquelle il eut neuf enfants, mais qu’il n’épousa civilement qu’en 1853. Leur mariage religieux ne fut célébré qu’en 1875, quinze jours avant la mort de Millet, survenue le 20 janvier de la même année.

Voici cinq choses à savoir sur le parcours de l’un des plus grands peintres réalistes français.

La vie paysanne était au centre de son œuvre

L’année 1848 fut décisive dans la carrière de Millet : il était alors représenté au Salon de Paris avec deux tableaux qui ne pouvaient pas être plus distincts. Le peintre avait choisi de présenter un grand tableau d’histoire, La Captivité des Juifs à Babylone, ainsi qu’une œuvre intitulée Le Vanneur. Espérant faire forte impression, Millet avait placé tous ses espoirs dans sa grande scène biblique afin de s’imposer comme peintre d’histoire académique. Malheureusement pour lui, l’enthousiasme ne fut pas au rendez-vous et la critique rejeta vivement son interprétation, jugée trop violente et dotée d’une technique « abrupte ». Contre toute attente, c’est son tableau Le Vanneur, une scène rurale mesurant 100 x 71 cm, qui attira l’attention.

Jean-François Millet (1814-1875), Le Vanneur, 1847-1848, huile sur toile, 100,5 x 71 cm, National Gallery, Londres. Photo dans le domaine public

Si, vu aujourd’hui, cette œuvre peut paraître quelque peu insignifiante, elle était absolument révolutionnaire en 1848. Pour la première fois, le travail paysan était placé au centre d’un tableau avec force et dignité, et ne constituait pas simplement l’élément d’une scène de genre idéalisée. Le terme « révolutionnaire » est ici tout à fait approprié, car en février 1848, soit un mois avant l’ouverture du Salon de cette année-là, la Révolution de février avait renversé le « roi du peuple » Louis-Philippe et rétabli la République en France. En raison de la conjoncture politique, le Salon s’est tenu sans le jury rigoureux habituel, ce qui a justement permis l’exposition de cette scène agricole. Le tableau, dont les tons terreux et l’application brute de la peinture ont été salués par le critique Théophile Gautier (ce même critique qui a rejeté le grand tableau d’histoire), a finalement été acquis par le ministre de l’Intérieur de la Deuxième République. Millet n’avait toutefois pas voulu faire passer un message politique à travers son œuvre, car pour lui, ce motif reflétait simplement le milieu dans lequel il avait grandi.

À lire aussi : Quand la misère fait la richesse de l’art : 10 tableaux inspirés par la pauvreté

Jean-François Millet (1814-1875), Les Glaneuses, 1857, huile sur toile, 83,5 x 110 cm, Musée d'Orsay, Paris. Photo dans le domaine public

Il a enrichi le répertoire pictural de l'école de Barbizon

Au milieu des années 1840, Millet entra en contact avec les peintres de l'école de Barbizon, une communauté d'artistes de la forêt de Fontainebleau qui se consacraient à la peinture naturaliste de paysage, dans laquelle l’homme jouait un rôle secondaire. Jean-François Millet s’installa à Barbizon en 1849, après avoir présenté pour la première fois au public, avec Le Vanneur, une œuvre plaçant le labeur paysan comme sujet principal d’un tableau. Pour Millet, le paysage et le travail agricole, qu’il représentait avec respect et dignité, étaient indissociables, ce qui a considérablement enrichi le répertoire pictural de l’école de Barbizon. C’est à cette période qu’il a réalisé l’une de ses œuvres les plus célèbres sur la paysannerie, Des Glaneuses, une huile sur toile de 1857 présentée au Salon de la même année.

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Jean-François Millet (1814-1875), L'homme à la houe, vers 1860-1862, huile sur toile, 80 x 99,1 cm, Getty Center, Los Angeles. Photo dans le domaine public

Il a fortement influencé les impressionnistes

L'influence de Jean-François Millet se manifeste surtout chez les générations d'artistes suivantes, qui se sont inspirées autant de ses tableaux paysans que des représentations réalistes de la classe ouvrière de Gustave Courbet. On peut citer ici, par exemple, les deux peintres naturalistes Jules Bastien-Lepage et Jules Breton. Les impressionnistes et les post-impressionnistes ont également puisé leur inspiration dans son œuvre : des artistes tels que Pissarro, Degas, Seurat et Gauguin se sont enthousiasmés pour la simplification des formes de Millet, ses contours marqués et ses cadrages inhabituels ne laissant apparaître que quelques figures en contraste avec le fond. Monet et Renoir, en revanche, étaient fascinés par Le Printemps, une œuvre tardive de Millet reflétant son travail de l’époque sur les jeux de lumière, la pénombre et le clair-obscur. On compte également, dans l’œuvre de Vincent van Gogh, une série d’environ 21 tableaux réalisés d’après Millet, dont ses multiples réinterprétations vibrantes du Semeur.

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Jean-François Millet (1814-1875), Le Printemps, 1868-1873, huile sur toile, 86 x 111 cm, Musée d’Orsay, Paris. Photo dans le domaine public

L’influence de Millet s’est même étendue jusqu’au surréalisme de Salvador Dalí, notamment grâce au tableau L’Angélus, de 1859. Dalí considérait cette œuvre comme énigmatique et inquiétante, et était convaincu qu’elle recelait un double sens, véhiculant un message sur la mort, la peur et la sexualité. Ce tableau a servi de base à la « méthode paranoïaque-critique » de Dalí et à deux tableaux qu’il a peints dans les années 1930 : L’Angélus architectural de Millet (1933) et Réminiscence archéologique de l’Angélus de Millet (1933-1935).

À lire aussi : L’Impressionnisme, entre ombre et lumière

Jean-François Millet (1814-1875), L’Angélus, 1859, huile sur toile, 55,5 × 66 cm, musée d’Orsay, Paris. Photo dans le domaine public

Il a repeint un tableau qu’il n’aimait pas

Nombreux sont les exemples, au cours de l’histoire, de peintres qui ont repeint sur l’une de leurs anciennes toiles. Cette pratique, souvent expliquée par un manque d’argent, survenait aussi parfois lorsque le peintre jugeait l’un de ses tableaux sans grande valeur, ou carrément embarrassant.

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Il existe, dans l’œuvre de Jean-François Millet, un tableau qui a longtemps été considéré comme perdu, voire détruit. Peint en 1848, il s’agit de la fameuse scène biblique intitulée La Captivité des Juifs à Babylone, qui avait essuyé un refus massif au Salon de la même année. Sans intérêt ni acheteur, le tableau a tout bonnement « disparu », jusqu’à ce que l’on retrouve sa trace en 1984, lorsque les chercheurs du Museum of Fine Art de Boston ont examiné de plus près le tableau de Millet intitulé Jeune bergère. Ils ont constaté, à l’aide d’un examen aux rayons X, que la toile était celle qui avait un jour accueilli le tableau d’histoire que l’on croyait perdu. Millet avait peint la Jeune Bergère au début des années 1870, alors qu’il était retourné dans sa Normandie natale pendant la guerre franco-allemande. Le matériel de peinture étant difficile à se procurer à l’époque, peut-être Millet décida-t-il de repeindre sur un tableau qui avait assombri sa carrière vingt ans auparavant ?

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Jean-François Millet (1814-1875), Jeune bergère, vers 1871, huile sur toile, 162 x 113 cm, Museum of Fine Arts de Boston. Photo dans le domaine public

Il n'était pas le seul peintre à porter ce nom

Quiconque parcourt les salles de musées tels que la National Gallery de Londres, la Kunsthalle de Brême, le musée Carnavalet à Paris ou le musée de Grenoble y découvrira des œuvres de Millet, et non pas dans la section consacrée aux peintures du XIXe siècle, mais parmi les Maîtres anciens. En effet, le peintre réaliste Jean-François Millet avait un prédécesseur du même nom (bien qu’il ne comporte pas de trait d’union). Jean François Millet (1666-1723) était un peintre français de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle, auteur de paysages classiques et de tableaux historiques. Fils d’un peintre originaire des Flandres, il avait émigré en France, partageait la même spécialité et portait le même nom que son père. Jean François Millet l’Ancien (1672-1679) est toutefois le plus souvent mentionné sous le prénom de Francisque. Jean François Millet le Jeune eu, quant à lui, un fils nommé Joseph-François Millet (1697-1777), qui perpétua la tradition picturale de son père et de son grand-père. Aucun lien de parenté n’a pu être établi à ce jour entre les Millet « classiques » et le Millet « réaliste ».

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À propos de l'auteur

Gritta von Toll

Gritta von Toll Rédactrice, Allemagne Gritta von Toll est la rédactrice du magazine allemand de Barnebys. Gritta aime aller dans les choses en profondeur. D'abord, au cours de ses études en archéologie et en préhistoire, puis, depuis 2015, après un bref détour dans le monde de la publicité, pour Barnebys, où elle invite le lecteur contemporain à découvrir l'histoire de l’art.

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