Helen Frankenthaler (1928-2011) a été l’une des pionnières de l'expressionnisme abstrait américain dans les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Elle a dynamisé la scène artistique du milieu du siècle avec ses toiles « tâchées » ou « détrempées » qui arboraient toujours de vives couleurs et des formes amorphes. Installée à New York pendant presque toute sa vie, Frankenthaler a puisé son inspiration dans la beauté de la nature plutôt que dans l'énergie urbaine. Ses toiles ont ouvert un nouveau champ de possibilité dans le milieu de la peinture abstraite et de la théorie des couleurs. Aujourd'hui, ses œuvres sont régulièrement vendues aux enchères pour des montants allant jusqu’à sept chiffres.

1. Elle est l'une des fondatrices du mouvement Color Field
Le mouvement Color Field est né aux États-Unis dans la période d’après-guerre avec les œuvres d’artistes comme Mark Rothko, Clyfford Still, Hans Hofmann et Barnett Newman, et a été identifié pour la première fois par le critique Clement Greenberg. Tiré des mouvements européens tels que le fauvisme, l'orphisme et l'expressionnisme, le Color Field s’est développé en réaction à l'Action painting et consistait essentiellement par de grandes étendues de couleur brutes et unies créant des plans ininterrompus. Frankenthaler est l'une des rares femmes à avoir amorcé le mouvement aux côtés d’une poignée de peintres, et sans doute la plus connue. Ses peintures colorées inspireront, dès 1953, les artistes Morris Louis et Kenneth Noland. Disciple d’Hans Hofmann dans les années 1950, elle a elle-même été inspirée par les concepts de « Pousser/Tirer » et « Force/Contre-force » développés par le peintre.
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2. Le « soak-stain » était sa technique caractéristique
Elle a développé sa propre technique, le « soak-stain » (tremper la tâche), qui consistait à mélanger de la peinture à huile et de la térébenthine pour rendre la peinture plus translucide, à la manière des aquarelles. Elle a introduit ses tâches détrempées en 1952 avec le tableau Mountains and Sea, exposé alors qu'elle n'avait que 23 ans et inspiré par un voyage en Nouvelle-Écosse. Ce tableau a été décrit des décennies plus tard comme l'un des « tableaux phares de l'histoire de l'art contemporain ». Bien que l'œuvre n'ait pas été bien accueillie par le public à l'époque, Frankenthaler a continué à travailler sur ses toiles vibrantes et maculées tout au long de sa carrière.
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3. Elle et Motherwell étaient considérés comme LE couple d'artistes
En 1958, Frankenthaler épouse Robert Motherwell, un artiste expressionniste abstrait, après l’avoir fréquenté quelques temps. Avant son mariage, Frankenthaler était depuis cinq ans dans une relation avec le critique Clement Greenberg, un fervent défenseur de son travail. Malgré leur différence d'âge de 13 ans, Frankenthaler et Motherwell partageaient un amour commun pour l'art, les voyages et les loisirs. Tous deux issus de milieux aisés, ils organisaient fréquemment des fêtes dans leur résidence new-yorkaise. Bien que les premières années de mariage aient été heureuses, le couple a fini par divorcer après 13 ans de mariage, en 1971. Le duo n’aura jamais d'enfants, mais Frankenthaler s’occupait des deux filles de Motherwell, issues d'un précédent mariage. La peintre a épousé le banquier Stephen M. DuBrul Jr en 1994.
4. Elle était fascinée par la gravure sur bois

Tout au long de sa carrière, Helen Frankenthaler a expérimenté et poussé sa démarche artistique au-delà de la peinture. Après avoir essayé la lithographie dans les années 1960, elle s’est tournée vers la gravure sur bois au milieu des années 1970. Très attirée par le travail de l'artiste japonais ukiyo-e Utagawa Hiroshige, elle a collectionné certaines de ses œuvres. Dans ses gravures sur bois, Frankenthaler cherchait à révéler le grain du bois, à utiliser une riche palette de couleurs et à réinterpréter le médium traditionnel en y injectant une touche d’abstraction, comme dans ses séries Les Contes de Genji, inspirée par les rouleaux japonais, et Madame Butterfly, son interprétation du paravent japonais.
5. Elle n'aimait pas l'étiquette de féministe
Bien qu’elle ait été l’une des rares femmes à s’imposer sur une scène artistique dominée par des hommes, Frankenthaler n'aimait pas l'idée qu'on la discerne des autres artistes simplement parce qu'elle était une femme, un sentiment partagé par Georgia O'Keeffe. Dans une interview de 1962, elle a déclaré : « Regarder mes peintures comme si elles avaient été peintes par une femme est superficiel, une question secondaire..... La création de peintures importantes est difficile et compliquée pour tous les peintres sérieux ». Bien que certains critiques n'aient pas pris sa peinture au sérieux, la qualifiant de trop féminine ou trop poétique, elle est restée fidèle à sa vision, embrassant son titre de pionnière de l'expressionnisme abstrait.

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Son œuvre continue de fasciner, d’inspirer et atteint fréquemment des sommes importantes aux enchères. En juin 2020, son record a été établi avec l’œuvre Royal Fireworks (1975), vendue chez Sotheby's pour 7,9 millions de dollars (plus du double de l'estimation haute).




