Wedgwood : la porcelaine so british

Célèbre dans le monde entier, la porcelaine de Wedgwood est l’un des fleurons de l’artisanat industriel anglais. Fondée en 1759, la manufacture s’est imposée comme l’équivalent de la porcelaine de Sèvres en France. Dans un esprit différent, elle vise au même raffinement. Celui du luxe, de l’art et du goût.

Grands vases Wedgwood en jaspe, vendus chez Christie's pour 42 600 euros, image © Christie's
Grands vases Wedgwood en jaspe, vendus chez Christie's pour 42 600 euros, image © Christie's

C’est en 1759 que l’entrepreneur Josiah Wedgwood (1730-1795) inaugure une manufacture de faïence à Burslem, dans le Staffordshire. Inspiré par la révolution industrielle, il prend le pari de produire des pièces d’art de haute qualité, en grand nombre et standardisées. L’homme n’en est pas à sa première tentative. Il s’est déjà associé en 1754 avec l’entrepreneur Thomas Whieldon pour créer une première fabrique de céramiques.

Une aventure écourtée, qui a pourtant permis à Wedgwood de mettre au point plusieurs innovations importantes (notamment des vernis pour imiter les fruits et les végétaux). Répondant aux nouveaux modes de consommation, l’entreprise Wedgwood rencontre rapidement un grand succès. En 1765, elle reçoit une première commande de la famille royale. Elle obtient le privilège d’exploiter la mention « Queensware ».

Portrait de Josiah Wedgwood, image via britishheritage.com
Portrait de Josiah Wedgwood, image via britishheritage.com

En 1769, Wedgwood  agrandit son usine de production. Rejoint par le marchand Thomas Bentley, il fonde un nouveau bâtiment à Stoke-on-Trent, consacré aux arts de la table. Il donne au site un nom évocateur : Etruria. À lui seul, le terme traduit la référence à l’antiquité étrusque, jadis valorisée par les Florentins. Le nom n’est pas sans rappeler la frise ornant le fronton de la villa Poggio a Caiano de Laurent de Médicis. Celle-ci présente des bas-reliefs all’antica, en tous points similaires au nouveau design conçu par Josiah Wedgwood.

Assiette de Wedgwood et Bentley de Grodservisen, image © Christie's
Assiette de Wedgwood et Bentley de Grodservisen, image © Christie's

Ce design consiste en un motif de biscuit se détachant sur un fond uni de pierre (jaspe et basalte). Pour le mettre au point, Wedgwood s’entoure de célèbres artistes comme James Tassi ou John Flaxman. Ceux-ci élaborent un « art total » de la faïencerie, opérant la synthèse de tous les courants antérieurs. La référence à l’Antiquité est d’abord manifeste.

Le style Wedgwood s’inspire du célèbre Vase Portland (Ier siècle av J-C), conservé au British Museum. Mais il en réfère plus largement à l’art des frises et des camées antiques, dans un esprit tout impérial. L’autre référence est bien sûr la porcelaine chinoise. Un intérêt stratégique, puisque du point de vue commercial, Wedgwood entend se substituer à la marchandise asiatique, que les Anglais font venir de l’autre bout du monde en payant des fortunes.

Une « première édition » du vase Portland de Wedgwood, années 1790, image Bonhams
Une « première édition » du vase Portland de Wedgwood, années 1790, image Bonhams

L’aspect « local » s’inspire enfin de l’art ancestral des potiers du Staffordshire. Un jeu d’imitation qui prend d’ailleurs la forme d’un écho, puisque les artisans locaux intègrent rapidement des éléments néoclassiques dans leur production. Homme tourné vers le passé, Wedgwood n’en oublie pas moins les défis de son temps. Entrepreneur engagé, il utilise sa production pour diffuser des messages politiques. À la veille de la Révolution Française, il édite en 1787 un médaillon représentant un esclave noir enchaîné. Celui-ci porte l’inscription : « Am I Not a Man and a Brother ? » (« Ne suis-je pas un homme et un frère ? »). L’objet rencontre un succès foudroyant au sein de la bonne société, qui s’encanaille dans les soirées en arborant le motif à hauteur de poitrine.

« Ne suis-je pas un homme et un frère? », médaillon créé par Josiah Wedgwood pendant la campagne anti-esclavage, vers 1790. Vendu chez Sotheby's 2017 pour 6 000 £, image © Sotheby's
« Ne suis-je pas un homme et un frère? », médaillon créé par Josiah Wedgwood pendant la campagne anti-esclavage, vers 1790. Vendu chez Sotheby's 2017 pour 6 000 £, image © Sotheby's

Après la mort de Josiah Wedgwood, ses descendants prennent la succession des affaires. L’entreprise connaît un grand succès. Dès le XVIIIe siècle, le style Wedgwood est repris par de nombreux artistes en Angleterre et dans toute l’Europe. On retrouve son influence chez Charles Ouizille (Cassolette de Marie-Antoinette, c.1785), Jean-François Œben (Bureau de Louis XV, 1769) ou en Allemagne avec Johann Gottfried Schadow (Tombeau du comte Alexander von der Mark, 1788). On peut également citer le cabinet Wedgwood du Palais Albertina de Vienne, et les frises de James Pradier se déployant sur les parois du Cirque d’hiver à Paris (1852).

Vase, service à thé et bougeoirs Wedgwood, image @kongi__re
Vase, service à thé et bougeoirs Wedgwood, image @kongi__re

Au XXe siècle, l’entreprise Wedgwood fait les frais de la crise industrielle. En 1987, elle se voit contrainte de fusionner avec le groupe irlandais Waterford Crystal. Deux siècles et demi après sa création, la saga se poursuit aujourd’hui. La manufacture continue de fournir de prestigieux clients et emploie plus de 3 000 salariés. Un musée rouvert en 2008 présente 80 000 pièces d’archives, de manuscrits et de photos, retraçant l’histoire de l’aventure Wedgwood.

Sur le marché, les pièces et le mobilier peuvent atteindre des sommets. En 2003, un très beau guéridon Louis XVI par Adam Weisweiler en ormolu et thuya a été vendu pour 100 000 livres (Christie’s Londres). Plus récemment, en 2016, un vase en basalte s’est envolé pour 482 500 livres (Christie’s Londres). D’autres pièces sont toutefois plus accessibles aux amateurs, comme cette remarquable plaque des années 1860 mise en vente le 13 novembre 2018 autour de 5 000 livres (Sotheby’s Londres).

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