Sur une page web précédent « Erotic Art Online », la version digitale de « Erotic: Passion and Desire », vente de Sotheby’s ayant eu lieu le 15 février 2018, la respectée maison de ventes a publié ce message d’avertissement en préambule : « Sachez s’il vous plaît que cette vente contient des représentations de nudité et des représentations de nature sexuelle que certains spectateurs pourraient juger indécentes. »

Ce genre d’avertissements a très certainement des raisons légales d’exister, mais ils sont aussi motivés par un bagage culturel porté par l’art érotique. Plus que n’importe quel autre genre, l’art érotique est subjectif, prenant vie dans l’œil du spectateur. Pour certains, l’art sexuellement explicite est un signe que la société permissive est devenue incontrôlable, pour d’autres, c’est une expression naturelle de la sexualité positive. Récemment, une troisième perspective s’est finalement généralisée, alors que les spectateurs se voient confrontés au contenu de l’art érotique à travers le mouvement #MeToo.

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Prenez par exemple les pinups à l’allure traditionnellement sexy de Mel Ramos, deux d’entre elles étant présentées dans « Erotic: Passion and Desire ». Il existe des hommes comme des femmes qui trouvent les courbes charnues et les regards aguicheurs des modèles féminins de l’artiste attirants voire valorisantes. D’autres admirent la façon dont l’artiste marche sur la corde raide du pop art, jonglant entre le mauvais goût et une technique impeccable. À l’inverse, bien sûr, d’autres personnes réagissent avec révulsion ou même colère face à l’exploitation sous-jacente de la matière choisie par Ramos.

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De la même façon, il existe de nombreuses zones d’ombre lorsqu’il s’agit des photographies explicites d’hommes nus de Robert Mapplethorpe, trois de ces photographies figurant à la vente de Sotheby’s. Comme c’est le cas avec Ramos, certains admirent la virtuosité technique de l’artiste, ici, en tant que photographe plutôt que peintre, mais de nombreux fans de Mapplethorpe sont simplement reconnaissants pour cette représentation des nus masculins dans le monde de l’art, là où la forme féminine prédomine. Quant aux détracteurs de Mapplethorpe, ils vont de ceux qui ne savent distinguer son travail de la pornographie, aux homophobes endurcis qui s’épouvantent simplement devant ses photographies.

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La vente « Erotic: Passion and Desire » ne s’est dérobée devant aucun de ces potentiels sujets minés. En réalité, la vente a délibérément choisi de marcher sur quatre-vingt-dix d’entre eux, qui se sont présentés sous forme de dessins, impressions, photographies, et sculptures.
La vente a commencé avec cette paire de dessins de Gustav Klimt datant de 1904-1905 et tout de suite, l’un de ces dessins s’est confronté à un autre challenge du genre. Dans ce dessin, Klimt nous donne deux hommes nus en pleine lutte. Cette œuvre a été spécifiquement incluse dans cette vente vraisemblablement parce que ces hommes sont nus, mais cet objet, plus qu’un exercice de composition et de représentation du corps humain, est un effort visant à faire s’accélérer le pouls du spectateur, l’objectif premier de la plupart de l’art érotique.

Amants couchés vus de droite, est un dessin où l’on voit la tête d’une figure féminine enfouie contre l’entrejambe de son partenaire masculin. Ce dessin est similaire dans le choix du médium mais se focalise plus sur le contenu que sur la composition. Nous ne pouvons voir exactement ce que fait la femme dans cette scène, mais Klimt a prolongé les bras étendus de l’homme derrière sa tête qui est tournée vers sa droite, deux gestes qui soulignent son abdomen apparent dans un moment intime d’extase.

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D’autres œuvres étaient plus sages, comme ce fameux portrait par Richard Avedon de l’actrice et mannequin allemande Nastassja Kinski, couverte de rien d’autre qu’un boa constrictor, portrait qui était conçu pour être exposé sans aucun avertissement d’aucune galerie. D’abord publiée dans Vogue, la photographie de mode d’Avedon était suffisamment sexy pour devenir un poster best-seller (dans les années 1980, cette image décorait les murs des chambres des lycéennes comme des lycéens).
Puis vinrent les œuvres de Pablo Picasso, ce qui nous ramène au mouvement #MeToo. Comme cela est bien connu, Picasso a produit des centaines d’œuvres d’art érotique (« Erotic : Passion and Desire » donna une chance aux enchérisseurs d’acquérir deux de ces fameux dessins, l’un datant de 1967, et l’autre de 1971). Le premier, Trois nus assis, ne semble pas particulièrement controversé pour la plupart des spectateurs. Il dépeint trois femmes discutant nonchalamment comme si elles se retrouvaient au café toutes habillées plutôt qu’assises nues, une par terre, une autre avec les jambes écartées de façon spontanée.

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Le second Picasso, en revanche, intitulé Homme et femme nus, nous entraîne directement à l’intérieur des préoccupations de #MeToo. Le catalogue de Sotheby’s décrit cette œuvre sur papier comme « une représentation sensuelle du corps féminin et du vieil homme voyeuriste qui se tient derrière elle », suggérant une relation bégnine entre les deux sujets. Mais est-ce le cas ? Se pourrait-il que la figure féminine qui est « langoureusement prise dans l’étreinte d’une figure masculine ressemblant à un satyre » est en réalité en train de lutter pour se libérer des attouchements non-désirés d’un prédateur sexuel ?
Il ne fait aucun doute que de nombreuses femmes ont toujours ressenti l’intimidation sous-jacente et la suggestion de violence exprimées par Homme et femme nus. Mais à l’époque de #MeToo, il est soudainement devenu difficile pour beaucoup d’hommes d’ignorer également ces interprétations, ce qui rend la place de l’art érotique dans le monde de l’art plus compliquée que jamais.
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