La relation entre les artistes et leurs muses existe depuis des siècles. Le passage de ces femmes dans la vie des peintres, tantôt romantique, tantôt érotique ou simplement professionnel, a été immortalisé dans les styles les plus marquants. Bien que certaines de ces relations aient résisté à l'épreuve du temps, beaucoup ont évolué vers des séparations houleuses, et même parfois la mort. Voici l’histoire des muses les plus célèbres, celles qui pareront à jamais les toiles, les feuillets et les photographies des grands plasticiens et qui ont, pour quelque raison, donné un visage à l’inexplicable et impétueuse Inspiration.
Simonetta Vespucci (1453-1476)

La première muse connue a vécu au début de la Renaissance, période artistique où l'on découvre la représentation artistique individuelle.
Issue d'une famille aristocrate génoise, Simonetta Vespucci a épousé le cousin du célèbre navigateur Amerigo Vespucci et s'est installée à Florence, où elle a rapidement été saluée comme la plus belle femme de la ville. Sa beauté a inspiré de nombreux artistes de l'époque. Piero di Cosimo l'a imaginée en Cléopâtre, tandis que Sandro Botticelli s'est inspiré de ses traits pour ses diverses madones et portraits mythologiques. Elle aurait également servi de modèle pour la Naissance de Vénus de Botticelli.
Berthe Morisot (1841-1895)

Berthe Morisot n'était pas seulement le modèle d'Édouard Manet, mais une peintre impressionniste affirmée. Manet, l'a représentée pas moins de douze fois entre 1868 et 1874. À cette époque, il était très inhabituel pour une jeune femme de son statut social de poser pour des tableaux qui n'étaient pas des portraits commandés (l’activité de modèle souffrait encore du stéréotype de la prostitution). La relation entre Morisot et Manet était purement platonique et professionnelle, car Morisot a épousé son frère Eugène.
Elizabeth Siddal (1829-1862)

Bien que l'Anglaise Elizabeth Siddal ait été active en tant que peintre, sa beauté a fait chaviré le cœur du groupe des préraphaélites. Fiancée à l’un des membres, Dante Gabriel Rosetti (qui n’a jamais fixé la date du mariage de peur des représentables de sa noble famille) elle a néanmoins posé pour d’autres artistes et notamment pour l’œuvre Ophelia de John Everett Millais, une expérience qui allait la condamner à mort.
Jeanne Hébuterne (1898-1920)

Lorsque Jeanne Hébuterne, 19 ans, a rencontré Amedeo Modigliani à Paris en 1917, elle était étudiante et se destinait à une brillante carrière d’artiste. Modigliani était un peintre dont le génie a malheureusement échappé à la plupart de ses contemporains et particulièrement aux parents d’Hébuterne, qui s’opposaient à leur relation. Malgré la désapprobation de ses proches, Hébuterne a choisi de rester avec le peintre sans le sou qui souffrait de tuberculose et d'alcoolisme. Leur relation s'est terminée tragiquement, à la mort prématurée de Modigliani. La jeune femme s’est donnée la mort deux jours après.
Emilie Flöge (1874-1952)

Au début du XXe siècle, Emilie Flöge exerçait comme créatrice de mode avec ses deux sœurs et dirigeait un salon de haute couture, devenu le rendez-vous incontournable de la scène viennoise. Respectée dans la scène artistique viennoise de la Belle Époque, Flöge a rencontré le beau-frère d'une de ses sœurs, le peintre Gustav Klimt, vers 1890. Elle est restée sa compagne et sa muse jusqu'à sa mort en 1918.
Wally Neuzil (1894-1917)

Wally Neuzil est devenue la partenaire et la muse d'Egon Schiele partir de 1912, pour une durée de trois ans. Leur relation représente une phase importante dans l’œuvre de l'artiste, au cours de laquelle de nombreux chefs-d'œuvre et dessins érotiques ont été créés. Néanmoins, Schiele a épousé une autre femme en 1915. Son idée d’entretenir une sorte de relation tripartite n'a été accueillie positivement ni par sa femme ni par Neuzil. Atteinte de la scarlatine, Neuzil est décédée en 1917, Egon Schiele l'année suivante de la grippe espagnole.
Marie-Hortense Fiquet (1850-1922)

En 1886, soit quatorze ans après la naissance de leur fils, Paul Cézanne a épousé sa compagne Marie-Hortense Fiquet. Leur union n’était pas des plus heureuses et le couple vivait séparément la plupart du temps. Toujours est-il qu’Hortense était son modèle préféré, et elle était contrainte de poser pour lui pendant des heures.
Fernande Olivier (1881-1966)

Il est peu probable qu’un autre artiste ait eu autant de muses (et amantes) que Pablo Picasso. Voici les femmes qui ont changé sa vie et inspiré sa pratique.
En 1905, Fernande Olivier, Amélie Lang pour l’état civil, devient la première partenaire et muse de Picasso. Leurs sept ans de relation a été une période charnière dans la carrière de Picasso : c’est à ce moment qu’il a développé le cubisme, et a représenté Olivier à plusieurs reprises dans ce style.
Olga Chochlowa (1891-1955)

Picasso s’est entiché de la danseuse Olga Chochlowa à Rome en 1917, alors qu’il était chargé de
concevoir des décors et des costumes pour les Ballet Russes. Leur union a été officialisée à Paris en 1918 et trois ans plus tard naissait leur premier enfant, Paolo. Le mariage s'est terminé suite à la liaison Picasso avec Marie-Thérèse Walter. Ils ont vécu séparément mais n’ont jamais divorcé.
Marie-Thérèse Walter (1909-1977)

Marie-Thérese Walter a été la maîtresse secrète de Picasso de 1927 à 1935, jusqu’à la naissance de leur fille Maya. Fasciné par sa beauté, l’artiste l'a peinte encore et encore. Lorsque le tableau de 1932 Nu, feuilles vertes et buste, pour lequel Walter a servi de modèle, a été adjugé pour 79,9 millions d’euros en 2010, il était le plus cher de Picasso sur le marché.
Dora Maar (1907-1997)

Dès 1935, Marie-Thérèse Walter est concurrencée par la photographe Dora Maar, devenue à son tour l’amante. Pendant trois ans, les deux femmes se sont battues pour l'amour et l’attention du peintre. En 1937, Maar a documenté la création du chef-d'œuvre patriotique de Picasso, Guernica, par le biais d’une série photographique. Lorsque Picasso la quitte en 1943 pour Françoise Gilot, 21 ans, Maar tombe dans une grave dépression.
Françoise Gilot (née en 1921)

Françoise Gilot commençait à peine à s’établir en tant qu’aquarelliste lorsqu'elle a rencontré Picasso, de 40 ans son aîné. Devenue sa muse et partenaire, elle lui a donné deux enfants, Claude et Paloma. Le couple a vécu à Vallauris, dans le sud de la France, à partir de 1948. En 1953, c’est Françoise qui rompt la relation, faisant déferler sur elle la rage et l’amertume du peintre. En effet, Picasso a interdit à toutes les galeries parisiennes d'exposer ses œuvres. Pour gagner sa vie, Françoise Gilot a publié en 1964 un livre sur ses années difficiles avec le peintre.
Jacqueline Roque (1927-1986)

Jacqueline Roque, employée à Vallauris dans la fabrique de céramique de Picasso, est devenue sa deuxième épouse en 1961, et certainement son modèle le plus représenté. Pour convaincre la jeune femme de s’unir à lui, Picasso, alors âgé de 70 ans, lui a apporté une rose tous les jours pendant six mois jusqu'à ce qu'elle soit prête pour entamer une relation.
Louise Weber 'La Goulue' (1866-1929)

Le peintre Henri de Toulouse-Lautrec, issu d'une famille aisée, a trouvé sa voie dans le cercle des artistes de Montmartre. Il a documenté la vie des artistes et des danseuses du quartier non seulement dans ses peintures, mais aussi sur des affiches conçues pour divers spectacles dans des bars et des cabarets.
La reine des danseuses de cancan au Moulin Rouge n’était autre que Louise Weber, aussi appelée « La Goulue ». Toulouse-Lautrec a réalisé l'une de ses affiches les plus célèbres pour l'un de ses spectacles. Après avoir quitté le Moulin Rouge en 1895, La Goulue a dansé dans son propre stand à la Foire du Trône à Paris, avant d'épouser un dompteur de lions en 1900 et de voyager avec lui d'une foire à l'autre.
Marcelle Lender (1862-1926)

Autre star des scènes parisiennes, l'actrice et danseuse Marcelle Lender a été peinte à plusieurs reprises par Toulouse-Lautrec, et notamment dans le célèbre portrait Lender dansant le pas du Boléro, dans « Chilpéric ».
Loïe Fuller (1862-1928)

La danseuse américaine Loïe Fuller, arrivée à Paris dans les années 1890, a fortement contribué au développement de la danse moderne. Ses apparitions sur scène, dont la célèbre danse Serpentine, ont inspiré de nombreux artistes, dont Henri de Toulouse-Lautrec. Une vidéo regroupant des archives montre les performances de la danseuse :



