Apparue dans la seconde moitié du XIXe siècle, la vogue symboliste défend la vision d’une conception mystique de l’art. Elle s’oppose à l’approche matérialiste de l’existence telle que la présentent alors le naturalisme ou le positivisme. Plus qu’une recherche picturale, le symbolisme fut le rêve d’un renouveau spirituel : celui d’une religion esthétique.
Le symbolisme apparaît simultanément en peinture et en littérature au tournant des années 1860. Le courant plonge ses racines au Royaume-Uni, influencé par des figures majeures comme William Shakespeare, Horace Walpole, Edgar Allan Poe, William Blake, Füssli ou les préraphaélites. Désireux de s’approprier le meilleur des modes passées, le symbolisme entend devenir un art total, une synthèse esthétique complète de l’esprit de l’homme.

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En 1891, Gabriel-Albert Aurier attribue cinq caractères essentiels à l’œuvre d’art idéale. Selon lui, celle-ci doit être idéaliste, symboliste, synthétique, subjective et décorative. Un positionnement conforme à la déclaration d’intention publiée par Jean Moréas, en 1886 : « la poésie symbolique cherche à vêtir l’Idée d’une forme sensible. »
Il demeure toutefois difficile de qualifier le symbolisme de mouvement. Il s’agit davantage d’une vogue réunissant ponctuellement des artistes et des auteurs parfois assez divergents. L’esprit est uniforme : mais il n’existe pas véritablement de revendication générale. Simplement une prise de position globale.

C’est avec Gustave Moreau que le symbolisme trouve peut-être sa forme la plus aboutie. Pur produit de l’académisme, le peintre évolue rapidement vers un style personnel et inédit. Il revigore les mythes antiques dans des toiles à l’esprit mystique, les plus grandioses du genre (Jupiter et Sémélé, 1890). Moreau s’inspire de l’Antiquité, du Moyen Âge, de la Renaissance ou encore de l’académisme contemporain.
Nombre de ses œuvres font d’ailleurs écho au symbolisme littéraire. Celui-ci réunit des auteurs comme Verlaine, Mallarmé, Rimbaud ou Baudelaire. Huysmans, dans le roman À rebours (1884), décrit L’Apparition (1875), qui n’est pas sans rappeler l’esprit épique du Salammbô de Flaubert (1862). D’autres artistes emboîtent le pas de Moreau, comme Pierre Puvis de Chavannes (Le Rêve, 1883).
À Paris, une vague de mysticisme déferle alors sur les milieux intellectuels. Celle-ci est incarnée par Joseph « Sâr » Péladan, fondateur de la société de la Rose+Croix. Dans les salons qu’il organise de 1892 à 1897, il expose des œuvres à tendance hermétique, dans la veine du syncrétisme fantasmagorique propre au symbolisme.

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Un même primat est accordé à la sémantique universelle des formes et des objets. Un triangle évoque la géométrie ou la Trinité, une flamme la puissance divine ou le feu sacré. Un sphinx rappelle l’attrait latent pour l’égyptomanie, ou encore les mystères imperceptibles présidant aux destinées de la nature.
En Belgique, Fernand Khnopff est un éminent représentant du symbolisme. Résolument ésotérique, l’artiste peint au cœur d’un cercle dans un atelier rappelant le laboratoire des alchimistes médiévaux. Vouant un culte au dieu Hypnos, il livre des toiles introspectives, comme I lock my door upon myself (1891) ou Des Caresses (1896). Le groupe des XX, auquel il appartient, compte d’autres artistes plus ou moins proches du courant comme Félicien Rops ou James Ensor. Pour sa part, Jean Delville, suit la voie d’un symbolisme plus spectaculaire, voire illuminé (L’École de Platon, 1898).

En Suisse, le symbolisme d’Arnold Böcklin reste marqué par le romantisme allemand hérité de Friedrich. L’Île des morts (1880) constitue une ode funeste au silence des défunts, que Rachmaninov mettra en musique quelques années plus tard. Les peintures de Carlos Schwabe parlent dans le même sens (La Mort du fossoyeur, c.1895), tandis que Ferdinand Hödler se montre plus spéculatif, au voisinage de Moreau (La Vérité II, 1903).
En Italie, le symbolisme constitue l’un des ponts esthétiques majeurs reliant l’impressionnisme au futurisme, avec des artistes comme Gaetano Previati (Maternité, 1890). Mais c’est dans le mouvement de la Sécession viennoise que le courant trouve à la fois son aboutissement logique, et le berceau de sa dissolution.

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Gustav Klimt, à l’orée du XXe siècle, en est peut-être le dernier représentant authentique (Les Trois âges de la femme, 1905). Son œuvre témoigne pourtant d’un esprit provocateur déjà assez différent : le conformisme qu’il condamne ne fut jamais le réel ennemi de Moreau.
Ce sont enfin les peintres de l’abstraction naissante qui assimileront les dernières lueurs mystiques, en les projetant dans un mélange inédit de couleurs et de formes. Mondrian ou Kupka, amateurs du genre dans leurs débuts, s’orientent bientôt vers d’autres chemins…
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![Victorine Meurent, Scène orientale au fumeur de narguilé, Huile sur toile, 25 x 16,5 cm, Signée et datée '[18]76' en bas à gauche. Image © Aguttes (recadrée)](https://images.prismic.io/barnebys/d478253a-4509-44d9-ad1a-324a3ee3a2b5_Article+Hero+Image+FR-2.png?auto=format,compress)
