Dans mes photographies, je parle de silence et de distance.
Née en Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Candida Höfer a été élevée dans une famille d’intellectuels et de créatifs : son père était journaliste, sa mère danseuse de ballet et critique de théâtre. Elle s’est ainsi familiarisée avec les institutions culturelles dès son jeune âge.
Forte de ses premiers contacts avec la photographie lors d’une expérience de bénévolat au Fotoatelier Schmülz-Huth de Cologne, elle commence sa formation à l'Académie des beaux-arts et des arts appliqués en 1964. Diplôme en poche, elle travaille pour des magazines qui produisent des séries de photographies en noir et blanc.
Sa pratique personnelle est d’abord axée sur l’humain, qui la fascine tout particulièrement. Elle travaille alors au studio Werner Bokelberg à Hambourg, où elle se spécialise dans les daguerréotypes.

Lorsqu'elle s'inscrit à la célèbre Académie des beaux-arts de Düsseldorf en 1973, la photographie ne fait pas partie du cursus et elle opte pour le cinéma. À cette époque, elle se concentre sur la production de projections de diapositives uniques. Elle réalise la série Türken in Deutschland (Turcs en Allemagne), documentant la vie des familles de migrants turcs dans leurs nouveaux foyers allemands. Le projet attire l'attention du nouveau et célèbre professeur de photographie Bernd Becher. Lui et son épouse Hilla Becher étaient connus pour leurs photographies de bâtiments et de structures industriels. C’est à eux que l’on doit « l’école Becher » ou « l’école de Düsseldorf ».

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L'école Becher était une classe d'étudiants en photographie comprenant les artistes Andreas Gursky, Thomas Ruff, Thomas Struth, Axel Hütte et, bien sûr, Candida Höfer, invitée à rejoindre la classe par Becher lui-même. Ravie d’en apprendre davantage sur la production et la manipulation des images, elle expérimente la photographie en couleur, qui deviendra son principal moyen d'expression, bien qu'elle soit restée fidèle à l'idée de montrer ses images sous forme de projections de diapositives.
Pendant ses études, Höfer abandonne presque définitivement le thème de l’humain. Elle déclarera plus tard en interview que sa nature timide rendait le travail avec les gens plutôt difficile. Pour elle, donner des directives aux modèles et leur dire où se tenir relevait du défi. Elle a également déclaré que cela lui semblait très intrusif, comme si elle pénétrait dans la vie privée de ses sujets, expliquant sa transition vers des clichés de bâtiments vides. « Le présent et le passé sont aussi importants l'un que l'autre. Dans mes photographies, je parle de silence et de distance. Pour moi, il est fondamental que l'atmosphère, la lumière, les couleurs soient saisies », a-t-elle confié.

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Candida Höfer se décrit comme une « touriste non conventionnelle » qui « essaie d'aller partout ». En pratique, ses photographies sont prises à partir d'un angle droit, de face, ou bien cherchent une diagonale dans la composition. Chaque pièce vide est généralement photographiée à partir d'un point d'observation élevé, près d'un mur. Elle utilise l'éclairage déjà présent dans le lieu, et doit donc planifier ses prises de vue minutieusement. Sa passion et sa motivation se ressentent dans des clichés comme ceux du Louvre, où immortaliser les salles complément désertes n’est pas une mince affaire.
Candida Höfer vous donne l'impression que vous, le spectateur, faites partie du paysage qui s'offre à vous. Comme si, en un pas, il était possible de se retrouver dans un musée, une bibliothèque baroque ou un opéra complètement vides. Les impressionnantes dimensions de ses œuvres pourraient presque faire croire à l'existence d'une fenêtre donnant sur une pièce vide et grandiose.

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Depuis sa première exposition à la Konrad Fischer Galerie en 1975, Candida Höfer a été couronnée de succès. Elle a bénéficié de nombreuses expositions monographiques dans des institutions telles que le Louvre, le musée Guggenheim Bilbao et la Biennale de Venise, et elle continue à exposer ses œuvres aujourd'hui.
Ses œuvres atteignant de beaux résultats aux enchères. En 2015, sa photographie de la Bibliotheca Geral da Universidade de Coimbra (2006) a atteint le prix record de 80 500 livres (107 387 euros) lors d’une vente chez Christie's.

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Ses clichés d'intérieurs vides capturent la psychologie de l'architecture sociale. Ils soulignent ce que l'on ressent lorsque les institutions culturelles sont désertes (ce qui s’est réellement passé qui lors de la pandémie de coronavirus), et soulignent un sentiment de vide, comme si l'on imaginait un monde sans humains.
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Article de Sophie Bubmann







