L’histoire de Meissen
La porcelaine de Meissen est, avec celle de Sèvres, la porcelaine la plus populaire et la plus recherchée. La fascination pour la porcelaine et son histoire, notamment « l’or blanc » de Saxe, comme on la surnomme, repose tout d’abord sur sa haute qualité. Cependant, le fait que Meissen ait été l'inventeur de la porcelaine européenne et le premier fabricant du continent joue un rôle encore plus décisif dans son histoire.
Au début du XVIIIe siècle, l'élite européenne était obsédée par la porcelaine importée, dont la fabrication était un mystère absolu. Par-dessus tout, Auguste le Fort, électeur de Saxe et roi de Pologne (1670-1733), était fasciné par les céramiques fines d'Extrême-Orient et était prêt à dépenser des sommes énormes pour sa passion. Mais ses fonds n’étant pas inépuisables, il a fait appel à l'alchimiste Johann Friedrich Böttger (1682-1719), qui prétendait pouvoir produire de l'or à partir de n'importe quel matériau.

Lorsque Böttger a commencé à travailler avec le scientifique Ehrenfried Walther von Tschirnhaus (1651-1708), ils ont découvert la formule de « l’or blanc », ou porcelaine. En 1710, Auguste fonde, à Meissen, la première manufacture de porcelaine d'Europe. Devant la qualité des produits qui y sont fabriqués, il ne se contente pas seulement de se faire plaisir à lui et à sa cour, mais il en fait cadeau à toute l'Europe pour démontrer sa puissance.

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Au départ, le répertoire de la manufacture se limitait à des copies et à des réinterprétations de formes et de motifs déjà connus, notamment ceux des importations de Chine. Toutefois, grâce à des peintres et des modeleurs de grand talent, tels que Johann Joachim Känders (1706-1775), Johann Gregorius Höroldt (1696-1775) et Johann Gottlieb Kirchner (1706-1768), l’enseigne a rapidement proposé des sculptures d'animaux et des groupes de figurines galantes, toutes décorées de couleurs et de motifs éclatants.

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Les services à dîner et à thé étaient également de plus en plus adaptés au style européen, avec l’émergence de motifs tels que le « Relief Brandenstein » (1741), les « Fleurs allemandes » et la « Fleur éternelle » (tous deux en 1740).

La formule de fabrication de la porcelaine était un secret jalousement gardé. Les personnes initiées à la fabrication étaient appelées les « arcanistes » (du mot latin arcanum, qui signifie secret). Cependant, en 1718, un diplomate autrichien a réussi à attirer quelques employés à Vienne et a fondé la manufacture de porcelaine de Vienne.

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Cette concurrence inattendue a rendu nécessaire l'apposition d'une marque sur les produits de Meissen. Au départ, le monogramme AR (pour « Augustus Rex ») était utilisé, jusqu'à ce que les épées croisées, toujours utilisées aujourd'hui, s'imposent comme véritable marque de certification.
Vienne n'était pas la seule concurrence, mais les goûts des clients changeaient aussi, ce qui signifiait que les concepteurs de Meissen devaient toujours proposer quelque chose de nouveau. Parmi les créations importantes, citons le « Service du Cygne » créé pour le Premier ministre de Saxe, Heinrich Graf von Brühl, et les vases boule de neige en filigrane, fins et élaborés.

La grande époque des innovations de la manufacture de Meissen s'est terminée à la fin du XVIIIe siècle. À l'époque de l'historicisme du XIXe siècle, Meissen a également eu de plus en plus recours à d'anciens modèles, qui ont été réédités et redessinés dans le style néo-rococo. Afin de répondre au goût de la bourgeoisie, devenue de plus en plus riche à la suite de la révolution industrielle et pouvant désormais s'offrir des objets luxueux, des nouveaux modèles ont été développés. La présentation d'un service en porcelaine de Meissen sur la table à manger était considérée comme un symbole nécessaire du statut de cette classe sociale en plein essor.

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C’est à peu près à cette époque que le vase à manche en serpent, créé par Ernst August Leuteritz (1818-1893), le directeur créatif de la manufacture pendant de nombreuses années, a vu le jour. Le modèle, comble de l’originalité et de l’innovation, est devenu depuis un véritable classique de l’enseigne.

Afin de donner un nouveau souffle à la production, de nouveaux artistes (utilisant principalement le vocabulaire de l'Art nouveau) ont été engagés à la fin du XIXe siècle. La série de douze enfants jouant par Julius Konrad Hentschel (1872-1907), connue sous le nom d’« Enfants Hentschel », est une pièce née à cette période qui est toujours populaire aujourd'hui.

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Au cours du turbulent XXe siècle, la manufacture de Meissen a misé sur un mélange réussi de formes et de techniques historiques, tout leur apportant une touche contemporaine en phase avec les nouvelles tendances.

Collectionner la porcelaine de Meissen
Au XXIe siècle, la porcelaine de Meissen est devenue un objet de collection très convoité. Ce qui vaut pour de nombreux autres domaines de collection vaut également pour les créations de l’enseigne allemande : les premières éditions sont toujours les plus chères. L'apogée de la manufacture, au début et au milieu du XVIIIe siècle, a été marqué par l'invention de la porcelaine européenne et les œuvres des grands maîtres, tels que Johann Joachim Kändler.

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Les modèles de Kändler ont été imités au fil des siècles. Les figures et groupes exécutés peu après sa période d’activité sont plus chers que les versions ultérieures. Par exemple, l'humoristique série « Chapelle des singes » de 1753, fait toujours l'objet d'une collection assidue. Alors qu'une série complète de 1755-1756 a trouvé preneur chez Christie's pour 77 343 euros en 2015, la même maison de ventes n'a enregistré que 17 900 euros pour un ensemble tout aussi complet qui datait du XXe siècle.

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Étant donné que de nombreux motifs des débuts de Meissen ont été réédités, il faut décider si l'on préfère un original du XVIIIe siècle ou si une version ultérieure est suffisante.

Authenticité et restaurations
Lors d’un coup de cœur pour un modèle, il faut d'abord regarder sous la base, car c'est là que l'on trouve les marques de fabrique de Meissen, le plus souvent en couleur sous glaçure. August le Fort avait introduit ces marques en se calquant sur les marchandises importées de Chine, afin de se distinguer de la concurrence viennoise et de protéger les produits de sa manufacture.

La première marque était composée des initiales « AR », qui signifient « Augustus », c'est-à-dire Auguste le Fort en sa qualité de roi de Pologne. En 1723, les épées croisées ont été introduites, d'abord en combinaison avec des séquences de lettres, comme « KPM » (Königliche Porzellan-Manufaktur), puis seules à partir de 1730 environ. Le design des épées a varié au fil du temps. Une étoile a été ajoutée sous Camillo Marcolini (1739-1814), qui a dirigé la manufacture de 1774 à 1814, et du milieu du XIXe siècle jusqu'en 1924, les épées avaient des pommeaux plus épais.

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Mais qu'en est-il des toutes premières pièces qui ne présentaient pas encore de marque ? Il est possible d’identifier une pièce Meissen originale par sa porcelaine : bien que l'entreprise ait été lancée en 1708, la formule n'était pas encore tout à fait au point et la porcelaine avait un ton légèrement jaunâtre-grisâtre jusqu'à la fin des années 1720.
Les numéros de modèle, de décor ou de peinture utilisés selon un système spécial peuvent également servir d'indication pour authentifier une pièce.

Outre l'examen des caractéristiques d'identification, il est également nécessaire de s'intéresser aux restaurations éventuelles. Les restaurations modernes sont parfois si habilement réalisées qu'il est difficile de les voir. En tournant (prudemment) une porcelaine à la lumière, un éclat partiellement différent peut être visible, indiquant un ajout moderne. Les réparations plus anciennes sont généralement plus faciles à repérer, car le matériau utilisé pour la réparation peut se décolorer avec le temps (ce qui n'est pas particulièrement souhaitable sur une figurine d'une blancheur immaculée).
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En réalité, les restaurations de la porcelaine, en particulier des pièces très anciennes, ne sont pas les bienvenues, car elles enlèvent à l'objet son authenticité. Toute personne qui achète un objet en porcelaine réparé doit savoir qu'il se revendra probablement à un prix inférieur.
En savoir plus sur Meissen
Lors de la création d'une collection, il est toujours conseillé d'acquérir les connaissances nécessaires. Lisez la littérature spécialisée et les catalogues de vente aux enchères bien fournis, qui comportent également de nombreuses photos et détails.

Il faut également examiner de près la porcelaine de Meissen de ses propres yeux. Il convient bien sûr de mentionner en premier lieu la collection du Zwinger de Dresde, qui comprend également des objets d'importation chinoise qu'Auguste le Fort faisait livrer d'Extrême-Orient. Dans le musée de la Fondation de la porcelaine de Meissen, l'histoire et le développement de la manufacture peuvent être retracés chronologiquement depuis ses débuts jusqu'à aujourd'hui. La collection de pièces très anciennes en porcelaine et en grès Böttger du château Schloss Favourite à Rastatt est également intéressante. Son propriétaire d'origine, la princesse Sibylle de Saxe-Lauenbourg (1675-1733), était l'un des premiers clients de Meissen.
N'achetez qu'auprès de marchands et de maisons de vente aux enchères dignes de confiance, qui peuvent démontrer une réelle expertise dans la vente de porcelaine de Meissen. En cas d'incertitude due à un manque de connaissances, il est toujours conseillé de consulter un spécialiste. Vous pouvez vous renseigner sur l'évolution des prix des produits de la manufacture dans des bases de données. Par exemple, les prix des différentes créations de la marque aux enchères peuvent être consultés ici, sur Barnebys.
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