L’aventure de la marque a débuté à Selb, une petite ville allemande située à quelques kilomètres de la frontière tchèque. C’est là, en 1879 qu’un certain Philippe Rosenthal, de retour d’un séjour aux Etats-Unis, pose la première pierre de sa petite entreprise familiale destinée à la production de peinture sur porcelaine. Il prend ses quartiers au château de Erkersreuth et réalise ses premiers exemplaires en utilisant des kaolins (de l’argile blanche), qui provient des mines situées non loin de Meissen, en Bavière allemande.

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À l’époque, le procédé de cuisson est assez novateur, tout du moins en Europe du Nord, où la porcelaine, déjà utilisée dans les arts de la table, commence enfin à rivaliser avec la vraie porcelaine orientale dont les premières traces d’existence remontent sous la dynastie des T’ang, au IXe siècle avant J.C..
Philipp Rosenthal, pour en revenir à lui, arrive donc au bon moment et va profiter des avancées réalisées au cours du siècle par ses aînés pour se lancer à corps perdu dans son projet. Et ça marche. En 1886, le jeune entrepreneur allemand goûte à son premier succès commercial avec la mise sur le marché d’un cendrier en porcelaine destiné aux amateurs de cigares.

Quelques années plus tard, sa société se déploie sur un second site de production (à Kronach, en Haute-Franconie) et se met à fabriquer elle-même sa porcelaine, manière de gagner en autonomie.
Au début du XXe siècle, l'entreprise se rebaptise Porzellanfabrik Ph. Rosenthal & Co et absorbe Thomas, une usine concurrente, à Marktredwitz. Elle compte désormais près de 1 200 salariés. Lesquels salariés bénéficient des congés payés et ce, bien avant qu’ils n’existent légalement. Car oui, Philipp Rosenthal était en quelque sorte un visionnaire. D’ailleurs, pour faciliter la vie de ses équipes au quotidien, il eut l’idée de leur construire des logements décents, loués à bas prix, et se mit même à financer la création de crèches et de jardins à proximité des usines.

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En 1910, la société entre dans une nouvelle ère, dès lors qu’elle se voit accorder le privilège (royal) de fabriquer des figurines artistiques en porcelaine. Surfant sur la vague du succès, Rosenthal lance en 1916 son fameux service baptisé Maria, du nom de l’épouse de l’entrepreneur. Délicieux équilibre entre des références stylistiques classiques et romantiques, ce service de plus de 170 pièces va inonder le monde et se vendre à plusieurs millions d’exemplaires. À tel point qu’il deviendra par la suite « l’un des modèles de vaisselle les plus vendus de tous les temps. »
Dans les années 30, le IIIe Reich ne ralentit en rien l’expansion de Rosenthal. Toutefois, il réussit à avoir la tête du patron qui, d’origine juive, doit quitter ses fonctions en 1934. Au lendemain de la guerre, le fils, qui porte le même prénom, intègre à son tour l’entreprise familiale et va jouer un rôle décisif dans le développement commercial et l’évolution du design chez Rosenthal.

Après avoir acquis le château Erkersreuth (1953) et orchestré sa rénovation, avec l’aide d’artistes de renom comme Günter Ferdinand Ris et Victor Vasarely, vient l’ouverture du premier studio, en 1961, à l’intérieur duquel la société va mettre en avant ses collections.
À cette époque, la société va également associer son image à celle de designers réputés (Raymond Loewy, Tapio Wirkkala, etc.), à travers des collaborations qui, sans mettre en péril le caractère fonctionnel de la vaisselle, vont la raccrocher au temps présent et en faire un miroir des tendances et des goûts décoratifs. L’une des plus célèbre collection restera très certainement celle conduite avec Andy Warhol, qui représente encore 4 % du chiffre d'affaires annuel de l’entreprise.

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Dans les années 70, l’audace va continuer de guider la stratégie de la marque, qui lance notamment une collection de meubles et d’objets d’intérieur. Les récompenses pleuvent (500 à ce jour !), les honneurs des institutions muséales aussi. Au milieu des années 80 et alors que l’entreprise vient de passer le cap des 100 ans d’existence, le secteur de la porcelaine est frappée de plein fouet par une crise économique profonde. Pour rester debout, pas le choix : réduire la voilure et moderniser au maximum les outils de production. Ainsi, 30 millions d’euros ont été investis entre 1990 et 2000, le prix à payer pour rester parmi les plus compétitives du marché.

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Depuis 2009, la société est membre du groupe Arcturus, le leader du marché de la production d’articles de design et de luxe pour la table et la cuisine. Elle a racheté la marque allemande Arzberg en 2013, dispose de son propre musée (rénové en 2016) et poursuit son petit bout de chemin en signant notamment de jolis partenariats, comme elle le fait avec Versace, une enseigne iconique de la mode italienne, avec qui elle conçoit des collections de vaisselle tellement raffinées et flamboyantes qu’on parle désormais d’œuvres artistiques à part entière.
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