Ce portrait est-il vraiment signé Edvard Munch ?

Après l’authentification de la nature morte de Vincent van Gogh le mois dernier, le St. Olaf College travaille sans relâche pour identifier un portrait de femme inachevé, entré dans leur collection il y a 20 ans, comme une œuvre d’Edvard Munch. La décision finale appartient maintenant au musée Edvard Munch, qui semble faire profil bas...

Ce portrait est-il vraiment signé Edvard Munch ?

Le St. Olaf College, dans le Minnesota, serait-il en possession d’un tableau du peintre norvégien Edvard Munch ? Le portrait sans nom avait été donné à l’école en 1999, avec 2 000 autres œuvres, par la Fondation de Richard Tetlie, un ancien élève de St. Olaf diplômé en 1943. 

Au cours des années 1960 et 1970, le portrait de la violoniste Eva Mudocci avait été exposé sous l’autorat de Munch. Après son entrée à St. Olaf, l’œuvre est restée accrochée dans les quartiers du directeur de l’établissement pendant de nombreuses années, alimentant les rumeurs auprès des étudiants, qui ont fini par baptisé l’œuvre « Eva ». 

Ce portrait inachevé présumé de Munch, représenterait Eva Mudocci, image © St. Olaf College / Musée d'art Flaten
Ce portrait inachevé présumé de Munch, représenterait Eva Mudocci, image © St. Olaf College / Musée d'art Flaten

Grâce à l’initiative de l’experte Rima Shore, l’établissement est en mesure d’apporter de nouvelles preuves sur l’authenticité du tableau. Au cours de ses recherches sur la biographie d'Eva Mudocci, Shore avait déjà découvert plusieurs lettres écrites par Munch en 1903 et 1904, mentionnant une visite rendue à la musicienne, ainsi que ses intentions de la peindre.

En octobre 2018, le Flaten Art Museum (affilié au St. Olaf College) a donc initié une analyse scientifique du portrait, axée sur l’étude des couleurs et le traitement des lignes. Encore une fois, tout indiquait une œuvre originale de Munch. La décision finale appartient maintenant aux experts du Munch Museum à Oslo, qui semblent faire profil bas. Un porte-parole de l’institution a déclaré au Wall Street Journal que le personnel du musée était trop occupé à préparer le déménagement des collections dans un nouveau bâtiment pour pouvoir se concentrer sur l’authentification. 

Edvard Munch, Salomé, 1903
Edvard Munch, Salomé, 1903

« Tous les pigments, couches de peinture, et liants déduits ou identifiés ici sont présents dans les autres œuvres d'Edvard Munch », révèle le rapport. « Même si de telles trouvailles ne peuvent à elles seules être considérées comme « l’empreinte digitale » d’un artiste en particulier, elles constituent une preuve convaincante qui appelle à une étude plus approfondie de cette peinture », a déclaré l'analyste scientifique Jennifer Mass à St. Olaf.

Edvard Munch fait la connaissance d'Eva Mudocci (surnommée Rose Lynton) à Paris en 1903, alors qu'elle effectue une tournée européenne avec la pianiste Bella Edwards. Munch la prend pour amante et muse, et réalise trois lithographies de la charismatique violoniste : Concerto pour violon, illustrant Eva avec Bella Edwards, Salomé, un double portrait dans lequel Munch apparaît aux côtés de son modèle, et Die Brosche. Eva Mudocci, l'œuvre la plus célèbre de la série.

Edvard Munch, Die Brosche. Eva Mudocci, 1903, Musée national d’Oslo
Edvard Munch, Die Brosche. Eva Mudocci, 1903, Musée national d’Oslo

Les découvertes sont prometteuses, mais rien n’est encore confirmé. Selon les experts, la toile serait restée inachevée suite à la rupture entre le peintre et Mudocci en 1904. Avec toute cette agitation, la petite-fille de la violoniste est entrée en contact avec l’établissement, révélant que sa famille avait toujours cru que le portrait était bien de la main de Munch.

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Selon Artnet, il serait de plus en plus difficile d’obtenir l’authentification d’une œuvre importante. Les fondations Andy Wahrol et Jean-Michel Basquiat, entre autres, ne veulent plus s’aventurer dans le processus, craignant d’éventuelles poursuites de la part des clients insatisfaits par les résultats. Il se pourrait bien que le Munch Museum suive le pas et se déleste de sa mission, au grand désarroi du St. Olaf College, qui ne cherche qu’à « faire une découverte artistique historique et grandiose ».  

Photo d’en-tête : Adam Finnefrock, analyste scientifique des beaux-arts, et Jane Becker Nelson, directrice du Flaten Art Museum, image © St. Olaf Collège