Elisabeth Vigée Le Brun, célèbre peintre française connue pour ses portraits de Marie-Antoinette, a été couronnée artiste féminine prémoderne (ou « Old Master ») la plus cotée du marché lorsque son Portrait de Mohammed Dervish Khan s'est vendu à 6,2 millions d’euros chez Sotheby's en janvier 2019. Quelques mois plus tard, c'est le portrait d’une autre personnalité de la cour qui est passé sous le marteau : celui de Marie-Jeanne Bécu, plus connue sous le nom de Madame du Barry, la dernière maîtresse du roi Louis XV qui, comme Marie-Antoinette, a régulièrement servi de modèle à Vigée Le Brun.

Le tableau a été réalisé 15 ans après le décès de Louis XV, alors que Mme du Barry menait une petite vie tranquille mais luxueuse dans un château de Louveciennes, près de Paris. Un mode de vie rendu possible par la fortune de son ancien amant. Le nouvel homme de sa vie, le duc Hercule de Cossé-Brissac, a vraisemblablement commandé le portrait. L'œuvre s'est envolée pour 975 000 dollars, très légèrement en-dessous de son estimation, lors d'une vente chez Christie's en mai 2019.
1. Des chiffons aux richesses
Bien que Jeanne Bécu soit née en 1743 en tant que fille illégitime d'une couturière, elle s'est rapidement imposée dans les cercles de la haute société grâce à sa beauté, fréquentant plusieurs salons parisiens où un certain Dubarry, quadragénaire renommé dans les milieux de la galanterie pour sa dépravation et son absence totale de scrupules, a fait sa connaissance en 1764 et devient son amant.

À seulement 21 ans, Jeanne devient une courtisane à la mode protégée par ce même Dubarry. Ce proxénète recherche des clients parmi les membres de la cour, mais le nombre de passes qu'il la contraint à faire chaque jour épuisent la jeune fille. Cherchant un moyen de pouvoir continuer à l'exploiter sans « l'endommager », il parvient à mêler ses intérêts avec ceux du duc de Richelieu pour la faire remarquer par le roi Louis XV.
En 1769, Dubarry la marie à son propre frère, le comte Guillaume Dubarry (elle a alors 25 ans) pour lui permettre d'obtenir un titre officiel à la cour et de pouvoir offrir ses faveurs à Louis XV. La même année, elle obtient ses propres quartiers à Versailles, secrètement connectés aux appartements personnels du roi alors que Guillaume fut renvoyé dans son Languedoc natal.
Sa position privilégiée à la cour de Versailles lui permettait non seulement de bénéficier de somptueux cadeaux, mais aussi de se présenter comme une mécène, commandant des meubles, des objets de décoration et des tableaux raffinés pour le château.
2. Un château privé

Louis lui offre un château à Louveciennes, qu’elle fait agrandir et décorer à son goût. Le Pavillon de Musique, construit en 1771 par l'architecte Claude Nicolas Ledoux, est un petit édifice d’une grande importance historique, il est aujourd’hui considéré comme l’archétype du classicisme français.
Jean-Honoré Fragonard est également invité à décorer le château. Pour le pavillon, la maîtresse des lieux lui demande de réaliser une série de peintures murales, qu’il livre sous le titre de Progrès de l’amour dans le cœur d’une jeune fille.
Les quatre peintures (La Poursuite, La Surprise, L’Amant couronné et La Lettre d’amour) ont cependant été rejetées peu après leur installation, jugée trop éloignées du style néoclassique du pavillon. Le cœur lourd, Fragonard a repris ses œuvres pour les accrocher chez son cousin à Grasse, sa ville natale. La série a ensuite été achetée par J.P. Morgan et est aujourd'hui exposée dans la « Frick Collection » à New York.

3. Un collier de diamants tristement célèbre
L'affaire du collier de diamants est sans doute l’une des plus scandaleuses du XVIIIe siècle, et n’a pas manqué de déprécier la réputation de la reine Marie-Antoinette. En 1772, Louis XV commande un collier de diamants extravagant pour Madame du Barry, mais meurt deux ans plus tard avant que la pièce ne soit achevée ou payée intégralement (elle aurait coûté l'équivalent de 14 millions de dollars américains, soit 12,4 millions d’euros aujourd'hui).
Son successeur, le roi Louis XVI, refuse de payer le collier, malgré les demandes du bijoutier qui avait investi beaucoup d’argent dans sa fabrication. Jeanne de Valois-Saint-Rémy, une comtesse, saute sur l’occasion pour en tirer profit. Elle fait appel à un maître-faussaire pour écrire des lettres signées par la reine, stipulant que cette dernière désirait le collier, contre l’avis de son mari le roi.

Dans les missives, la « reine » demandait au cardinal de la cour d’avancer la somme nécessaire, tandis que Jeanne de Valois-Saint-Rémy servirait d’intermédiaire pour lui remettre le collier. Le cardinal, dupé par la supercherie, fait parvenir plusieurs paiements au bijoutier afin d'acquérir le bijou, qui est ensuite remis à la comtesse lors d'un rendez-vous nocturne.
Une fois en possession du collier, la vile comtesse s’empresse de revendre les diamants à Londres et à Paris, avant d’être arrêtée. Bien que Marie-Antoinette ait été innocente, l'incident n'a fait que renforcer le dégoût du peuple français face à ses dépenses et son goût pour l’opulence, contribuant à la chute de la monarchie Bourbon et à la révolution de 1789.
4. La figure de cire originale de Madame Tussaud

La plus ancienne figurine en cire exposée chez Madame Tussaud à Londres porte le nom de Belle au bois dormant, et serait datée du milieu des années 1760. Il est dit que la maîtresse royale, qui vivait alors à Paris comme courtisane, en était le modèle.
Madame Tussaud (Marie Grosholtz) elle-même aurait créé la poupée, mais il est plus probable que La Belle au bois dormant ait été l'œuvre de son enseignant, Philippe Curtius, avec qui elle a commencé à travailler à l'âge de six ans.
5. Son dernier portrait privé
À partir de la fin des années 1770, Elisabeth Vigée Le Brun était la portraitiste la plus prisée et la plus en vogue de France. La souveraine Marie-Antoinette lui a commandé de nombreux portraits officiels, tout comme les membres de la noblesse française et européenne.
On connaît trois portraits de Madame du Barry peints par Vigée Le Brun. Le premier, qui fait maintenant partie de la collection du Philadelphia Museum of Art, a été réalisé en 1781 et représente Jeanne dans un style similaire à celui de Marie-Antoinette, vêtue d'une simple robe blanche de mousseline et d’un chapeau de paille. Le second, exposé à la National Gallery de Washington, date de l’année suivante. Mme du Barry y est dépeinte portant une couronne de fleurs dans les cheveux et une robe plus formelle.

Le dernier, vendu chez Christie's en 2019, documente la vie de la comtesse loin des frasques de la cour. Il a circulé au sein de l'aristocratie française après la décapitation de Mme du Barry au cours de la Révolution française avant de rejoindre la collection de la famille Rothschild. Il est aujourd'hui conservé dans une collection privée.
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