Cinq choses à savoir sur Madame du Barry, la maîtresse royale

Le 1er mai, Christie's mettra aux enchères un exceptionnel portrait de Madame du Barry, la dernière favorite du roi Louis XV. L’œuvre a été exécutée par Élisabeth Vigée Le Brun, la grande portraitiste et peintre de la cour de France, qui sans aucun doute, était aux premières loges des frasques de la royauté.

Cinq choses à savoir sur Madame du Barry, la maîtresse royale

Le 30 janvier 2019, Elisabeth Vigée Le Brun, célèbre peintre française connue pour ses portraits de Marie-Antoinette, a été couronnée artiste féminine prémoderne (ou « Old Master ») la plus cotée du marché lorsque son Portrait de Mohammed Dervish Khan s'est vendu à 6,2 millions d’euros chez Sotheby's.

Le 1er mai prochain, un autre portrait d’une éminente personnalité de la cour passera sous le marteau. Marie-Jeanne Bécu, plus connue sous le nom de Madame du Barry, était la dernière maîtresse du roi Louis XV, et comme Marie-Antoinette, a régulièrement servi de modèle à Vigée Le Brun.  

Élisabeth Vigée Le Brun, Portrait de Madame du Barry, 1789, huile sur toile, image © Christie's
Élisabeth Vigée Le Brun, Portrait de Madame du Barry, 1789, huile sur toile, image © Christie's

Le tableau a été réalisé 15 ans après le décès de Louis XV, Mme du Barry menait alors une vie isolée mais luxueuse dans un château de Louveciennes, près de Paris. Un mode de vie rendu possible par la fortune de son ancien amant. Le nouvel homme de sa vie, le duc Hercule de Cossé-Brissac, a vraisemblablement commandé le portrait. 

1. Des chiffons aux richesses

Madame du Barry jeune, image via Château de Versailles
Madame du Barry jeune, image via Château de Versailles

Bien que Jeanne Bécu soit née en 1743 en tant que fille illégitime d'une couturière, elle s'est rapidement imposée dans les cercles de la haute société grâce à sa beauté, en endossant le rôle de courtisane.

En 1769, Jeanne, alors âgée de 25 ans, se marie hâtivement avec le comte du Barry, afin d’obtenir un titre officiel et de pouvoir offrir ses faveurs à Louis XV. La même année, elle obtient ses propres quartiers à Versailles, secrètement connectés aux appartements personnels du roi.

Les appartements de madame du Barry à Versailles, image © Château de Versailles
Les appartements de madame du Barry à Versailles, image © Château de Versailles

Sa position privilégiée à la cour de Versailles lui permettait non seulement de bénéficier de somptueux cadeaux, mais aussi de se présenter comme une mécène, commandant des meubles, des objets de décoration, et des tableaux raffinés pour le château.

2. Un château privé

Pavillon de musique classique à Louveciennes, construit en 1771, image ©Jean-Marie Hullot via Wikimedia Commons
Pavillon de musique classique à Louveciennes, construit en 1771, image ©Jean-Marie Hullot via Wikimedia Commons

Louis lui offre un château à Louveciennes, qu’elle fait agrandir et décorer à son goût. Le Pavillon de Musique, construit en 1771 par l'architecte Claude Nicolas Ledoux, est un petit édifice d’une grande importance, considéré aujourd’hui comme l’archétype du classicisme français. 

Jean-Honoré Fragonard est également invité à décorer le château. Pour le pavillon, la maîtresse des lieux lui demande de réaliser une série de peintures murales, qu’il livre sous le titre de Progrès de l’amour dans le cœur d’une jeune fille

La série de quatre peintures de Fragonard fait maintenant partie de la collection Frick, image © Michael Bodycomb via The Frick Collection
La série de quatre peintures de Fragonard fait maintenant partie de la collection Frick, image © Michael Bodycomb via The Frick Collection

Les quatre peintures (La Poursuite, La Surprise, L’Amant couronné et La Lettre d’amour) ont cependant été rejetées peu après leur installation, jugée trop éloignées du style néoclassique du pavillon. Le cœur lourd, Fragonard a repris ses œuvres pour les accrocher chez son cousin à Grasse, sa ville natale. La série a ensuite été achetée par J.P. Morgan, et est aujourd'hui exposée dans la « Frick Collection » à New-York.

3. Un collier de diamants tristement célèbre

L'affaire du collier de diamants est sans doute l’une des plus scandaleuses du XVIIIe siècle, et n’a pas manqué de déprécier la réputation de la reine Marie-Antoinette.

En 1772, Louis XV commande un collier de diamants extravagant pour Madame du Barry, mais meurt deux ans plus tard avant que la pièce ne soit achevée ou payée intégralement (elle aurait coûté l'équivalent de 14 millions de dollars américains, soit 12,4 millions d’euros aujourd'hui).

Une copie du collier de diamants au château de Breteuil, en France, image via HistoryWeb
Une copie du collier de diamants au château de Breteuil, en France, image via HistoryWeb

Son successeur, le roi Louis XVI, refuse de payer le collier, malgré les demandes du bijoutier qui avait investi beaucoup d’argent dans sa fabrication. Jeanne de Valois-Saint-Rémy, une comtesse, saute sur l’occasion pour en tirer profit. Elle fait appel à un maître-faussaire pour écrire des lettres signées par la reine, stipulant que cette dernière désirait le collier, contre l’avis de son mari le roi. Dans les missives, la reine demandait au cardinal de la cour d’avancer la somme nécessaire, tandis que Jeanne de Valois-Saint-Rémy serait l’intermédiaire devant lui remettre le collier. Le cardinal, dupé par la supercherie, fait parvenir plusieurs paiements au bijoutier afin d'acquérir le bijou, qui est ensuite remis à la comtesse lors d'un rendez-vous nocturne.

Une fois en possession du collier, la vile comtesse s’empresse de revendre les diamants à Londres et à Paris, avant d’être arrêtée. Bien que Marie-Antoinette ait été innocente dans l'incident, ses dépenses et son goût pour l’opulence suscitaient déjà les critiques du peuple français, lesquelles ont mené à la chute de la monarchie Bourbon et à la révolution de 1789.

4. La figure de cire originale de Madame Tussaud

La Belle au bois dormant chez Madame Tussaud à Londres, image tiarasandtrianon.com
La Belle au bois dormant chez Madame Tussaud à Londres, image tiarasandtrianon.com

La plus ancienne figurine en cire exposée chez Madame Tussaud à Londres porte le nom de Belle au bois dormant, et serait datée du milieu des années 1760. Il est dit que la maîtresse royale, qui vivait alors à Paris comme courtisane, en était le modèle.

Madame Tussaud (Marie Grosholtz) elle-même aurait créé la poupée, mais il est plus probable que La Belle au bois dormant ait été l'œuvre de Philippe Curtius, l'enseignant de Marie, avec qui elle a commencé à travailler à l'âge de six ans. 

5. Son dernier portrait privé

Autoportrait au chapeau de paille, Elisabeth-Louise Vigée Le Brun, 1782, huile sur toile, image : National Gallery London
Autoportrait au chapeau de paille, Elisabeth-Louise Vigée Le Brun, 1782, huile sur toile, image : National Gallery London

À partir de la fin des années 1770, Elisabeth Vigée Le Brun était la portraitiste la plus prisée et la plus en vogue de France. La souveraine Marie-Antoinette lui a commandé de nombreux portraits officiels, tout comme les membres de la noblesse française et européenne.

Le portrait offert par Christie's est l’un des trois portraits de Madame du Barry peints par Vigée Le Brun. Le premier, qui fait maintenant partie de la collection du Philadelphia Museum of Art, a été peint en 1781 et représente Jeanne dans un style similaire à celui de Marie-Antoinette, vêtue d'une simple robe blanche de mousseline et d’un chapeau de paille. Le second, exposé à la National Gallery de Washington, date de l’année suivante. Mme du Barry y est dépeinte portant une couronne de fleurs dans les cheveux et une robe plus formelle.

Le portrait final a circulé au sein de l'aristocratie française après la décapitation de Mme du Barry au cours de la Révolution française, et plus récemment, avait rejoint la collection de la famille Rothschild. L’estimation annoncée par Christie’s en vue de la vente du 1er mai oscille entre 1 et 2 millions de dollars. 

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