De la robe de mariée à la garde-robe estivale, la robe blanche occupe une place importante dans l'histoire de la mode. Dans l’art, elle a fait de fréquentes apparitions à travers les siècles, mais toujours dans des contextes bien différents.
James McNeill Whistler, Symphony in White, No. 2: The Little White Girl, 1864-1865

Le peintre américain James Abbott McNeill Whistler (1834-1903), qui a étudié à Paris et mené une vie de bohème, a toujours accordé une place de choix à la composition dans ses œuvres. C'est l’une des raisons pour laquelle le nom de la couleur dominante de ses tableaux apparaissait très souvent dans le titre.
Le titre Symphony in White, No. 2: The Little White Girl suggère que le tableau de 1864-65 n'est pas le seul de Whistler dans lequel le blanc prévaut. En effet, en 1862, il avait réalisé la première toile de la série, la symphonie n° 1, qui a été suivie plus tard, en 1866, de la symphonie n° 3. Le modèle de chacune de ces trois peintures était l'Irlandaise Joanna « Jo » Hifferan (1843-1903), que Whistler a rencontrée à Londres en 1860 et qu'il a emmenée à Paris, où ils ont entretenu une relation non seulement professionnelle mais aussi intime, au grand dam de la famille de Whistler.
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Dans la symphonie en blanc n° 2, on peut voir Jo debout près d'une cheminée, au-dessus de laquelle se trouve un miroir qui reflète son visage légèrement détourné du spectateur. Dans sa main droite, elle tient un éventail japonais, tandis que l'annulaire de sa main gauche porte une alliance. C'est également sur le bijou que le regard de Jo se pose. Jo et le peintre ne se sont jamais mariés, mais on estime que Whistler a tenté de symboliser la relation qui les liait de cette manière.
Le couple a entretenu diverses autres relations. Lors d'un voyage de Whistler à Valparaiso, au Chili, en 1866, Jo s'est rendue à Paris et a servi de modèle à Gustave Courbet, l'ami de Whistler, et, semble-t-il, à son œuvre scandaleuse L'Origine du monde. Après le retour de Whistler, ils se sont séparés à l'amiable et sont restés en contact.
Marie-Guillemine Benoist, Portrait d'une femme noire, 1800

À l’opposé des nombreuses peintures du XIXe siècle qui représentent des personnes noires dans des scènes occidentales stéréotypées, ce portrait illustre une jeune femme noire qui regarde solennellement le spectateur. Vêtue d'une robe blanche, elle est gracieusement assise sur un fauteuil recouvert d'un tissu bleu, qui laisse apparaître la structure dorée du dossier. Si le turban et le sein dénudé du sujet peuvent paraître clichés à première vue, la robe fait écho à la représentation des Amazones, les mythiques guerrières équestres de l'Antiquité, tandis que le turban était un accessoire pour les femmes soucieuses de la mode en Europe à partir de la fin du XVIIIe siècle.
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Le portrait a été peint par Marie-Guillemine Benoist (1768-1826), une aristocrate française qui a bénéficié de l’enseignement d’Élisabeth Vigée-Le Brun et Jacques-Louis David. En 1793, elle a épousé Vincent Pierre, comte de Benoist, avec qui elle s'est réfugiée en Guadeloupe, une île des Caraïbes, avant la Révolution française.
Au cours de la Révolution, l'esclavage a été aboli dans les colonies françaises en 1794 (mais réintroduit par Napoléon en 1802). Madeleine, le nom de la jeune femme représentée, avait vécu comme esclave en Guadeloupe avant de se rendre à Paris avec le couple Benoist vers 1800, où l’artiste l'a peinte par la suite.
Gustav Klimt, Portrait de Margarethe Stonborough-Wittgenstein, 1905

Ce tableau s'inscrit dans la série de portraits que Gustav Klimt (1862-1918) a réalisés autour de 1900 et qui représentent les femmes de la haute bourgeoisie viennoise, dont les familles avaient une grande influence pour le développement culturel et artistique de la capitale autrichienne.
Margarethe Wittgenstein (1882-1958) était issue d’une importante famille juive. Son père, le magnat de l'acier Karl Wittgenstein, était un grand mécène de la Sécession viennoise, allant jusqu’à généreusement cofinancer leur bâtiment d’exposition conçu par Joseph Maria Olbrich. Les deux frères cadets de Margaret étaient le pianiste Paul Wittgenstein (qui même après avoir perdu son bras droit pendant la guerre a continué sa carrière avec succès) et le philosophe Ludwig Wittgenstein. L'éducation peu conventionnelle de Margaret a suscité son intérêt pour une grande variété de domaines, dont la psychanalyse fondée par Sigmund Freud, ainsi que les mathématiques, la chimie et la littérature.
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En janvier 1905, Margarethe épouse le propriétaire d'usine new-yorkais Jerome Stonborough, avant de s’installer avec lui à Berlin. Cette année-là, son père demande à Klimt de réaliser le présent portrait, dans lequel Margarethe porte une robe en velours qu'elle a elle-même conçue et qui a été fabriquée dans l'un des départements textiles de la Wiener Werkstätte. Les formes douces et fluides de la robe contrastent avec les formes géométriques de l'arrière-plan. Bien que ce tableau soit considéré aujourd'hui comme l'un des meilleurs portraits de Klimt, Margarethe ne l'aimait pas du tout et l’aurait mis au grenier.
En 1923, le mariage de Margarethe et de Jérôme s'effondre et le couple se sépare. Margarethe retourne à Vienne, où elle fait construire la Maison Wittgenstein, qui rappelle le style du Bauhaus, et où, hormis ses années d'exil américain (1940-1947), elle vivra jusqu'à sa mort en 1958.
Édouard Manet, Portrait d'Eva Gonzalès, 1869-1870

Parmi les femmes peintres actives dans le cercle d'Édouard Manet (1832-1883), on pense systématiquement à Berthe Morisot, amie de Manet dès la fin des années 1860, sa muse et sa belle-sœur. Mais il existe une autre jeune femme talentueuse qui a joué un rôle dans la vie de Manet à cette époque : Eva Gonzalès (1847-1883).
Eva Gonzalès est issue du même milieu social que Berthe Morisot et Édouard Manet. Son père, un écrivain espagnol, et sa mère, une musicienne belge, accueillaient dans leur salon des personnalités intéressantes, à l’instar de Madame Morisot et Madame Manet. Eva a commencé sa formation à l'âge de 16 ans avec le peintre Charles Chaplin et en 1869, elle avait déjà son propre atelier, où elle peignait des natures mortes et des portraits de femmes. Lors de ses séjours sur la côte normande, elle s’est également essayée au paysage.
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Après la rencontre entre Eva Gonzalès et Édouard Manet par l'intermédiaire du peintre belge Alfred Stevens, Berthe Morisot a suggéré à Manet de parfaire la formation de sa jeune collègue. Pendant cet apprentissage, Manet a peint un portrait d'Eva Gonzalès, où elle apparaît assise devant un chevalet, vêtue d'une longue robe blanche. Dans sa main gauche, elle tient une palette de couleurs et des pinceaux, et avec sa main droite, apporte quelques modifications à une nature morte de fleurs logée dans un imposant cadre doré.
Eva Gonzalès a également trouvé son conjoint dans le cercle d'amis de Manet, le graveur Henri Guérard, qu'elle épousera en 1879. Quatre ans plus tard, le 5 mai 1883, la vie de la jeune femme s’achève des suites d'un accouchement difficile. Elle ne survit que de cinq jours à son ancien professeur, Édouard Manet.
Tamara de Lempicka, Portrait de Marjorie Ferry, 1932

En 1932, Tamara de Lempicka a peint le portrait de Marjorie Ferry, star britannique du cabaret parisien. Le blanc argenté du fond et de l’étoffe contraste subtilement avec les touches de rouge apportées par le vernis à ongle et le rouge à lèvres de Marjorie.
La jeune femme arbore également une grande bague en cabochon, un cadeau de son mari fortuné. C’est lui qui a commandé le portrait de son épouse à la peintre et portraitiste la plus en vogue de la scène parisienne de l'époque. L'artiste née à Varsovie devait son succès non seulement à son talent et à son style, une quasi-incarnation de l’Art déco, mais aussi à son mode de vie. Toujours d'humeur à faire la fête, Lempicka a fréquenté l’élite parisienne et se faisait remarquer pour son allure de diva excentrique.
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Le Portrait de Marjorie Ferry est l'une des dernières grandes œuvres commandées à la peintre, qui, comme tant de ses collègues et clients, a souffert du krach boursier de 1929. Son second mari, l'Austro-Hongrois Raoul Baron Kuffner de Diószegh, avec qui elle a émigré aux États-Unis au début de la Seconde Guerre mondiale, lui a apporté une stabilité financière, mais elle n’a pas été en mesure de retrouver le succès retentissant des « années folles ».
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