La maison Wannenes a annoncé une vente passionnante consacrée à la majolique italienne, qui témoigne de la passion d’un grand collectionneur, Umberto Gori. Le catalogue comporte plus de 200 lots allant du XIVe au XIXe siècle. C’est un corpus d’un grand intérêt, surtout du point de vue historico-artistique : certaines des majoliques présentées, outre les exemples caractéristiques de la production des différents centres de céramiques italiens, ont été achetées par le collectionneur pour leur intérêt documentaire. Dans certains cas, ces céramiques représentent un véritable défi à la connaissance et à la recherche des spécialistes.

Les œuvres ont été réalisées à Venise, Pesaro et Urbino, Deruta, à Casteldurante, Rimini et Rome. La production ligurienne est également présente, et il convient ici de mentionner un tazza (un plat de soucoupe large mais peu profond monté sur un pied) provenant des fours Guidobono de Savone, datable de 1690 et probablement réalisée pour le mariage entre Pier Antonio Filippo Franceschi et Maria Maddalena Alamanni en 1688. La scène qui orne notre tazza représente l'épisode bien connu de Joseph et la femme de Putiphar (Genèse 39,7-20), considéré comme une allégorie de la chasteté.

Notons également cette assiette décorée de la scène du Massacre des Innocents par Raffaello Sanzio par l'intermédiaire de Marcantonio Raimondi. Datant d'environ 1561-1565, cette pièce est est un témoignage important de la naissance du style de majolique des fours de Castelli, dans les Abruzzes. La scène vivante ne perd ni son immédiateté ni son expressivité, même en s’éloignant d’une vive palette de couleurs au profit d’une bichromie (caractéristique du nouveau style).

La figure de Saint Jérôme qui décore cette coupe est tirée d'une peinture de Pinturicchio (conservée à la Walters Art Gallery de Baltimore), peinte en camaïeu de bleu de cobalt et abondamment enluminée d’or. C’est un sujet qui a été traité à plusieurs reprises, souvent avec la même technique bicolore, dans les fours de Deruta. Cette version, qui a été attribuée à Giacomo Mancini, présente une crudité inhabituelle et réaliste dans le visage et le corps de l'homme, accentuant l'expressivité de la scène.

Les encriers sont certainement l'un des types de production les plus intrigants de la majolique de la Renaissance, et d'Urbino en particulier : les modèles sont nombreux et imaginatifs, comme ceux en forme de temple ou d'autres accompagnés de personnages en ronde-bosse. Mais parmi les nombreuses variantes, le modèle compartimenté reste l'une des plus réussies. Dans notre cas, l'élégante structure est décorée de motifs raphaëlesques et présente, à l’intérieur, un motif fantaisiste de vagues de montagnes accompagné d'un minuscule trompe-l'œil d'instruments d’écriture.

Les fours de Montelupo ont produit des coupes héraldiques décoratives à partir de la moitié du XVIe siècle et pendant tout le siècle suivant, en variant les décorations et toujours avec des résultats très réussis, comme dans le cas de cette coupe en majolique polychrome, où le blason héraldique est celui des Médicis de Florence.

Ce beau vase à deux anses décoré du Triomphe de Galatée est attribué à la famille Lanfranco (active au début du XVIe siècle). Il appartient à la célèbre série décorée de l'Allégorie de la Fortune Marine (ou Galatée), dont on trouve des exemples dans diverses collections publiques et privées.
Le riche catalogue comprend également des sculptures, comme une figure de Madone du XVIe siècle que les historiens estiment provenir des fours de la famille Patanazzi à Urbino.
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