Le 24 juin prochain, rendez-vous chez la maison Rossini pour une vente couvrant plusieurs siècles de peinture, d’histoire et de mobilier. Le catalogue de 284 lots se décline en trois grandes parties et comprendra, entre autres, des tableaux du XVIIe siècle, des créations de la designer Line Vautrin, un bel ensemble d’œuvres d’Émile Gallé et Daum Nancy, ainsi que des artefacts de civilisations anciennes.
Les tableaux anciens ouvriront le bal avec une sélection principalement axée sur des œuvres des écoles françaises, italiennes, flamandes et anglaises. À l’exception de quelques dessins et miniatures, les collectionneurs retrouveront des scènes religieuses, des natures mortes, des scènes de genre et des portraits réalisés entre le XVIIe et le XIXe siècle.

Parmi eux, notons une superbe huile sur toile de Balthasar Denner, peintre hambourgeois principalement connu pour ses têtes de personnes âgées au réalisme et à l’exactitude époustouflants. D’abord miniaturiste, Denner a été appelé à la cour de Copenhague en 1712, seulement cinq ans après ses études à l’Académie de Berlin, avant d’entamer une longue série de séjours dans les grandes cours européennes.
Selon les historiens, Denner aimait tant la musique qu’il faisait jouer ses enfants pendant que ses modèles posaient pour lui. Il a par ailleurs portraituré Johann Sebastian Bach avec ses trois fils en 1733, une œuvre aujourd’hui conservée dans une collection privée. Le présent tableau est un portrait de la fille du peintre, Catharina, née de son union avec Esther Winter en 1712. Munie d’un violoncelle et d’un archet, la jeune fille adopte une pose de circonstance. Sa tenue de viole, par en-dessous, n’était plus utilisée pour les solos de violoncelle à l’époque, mais pouvait encore s’observer pour des basses en accompagnement.

Place à la peinture vénitienne avec Minerve, une huile sur toile du XVIIe siècle attribuée à l’École de Titien. La mythologie romaine raconte que Minerve, déesse des métiers, de la sagesse et de la stratégie, serait venue au monde déjà ceinte de son armure, casquée et armée d’une lance. Sujet mythologique populaire parmi les peintres, la déesse est généralement représentée avec ses attributs les plus célèbres, soient le heaume, la lance, le sarment, l’égide et la victoire ailée. Dans cette composition, Minerve est revêtue d’un grand drapé rouge passé sur sa cuirasse, la main gauche posée sur son heaume orné d’un cimier doré, tandis qu’un caducée se distingue à sa droite dans l’ombre.

Autre lot notoire de la sélection, cette œuvre de Gerard Pietersz van Zijl s’attaque à la légende de Pygmalion et Galatée. Van Zijl, peintre néerlandais de l’âge d’or des portraits et des scènes de genre, a opté pour un habile clair-obscur pour retranscrire le moment où le sculpteur Pygmalion, éperdument amoureux de sa création Galatée, découvre que sa sculpture a pris vie grâce à l’intervention d’Aprhodite. L’unique source de lumière, cachée derrière le bras de Pygmalion, est projetée sur la carnation laiteuse de la jeune femme debout sur son piédestal, qui découvre le visage de son créateur.

La partie Art décoratifs comprendra de très beaux lots, comme notamment une épreuve de Demeter Chiparus, un ensemble d’œuvres en verre signées Gallé et Daum Nancy, mais aussi une lampe de parquet de Serge Mouille (dont trois luminaires seront présentés). Mais le clou de la sélection ne sera autre qu’une création de la designer et créatrice de bijoux Line Vautrin. Parmi les milliers d’objets réalisés par Vautrin au cours de sa carrière, on lui retient surtout ses « miroirs de sorcière » au pourtour circulaire souvent décorés de « talosel » (une matière composée de couches de résine superposées et travaillées au feu inventée par Vautrin elle-même).
Line Vautrin sera représentée à trois reprises au cours de la vente, avec trois miroirs de sorcière dont un exceptionnel modèle Crête de coq composé, sans surprise, de talosel et de fragments de miroir teinté rose et jaune.

Composée d’une centaine de lots, la catégorie civilisations comptera près de 80 lots d’arts d’Asie, et une vingtaine en provenance d’Afrique ou du Moyen-Orient. Mentionnons ici un fragment de stèle indienne en grès rose. Datée de la période médiévale (Xe-XIIIe siècle), l’objet est sculpté en haut-relief et représente le dieu Shiva et la déesse Parvati.

La sélection Haute Époque sera menée par une plaquette en or de Constantinople datée entre le Xe et le XIIe siècle. La plaquette incrustée d’émaux cloisonnés, de cabochons et de pierres précieuses (entre autres) est centrée d’une croix latine à décor de petites croix grecques. Elle constitue un bel exemple des ornements de croix imbriquées dans les émaux byzantins du Xe au XIIe siècle. Les experts estiment que cette plaquette appartenait à une reliure ou à un reliquaire.

Enfin, cette pendule aux Trois Grâces, lot phare des objets d’art du catalogue, a été réalisée d’après le modèle de Falconnet entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Les trois figures en bronze à patine brune soutiennent une cassolette accueillant le cadran aux chiffres romains. La base de la pendule est en bronze doré et supporte une base de colonne cannelée en marbre blanc. Maître de l’école baroque, Étienne Maurice Falconnet est un sculpteur néoclassique dont le groupe des Trois Grâces a beaucoup été repris. Un modèle en biscuit de Sèvres est aujourd’hui conservé au musée national des arts décoratifs de Madrid.
Retrouvez un catalogue qui allie éclectisme et qualité dès le 24 juin prochain chez Rossini. En attendant, retrouvez tous les lots de la maison de ventes sur Barnebys.



![Peter Paul Rubens, "Rubens et Isabella Brant dans la tonnelle de chèvrefeuille", vers 1609, Alte Pinakothek, Munich [détail]. Photo via Wikipedia](https://images.prismic.io/barnebys/96b163a1-e729-46da-809a-7d2db989e247_Peter+Paul+Rubens_+%E2%80%98Rubens+and+Isabella+Brant+in+the+Honeysuckle+Bower%E2%80%99%2C+c.+1609%2C+Alte+Pinakothek%2C+Munich+%5Bdetail%5D.+Photo+via+Wikipedia+.webp?auto=compress,format)