À près de 93 ans, j'avais perdu l'espoir que cette peinture de la Renaissance italienne appartenant à mes parents resurgirait un jour.
En 1987, l'entrepreneur et collectionneur Francesco Federico Cerruti a acheté une œuvre de Jacopo del Sellaio à un antiquaire, qui l'avait lui-même acquise aux enchères chez Christie's deux ans plus tôt. La peinture, précieux exemple de la peinture italienne de la Renaissance et l'une des œuvres les plus estimées de Jacopo di Arcangelo, aussi appelé del Sellaio, cachait un passé trouble dont Cerruti ignorait tout.
Peint entre 1480 et 1485, le tableau La Vierge à l'Enfant, Jean Le Baptiste et deux anges fut acheté en 1936 par l'homme d'affaires et collectionneur Gustav Arens à la Galerie Sanct Lucas à Vienne. Envoyé pour restauration à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne, il a été attribué au Sellaio par l'historien de l'art Emmerich Schaffran, rectifiant ainsi une première attribution à la main de Raffaellino del Garbo. À la mort de Gustav Arens, en 1936, sa fille aînée Ann et son mari Friedrich Unger ont hérité de l’œuvre.
C'est là que le mystère commence.

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Deux ans plus tard, toute la collection de la famille Arens a été saisie pour la première fois par les autorités nazies et restituée moyennant le paiement d'une rançon. Alors que les lois se solidifiaient, la famille (Ann, Friedrich et leurs filles Grete et Gitte) a été forcée d'émigrer, d'abord en France, puis aux États-Unis. Il était impossible de dédouaner les œuvres de leur collection, restées bloquées dans un entrepôt à Paris et, en février 1942, les autorités allemandes ont réquisitionné l’intégralité des biens de la famille Arens-Unger, y compris les peintures.
À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, la famille a été autorisée à récupérer une partie de son patrimoine mais l'œuvre de Jacopo del Sellaio avait bel et bien disparue. Pendant des années, les Unger ont tenté de reprendre possession du tableau, que leur fille Grete affectionnait particulièrement. En 1974, l'œuvre est apparue mystérieusement sur le marché de la Galerie Fischer à Lucerne. Onze ans plus tard, elle passait sous le marteau de Christie's, où l'antiquaire italien qui l'a ensuite vendu à Francesco Federico Cerruti l’a acquise.

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Revenons au présent. En 2016, suite au décès de Cerruti, les accords pour la cession de sa collection au musée d'art contemporain du Château de Rivoli commençaient. La collaboration entre la Fondation Cerruti et la célèbre institution piémontaise a permis de re-situer l'œuvre comme le tableau volé à la famille Unger par les nazis. Avec le soutien du HCPO, Holocaust Claims Processing Office of the State of New York, les héritiers actuels de la famille ont été identifiés, soient Grete Unger Heinz et les enfants de Gitta Unger Meier, Karren Reeds, Andrea Meier et Alan Meier.
« À près de 93 ans, j'avais perdu l'espoir que cette peinture de la Renaissance italienne appartenant à mes parents resurgirait un jour », a déclaré Grete Unger Heinz, « je suis ravie non seulement que la Fondation Cerruti ait conclu un accord équitable avec les héritiers de la famille Unger, et reconnu l'histoire troublante de la peinture, mais aussi que je puisse peut-être encore voir l'œuvre au Château de Rivoli de mon vivant. »

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Un accord a donc été passé entre la famille et le musée pour laisser la Collection Cerruti intacte, et pour mettre en lumière l'histoire de l'œuvre et les événements qui ont secoué l'Europe au XXe siècle. Outre une compensation financière octroyée par la Fondation Cerruti à la famille, l’histoire de l’œuvre sera rendue publique : le tableau de Jacopo del Sellaio sera désormais exposé au siège de la Villa Cerruti.
Carolyn Christov-Bakargiev, la directrice du Château de Rivoli et de la Fondation Cerruti, a déclaré : « Je suis ravie que la Fondation Cerruti, les héritiers d'Ann et Friedrich Unger et notre musée aient pu résoudre avec succès cette demande de restitution. [...] Cette œuvre de Jacopo del Sellaio, chérie par ses propriétaires d'origine mais aussi par Francesco Federico Cerruti, qui l'a acquise en 1987 sans connaître son histoire litigieuse, a enfin trouvé le paix. »
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