À lui seul, Masaccio symbolise l’apparition d’un nouveau modèle de créateur : l’artiste de la Renaissance. Giorgio Vasari, dans ses Vite (1550), en fait l’un des quatre fondateurs de l’art moderne, aux côtés de Ghiberti, Donatello et Brunelleschi.
Orphelin de père, Masaccio arrive à Florence avec sa famille en 1417. Sa mère s’est remariée quelques années auparavant avec un riche marchand d’épices. Il a un frère, Giovanni, qui se dirigera également vers la carrière de peintre.

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Très tôt, Masaccio entre dans l’atelier de Bicci di Lorenzo. Durant son apprentissage, il découvre les œuvres de Donatello ou de Brunelleschi. Repéré pour son talent, il se voit confier la commande d’une première fresque en 1422 à Santa Maria del Carmine (détruite).
Avec le peintre Masolino da Panicale, de vingt ans son aîné, il signe également une première œuvre commune, Sainte Anne, la Vierge à l'Enfant et cinq anges (visible à la Galerie des Offices à Florence).
En 1424, la commande d’un riche marchand permet aux deux artistes d’exprimer pleinement leurs talents. Le duo se partage les fresques de la chapelle Brancacci, à Santa Maria del Carmine, dont le programme est centré sur la vie de saint Pierre.

L’audace picturale de Masaccio s’impose rapidement au travers de nombreuses scènes. Dans le Paiement du Tribut, le peintre use d’une perspective révolutionnaire. Il introduit une géométrie spatiale simple et novatrice, fondée sur le jeu des lignes, des cubes et des cercles. L’influence du gothique international, en vogue en Florence, est encore sensible : mais elle paraît soudain lointaine. Un nouveau champ de vision artistique est en train de s’ouvrir.
Dans la scène d’Adam et Eve chassés du Paradis terrestre, Masaccio confère aux personnages une expressivité unique au travers des gestes et des rictus torturés. Une théâtralité déjà presque baroque… La nudité des corps, jugée provocatrice, sera recouverte en 1674 sous Cosme III en pleine Contre Réforme mais une restauration récente (réalisée en 1980) rendra justice à l’artiste.

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La chapelle Brancacci comporte plusieurs scènes célèbres comme la Résurrection du fils de Théophile, le Baptême des néophytes ou la Mort d’Ananias. Mais le chantier reste inachevé : il sera terminé à la fin du siècle par Filippino Lippi.
Le travail de Masaccio marque néanmoins l’apparition d’un nouveau modèle : l’artiste de la Renaissance. Un génie moderne de création, symbolisant à lui seul une conception novatrice de l’art, de la société et du monde. Les thématiques choisies par Masaccio témoignent de cette nouveauté des temps : l’idéal urbain, le goût du paysage, l’humanité des personnages, et bien sûr l’autoportrait. Autant d’innovations qui se retrouvent dans d’autres œuvres de l’artiste au même moment (Polyptyque de Pise, vers 1426).

L’œuvre la plus aboutie de Masaccio demeure sans doute la fresque de la Sainte Trinité, commencée vers 1425. Une démonstration magistrale de perspective, éminemment murale, sous forme de trompe-l’œil monumental.
Le décor frontal est inspiré par la chapelle Barbadori de Brunelleschi. Il est marqué par l’imposante voûte à caisson qui donne à la scène un effet de profondeur. L’organisation pyramidale de l’œuvre confère une place démesurée au décor par rapport aux personnages. Elle est également symbolique, puisqu’elle représente l’élévation du terrestre vers le céleste. En haut trône Dieu le Père, accompagné de la colombe du Saint-Esprit. En dessous se trouve Jésus crucifié, avec à ses pieds Marie et Saint Jean. Au premier rang on retrouve les commanditaires (non identifiés).

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Plus qu’ailleurs, les pilastres et les chapiteaux évoquent ici la redécouverte de l’Antique. L’application de la perspective mathématique reflète les nouvelles théories, qui seront bientôt formalisées par Alberti dans le traité Della pittura (1435).
L’héritage médiéval est néanmoins encore visible, avec le message délivré au spectateur sous forme de phylactère. Celui-ci est inscrit au-dessus du squelette allongé, représentant Adam : « J'étais ce que tu es, tu seras ce que je suis ». L’histoire de la fresque est d’ailleurs rocambolesque : elle sera recouverte en 1570 par une peinture de Vasari puis réapparaîtra lors d’une restauration en 1861.

Fauché en pleine gloire, Masaccio disparaît mystérieusement à l’âge de 27 ans. Il est alors peut-être victime de la peste qui ravage alors l’Italie.
Son génie artistique est pourtant reconnu dès son époque. On retrouve l’influence de son travail chez Donatello (Le Festin d’Hérode), Fra Angelico (Pala de Fiesole), Piero della Francesca (cycle d’Arezzo) ou Andrea del Castagno. Même le peintre français Jean Fouquet sera marqué par ses fresques lors de son voyage en Italie.
Aujourd’hui encore, Masaccio est reconnu comme l’un des plus grands artistes de la Renaissance italienne. Les fresques de Santa Maria del Carmine et de Santa Maria Novella demeurent des chefs-d’œuvre emblématiques de l’histoire de l’art occidental. Elles sont admirées par les touristes du monde entier.



