L’œuvre Nature morte au trophée de gibier, fruits et perroquet sur fond de niche, signée par le maître François Desportes en 1716, était inédite sur le marché. Redécouverte dans une collection privée, la toile a été mise aux enchères le 19 septembre dernier à Bordeaux avec une estimation haute de 200 000 euros.
Selon le commissaire-priseur Antoine Briscadieu, qui a présenté la toile en collaboration avec le cabinet Éric Turquin, « cinq enchérisseurs, issus du grand commerce mais aussi des particuliers, notamment français, se sont affrontés dans une bataille d’enchères frénétique ». Il a fallu moins de cinq minutes pour voir l’adjudication atteindre la somme de 2 029 500 euros (frais inclus), le nouveau record mondial du peintre, confirmant ainsi la bonne santé du marché de la peinture ancienne.

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De 1700 jusqu’à sa mort, Desportes a réalisé de nombreux tableaux pour les demeures royales comme Versailles, Marly, Compiègne et Choisy, jusqu’aux portraits des chiens de Louis XIV et Louis XV. Réalisée à l’époque de la Régence de Philippe d’Orléans, cette nature morte s’inscrit dans une période d’intense activité dans la carrière de l’artiste, sollicité de tous bords par des clients prestigieux. Le Régent Philippe d’Orléans, grand collectionneur et mécène de son temps, faisait lui-même appel à Desportes très régulièrement et selon Stéphane Pinta, expert au cabinet Turquin, « cette nature morte pourrait avoir été destinée aux appartements du Palais Royal. Nous savons que Desportes avait réalisé au moins trois tableaux pour une “cuisine particulière” où le Régent faisait lui-même des essais de cuisine. »

Sous le gouvernement du Régent (de 1715 à 1723), la peinture, la sculpture, le mobilier et les arts de la table ont connu un nouvel essor, loin de l’art officiel du Roi Soleil, jugé austère dans ses dernières années. Cette période de renouveau, légère et insouciante, était ponctuée par des fêtes fastueuses et des soupers aux mœurs débauchées auxquels Philippe d’Orléans s’adonnait volontiers, honorant sa réputation de bon vivant et de libertin. « Cette représentation d’une nature exubérante, ordonnée dans une composition extrêmement raffinée, apparaît comme une véritable corne d’abondance dans laquelle raisonne le bruit et la fête de la Régence : un moment de grâce et d’insouciance du savoir-vivre à la française », affirme l’expert.

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François Desportes était invité par le Régent lors de la chasse pour réaliser des scènes cynégétiques et des trophées, déployant son talent pour capturer le rendu et les textures du gibier, des fleurs et des fruits. Formé par Nicasuis Bernaerts, Desportes s’est imprégné de la tradition flamande et donnait naissance à des compositions dynamiques à la lumière chatoyante, aux couleurs vives et aux contrastes prononcés. « Il n’existe pas d’équivalent supérieur, ni en qualité ni dans le rendu pictural de la nature morte, et ce tableau l’illustre parfaitement. L’artiste a énormément travaillé pour que l’illusion soit parfaite. »
Cette nature morte au gibier, qui a pulvérisé son estimation par dix fois, n’avait pas foulé le sol des salles de ventes depuis longtemps. Pour Antoine Briscadieu, « la découverte de ce tableau a été un véritable choc, il était conservé dans une collection du sud de la France et était resté dans la même famille depuis plusieurs décennies ». L’ancien record de l’artiste était tenu par une paire de tableaux vendus en 1995 à New York pour 695 000 euros. Le montant le plus élevé pour un unique tableau du maître avait été décroché par Nature morte au panier de quetsches en 2000 à Paris, à 396 300 euros.
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