Le 22 juin prochain aura lieu la vente de dessins et de tableaux anciens de la maison Tajan, dont le catalogue promet une belle sélection. Le clou de la vente sera sans aucun doute cette superbe version de La Vierge aux rochers, datant d’environ 1630, d’un suiveur de Léonard de Vinci.
Le tableau, fidèle à celui de Léonard à quelques variantes près, représente Marie, l’Enfant Jésus, saint Jean-Baptiste, et un ange, abrités dans une caverne pendant la Fuite en Égypte de la Sainte Famille. La Vierge y est inclinée vers saint Jean-Baptiste, qui est agenouillé les mains jointes en prière. De l’autre côté, l’Enfant Jésus lui répond d’un signe de bénédiction. À l’époque, le traitement de ce sujet est rare et le choix de la composition est particulièrement novateur.

La Vierge aux rochers avait à l’origine été commandée à Léonard de Vinci par une confrérie laïque milanaise, pour orner le centre d’un retable. Mais le tableau a été contesté et refusé par les commanditaires, pour lesquels saint Jean-Baptiste occupait une place plus importante que Jésus dans l’œuvre. En cause, notamment, le geste de l’ange admoniteur, qui désigne du doigt saint Jean-Baptiste. L’œuvre s'est retrouvée au cœur d’un procès de 25 ans opposant l’artiste aux commanditaires, qui s'est soldé par la réalisation d’une autre Vierge aux rochers, désormais exposée à la National Gallery de Londres, dans laquelle le geste de l’ange a disparu. Ainsi, l’œuvre proposée par la maison Tajan, dans laquelle on retrouve ce fameux geste de l’ange, est fidèle à la première version de Léonard de Vinci, conservée au Musée du Louvre.

Mais qui donc aurait pu peindre cette version de La Vierge aux rochers vers 1630 ? L’œuvre peinte de Léonard de Vinci, qui est particulièrement réduite (quinze compositions religieuses et cinq portraits seulement nous sont parvenus jusqu’alors), a suscité d’innombrables copies contemporaines, notamment dans son atelier à Milan. Ceci dit, l’auteur de la version proposée par la maison Tajan aurait vécu au début du XVIIe siècle, soit hors du cercle d’élèves de Léonard de Vinci, mort en 1519.
Par ailleurs, on sait que la version du Louvre était exposée au château de Fontainebleau, où plusieurs copies de tableaux originaux furent réalisées par des artistes français de la cour, en prévision de grands travaux qui eurent lieu dès la fin du XVIe siècle, à partir de 1593-1594. Par exemple, une copie de la Joconde conservée dans la région, au Clos-Lucé, et dont la palette est à rapprocher de celle de l’œuvre présentée par Tajan, fut peinte par Ambroise Dubois à cette époque.

De plus, toujours dans la région du château de Fontainebleau, dans l’église de Boigny-sur-Bionne, on retrouve une œuvre similaire au tableau de la maison Tajan (et non du tableau du Louvre)... Ainsi, au fur et à mesure que les indices s’amoncellent, l’origine bellifontaine de l’œuvre se confirme.

Dans cette vente d’une splendide qualité, on trouvera également l’une des premières toiles romaines de Claude Gellée, dit Le Lorrain. Tandis que les personnages sont décrits avec poésie et éloquence comme des « accents de lumière » dans le catalogue de la vente, c’est la nature qui occupe une place prépondérante dans cette œuvre, annonçant le paysagiste de génie du XVIIe siècle que fut Le Lorrain.

Une formidable paire de sujets de chasse peints par Christophe Huet sera également proposée. Ces deux tableaux inédits, d’une formidable qualité, hissent cet artiste au rang des quelques grands peintres animaliers du XVIIIe siècle, comme François Desportes et Jean-Baptiste Oudry.
Peintures et dessins anciens seront proposés lors de ce rendez-vous à ne pas manquer, fixé au 22 juin à 18h, chez Tajan. D’ici là, le très beau catalogue de la vente est d’ores et déjà visible sur le site de la maison de ventes.
