Si votre enfant veut être écrivain ou poète, déconseillez-lui fortement de le faire. S'il continue, menacez-le de le déshériter. Au-delà de ces épreuves, s'il résiste, commencez à remercier Dieu de vous avoir donné un enfant inspiré, différent des autres.
Le prix Nobel est un honneur décerné chaque année à des personnalités qui se sont distinguées dans un domaine de la connaissance et ont apporté une contribution significative à l'humanité. Jusqu'à présent, plus de 90 % des lauréats ont été des hommes. En France, quatre femmes ont reçu le prix Nobel, dont Marie Curie, première récipiendaire féminine de l’histoire, à qui le prix a été décerné deux fois. Mais pour l’heure, c’est vers le domaine de la littérature que nous nous tournons, pour revenir sur l’histoire de six auteures et sur leur contribution.
1. Grazia Deledda

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Deuxième femme à avoir remporté un prix Nobel après la Suédoise Selma Lagerlöf, deuxième Italienne à avoir remporté le prix Nobel de littérature après Carducci et toujours seule Italienne à avoir remporté le prix dans sa catégorie, Grazia Deledda a été honorée avec l’intitulé suivant : « Pour ses écrits idéalistes et inspirés qui saisissent la vie sur son île natale avec une clarté plastique et traitent des problèmes humains en général avec profondeur et sympathie. »
Autodidacte et dotée d'un style poétique unique et original, Grazia Deledda offre dans certains ouvrages, la description d'un monde agropastoral gouverné par des lois antiques et non écrites, d’un univers rigide et pétri de traditions. Elle n'a pas été immédiatement accueillie par la communauté littéraire, qui lui a reproché de s’enfermer dans un monde archaïque, reclus et distant. En réalité, c'est précisément dans cet aspect « archaïque » que repose la magie de ses livres, car elle parvient à exprimer avec finesse les émois, les inquiétudes et les tourments de l'âme humaine. Dans une interview, Deledda a déclaré qu'elle avait appris des vérités essentielles de la bouche de certains bergers sardes et de leur simplicité pure.
Souvent critiquée, Deledda a le mérite d'avoir été une figure très moderne, capable de montrer qu'une femme pouvait écrire et réussir autant et plus qu'un homme. Son mari, Palmiro Madesani, avec qui elle s’est installée à Rome, est allé jusqu'à démissionner pour se consacrer exclusivement au rôle d'agent littéraire de sa femme, faisant preuve d'un dévouement et d'une modernité inhabituels pour l'époque.
Aujourd'hui, les manuscrits de l'auteure, et notamment ses lettres, connaissent un grand succès lorsqu'ils sont mis aux enchères. Cette femme « minuscule », comme elle se définissait elle-même, « mais aussi audacieuse et courageuse qu'un géant », compte aujourd'hui, à bien des égards, parmi les plus grands écrivains italiens de tous les temps.
2. Gabriela Mistral

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Lucila de María del Perpetuo Socorro Godoy Alcayaga, alias Gabriela Mistral, est née en 1889 à Vicuña, au Chili. Bien qu'elle ait abandonné l'école à l'âge de quinze ans, elle est devenue enseignante très jeune, puis professeur d'espagnol à l'université, puis ministre de la culture et diplomate. Son pseudonyme, Gabriela Mistral, combine les noms de ses auteurs préférés, l'Italien Gabriele D'Annunzio et le Français Frédéric Mistral. Trois événements clés ont d'abord influencé son écriture : des vers écrits par son père, redécouverts par hasard, qui ont réveillé sa « passion poétique » ; les leçons privées de sa sœur aînée, qui lui ont transmis le goût de l'enseignement et de la Bible (thèmes récurrents dans ses œuvres) ; le suicide d'un de ses amants, à la suite duquel le thème du chagrin, déjà largement présent dans sa poésie, a pris une place encore plus importante.
Ayant grandi dans la pauvreté, Gabriela Mistral a très tôt éprouvé une sympathie particulière pour les personnes vulnérables, et ses nombreux voyages lui ont prouvé l’étendue des inégalités entre les membres d’une même société. Elle a mis sa poésie au service des plus démunis, notamment en défendant le concept de la démocratie et en soutenant les individus défavorisés (femmes, enfants, Juifs, Amérindiens, pauvres et victimes de guerre). En 1945, elle est devenue la cinquième femme, la première d'origine latino-américaine, à recevoir le prix Nobel de littérature grâce à sa poésie lyrique qui, inspirée par de fortes émotions, a fait d’elle un symbole des aspirations idéalistes de l'ensemble du monde latino-américain.
Mistral meurt en 1957 à l'âge de 67 ans d'un cancer du pancréas, assisté jusqu'au bout par la traductrice américaine Doris Dana, avec qui elle a partagé sa vie.
3. Doris Lessing

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Doris Lessing est une écrivaine zimbabwéenne d'origine britannique, dont les œuvres sont communément divisées en trois périodes : la phase communiste (1944-1956) où elle écrit principalement sur des questions sociales, la période psychologique (1956-1969), influencée par les théories du psychiatre radical britannique R.D. Laing, et la phase soufiste (un terme désignant les pratiques ésotériques et mystiques de l'islam visant la « purification de l'âme » en vue de se « rapprocher » de Dieu). Son roman Le carnet d'or est considéré par beaucoup comme un classique de la littérature féministe, bien que l’auteure n’ait jamais adopté cette étiquette. Outre son engagement dans la politique et son activisme contre les armes nucléaires, Lessing était également fortement opposée à l'apartheid, ce qui lui a valu d'être bannie d'Afrique du Sud et de Rhodésie pendant de nombreuses années.
En 2007, Lessing a reçu le prix Nobel de littérature, faisant d'elle la 11e femme et la plus âgée à le recevoir. Dans l’intitulé, l'écrivaine a été décrite comme « la conteuse épique de l'expérience féminine qui, avec scepticisme, ardeur et une force visionnaire, scrute une civilisation divisée ». En 2017, tout juste 10 ans plus tard, sa médaille a été vendue aux enchères chez Christie's lors d’une vente de livres et manuscrits précieux. L'auteure était décédée à Londres quatre ans plus tôt, le 17 novembre 2013 à l'âge de 94 ans, après avoir publié plus de 50 livres, dont certains sous des pseudonymes.
Petite curiosité : Doris Lessing adorait les chats et les considérait comme des êtres à part. Dans le court roman Very Special Cats (1967), elle décrit les goûts et le tempérament des chats qui ont fait partie de sa vie avec la même lucidité que celle avec laquelle elle analyse la société humaine, dans un récit tantôt mélancolique, tantôt amusant, rempli d'anecdotes.
4. Wisława Szymborska

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Bien que peu connue du grand public, la poésie de Wisława Szymborska touche le cœur de chaque personne qui la découvre. Comme l'indique l’intitulé du prix Nobel qui lui a été décerné en 1996, sa poésie, « avec une précision ironique, permet au contexte historique et biologique de se manifester en fragments de vérité humaine ». Elle a écrit, avec l'ironie qui l'a toujours caractérisée, que la poésie n'est généralement pas aimée par plus de deux personnes sur mille, et pourtant, dans sa Pologne natale, ses livres ont atteint des ventes qui rivalisent avec celles d'importants auteurs de prose. Son dernier ouvrage, Two Points, paru en 2005, a connu un succès retentissant et s’est vendu à plus de quarante mille exemplaires en moins de deux mois, ce qui est tout à fait inhabituel pour un recueil de poésie. Ses œuvres ont été mises en musique, incluses dans des films et traduites en anglais et dans de nombreuses langues européennes, ainsi qu'en arabe, hébreu, japonais, persan et chinois.
Szymborska privilégie le vers libre et ses poèmes, caractérisés par une grande simplicité, retranscrivent de manière ironique et directe des thèmes philosophiques universels et de grandes questions existentielles. Une profonde introspection intellectuelle va de pair avec un choix de mots succincts : ses poèmes sont souvent très courts et montrent parfois le monde sous un angle inhabituel ou à partir de points de vue inhabituels, comme dans le cas du tendre poème Le chat dans un appartement vide, dans lequel un chat parle, laissé seul après la mort de son ami à deux pattes.
Son œuvre repose sur un corpus relativement restreint de moins de 350 poèmes. Lorsqu'on lui a demandé pourquoi elle avait publié si peu de poèmes, l'auteur a répondu ironiquement que c'était la faute de la corbeille à papier qu'elle avait chez elle.
Fumeuse invétérée, après plusieurs mois de maladie due à un cancer du poumon, Szymborska est morte dans son sommeil à son domicile de Cracovie le 1er février 2012. Il n'y a pas de vie/qui au moins pour un moment/ne soit pas immortelle, lit-on dans un de ses poèmes. Il est certain que sa vie, et sa poésie, elles, seront immortelles à jamais.
5. Nadine Gordimer

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Écrivaine sud-africaine, née et morte à Johannesburg, Nadine Gordimer a publié des romans et des essais et a remporté le prix Nobel de littérature en 1991 pour ses écrits d'une grande utilité pour l'humanité. Née de parents immigrants juifs, elle a pris conscience dès son plus jeune âge du racisme qui imprégnait son environnement et des barrières qui existaient entre les étudiants blancs et noirs, même dans l'enseignement universitaire. Elle s'est rapidement lancée dans la lutte contre la discrimination raciale et, dans les années 1960 et 1970, a enseigné dans plusieurs universités américaines, faisant campagne pour que l'Afrique du Sud revienne sur sa politique d'apartheid. Ses œuvres se concentrent souvent sur les tensions causées par la ségrégation raciale dans son pays natal et elle a reçu plusieurs titres honorifiques pour ses efforts.
En 1954, elle a en trouvé en Reinhold Cassirer, un marchand d'art qui avait fondé la branche sud-africaine de Sotheby's, son partenaire pour la vie. Ce mariage merveilleux, comme l'écrivaine l’a décrit elle-même, a duré jusqu'à sa mort en 2001.
L’auteure nous a quittés le 13 juillet 2014, en raison d'un cancer du pancréas qui, dans les derniers mois de sa vie, lui avait ôté jusqu'à son énergie pour écrire, mais son combat contre le racisme vit à travers ses mots.
6. Toni Morrison

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L'auteure américaine Toni Morrison a captivé le public par l’intensité de ses mots. Première Afro-Américaine à recevoir le prix Nobel de littérature, ses écrits étaient son « arme blanche » contre le racisme, l'outil avec lequel elle sondait la vérité et la couchait sur le papier, aussi douloureuse soit-elle. Ses récits sur la vie des Noirs en Amérique sont difficiles, douloureux, mais vrais et factuels, son récit est intense.
Née Chloe Ardelia Wofford, l’auteure a changé son prénom pour Toni lorsqu'elle était à l'université, en hommage au prêtre franciscain saint Antoine de Padoue, et a pris le nom de famille de son mari Harold lorsqu'elle s'est mariée en 1958. Après avoir remporté le prix Pulitzer en 1988 pour son roman Beloved, elle a reçu le prix Nobel en 1993. Ses romans se caractérisent par leur force visionnaire et leur impact poétique, faisant revivre un aspect essentiel de la réalité américaine. Plus tard, en 2012, le président Barack Obama lui a décerné la médaille présidentielle de la liberté, tandis qu'en 2016, elle a reçu le prix PEN/Saul Bellow pour son accomplissement dans la fiction américaine et a été intronisée au National Women's Hall of Fame en 2020.
Toni Morrison est morte à l'âge de 88 ans, en 2019, après une courte maladie, mais elle nous a laissé une leçon très importante, en revendiquant la valeur politique de la Littérature et en faisant de ses romans une analyse lucide de la condition humaine en général. L'auteur avait l'habitude de dire : « Lorsque vous obtenez ces emplois pour lesquels vous avez été brillamment formés, rappelez-vous que votre véritable travail consiste, si vous êtes libre, à libérer quelqu'un d'autre. Si vous avez un certain pouvoir, alors votre travail consiste à donner plus de pouvoir à quelqu'un d’autre ». Donner une voix aux opprimés, conquérir sa propre liberté et aider les autres à l'atteindre : c'est ce que Toni Morrison a si bien fait à travers son écriture, c'est l'essentiel de ses mots, son testament et son cadeau inestimable au monde.
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