Le corpus de 160 lettres passera sous le marteau de Sotheby’s en décembre et couvre deux décennies de la vie de Ian Fleming, du début de son idylle secrète avec Ann Charteris, alors mariée à un autre homme, jusqu’à l’officialisation de leur union et les dernières années de leur mariage. Les missives documentent sa sexualité, ses pratiques sadomasochistes, son cercle d’amis riches et célèbre, et bien sûr le succès de ses romans.
« Ce n’est pas un hasard si Ian a écrit son premier roman avec Bond l’année de son mariage, à la fois comme un défouloir pour sa libido et son imagination et pour tenter de gagner de l’argent pour une femme habituée à vivre dans l’opulence sans même s’en rendre compte », estime Gabriel Heaton, spécialiste des livres et manuscrits chez Sotheby’s, dans un communiqué.

En effet, Ann Charteris (de son nom de jeune fille) était une femme séduisante et intelligente issue de l’aristocratie, qui se régalait de la compagnie d'écrivains et d'autres membres de l'intelligentsia. Lors de leur rencontre en 1934, l’attirance entre la belle élégante et l’écrivain débauché est instantanée. Le couple se lance dans une idylle passionnée, mais lorsque le premier mari d’Ann meurt à la guerre, elle épouse le vicomte Rothermere Esmond Harmsworth, qui lui promet une stabilité financière et un toit pour ses deux enfants. Malgré cela, Ann et Fleming ne parviennent pas à mettre fin à leur liaison.
« En plus de retracer une relation avec une charge érotique extraordinaire, cette correspondance retrace l’ascension fulgurante de Bond et brosse un tableau vivant de la haute société vivant dans l’après-guerre », souligne Heaton.

En 1948, Ann donne naissance à la fille illicite de Ian, alors qu’elle est encore mariée au vicomte Rothermere, mais l’enfant vient au monde prématurément et ne survit que quelques heures. Le drame, évoqué dans les lettres, rapproche un peu plus le couple. Les deux amants officialisent leur union en 1952, année de la naissance de leur fils Caspar et de la publication du premier opus de la saga 007, Casino Royale.
Les tendres sentiments décrits dans la correspondance s’accompagnent souvent d’une dynamique sadomasochiste : « Je te désire même si tu me fouettes parce que j'aime être blessée par toi et embrassée ensuite », écrit Ann. Ce jeu de rôle n’est peut-être pas une surprise pour les fidèles lecteurs des romans James Bond, dans lesquels on retrouve une forte charge érotique et une introspection sur la sexualité adulte.

La seule présence féminine constante dans la vie de James Bond est sa secrétaire, Moneypenny. Les autres « James Bond Girls », comme Honeychile Rider, Pussy Galore et Solitaire disparaissent à la fin de chaque aventure. Si Fleming était aussi connu pour ses frivolités avec la gent féminine, certains interprètent la présence de Ann dans sa vie similaire à celle de la secrétaire de l’agent Bond. Ann s’est avérée tellement fascinante pour le romancier que leur histoire aura survécu à deux mariages, à la perte d’un enfant, et surmonté les barrières imposées par leurs classes sociales respectives.
Leur correspondance sera vendue en ligne entre le 3 et 10 décembre chez Sotheby’s Londres, avec une estimation approximative de 230 000 - 350 000 euros.
Retrouvez tous les livres et manuscrits aux enchères sur Barnebys !



