Le pointillisme pointilleux de Paul Signac

Peintre précoce et autodidacte, Paul Signac est considéré comme un artiste majeur de la fin du XIXe siècle, notamment par sa contribution au développement du pointillisme aux côtés de Georges Seurat, dont il défendra les théories jusqu’après sa mort, tout en revendiquant sa part de paternité du mouvement néo-impressionniste. 

Le pointillisme pointilleux de Paul Signac

Son anticonformisme et son indépendance d’esprit le conduiront à épouser la cause des anarchistes, subventionnant généreusement leurs publications dans les années 1890. Passionné de navigation, Signac, qui a entraîné nombre de ses pairs à Saint-Tropez après son installation dans la villa « La Hune », fut également peintre officiel de la Marine. Son œuvre est ainsi traversée par la mer et les ports, synonymes chez lui d’évasion et de liberté.

Paul Signac, Le Port de Saint-Tropez, 1901-02, image © Musée national de l’art occidental, Tokyo
Paul Signac, Le Port de Saint-Tropez, 1901-02, image © Musée national de l’art occidental, Tokyo

« Ici, on ne copie pas ». La légende attribue à Gauguin cette formule réprobatrice, que le futur chef de file de l’école de Pont-Aven aurait adressée à un adolescent pris sur le fait lors de la quatrième exposition parisienne des peintres impressionnistes, en 1879, avenue de l’Opéra. L’ado en question, qui découvre ce jour-là Caillebotte, Mary Cassatt, Degas, Monet ou encore Pissarro, s’appelle Paul Signac. Il a 16 ans et rêve déjà de devenir peintre. Sa mère, qu’il le verrait plutôt architecte, ne s’oppose pas à son choix quand il décide, l’année suivante, de quitter le lycée pour se lancer dans une carrière d’artiste. Son père, marchand-sellier prospère, installé à Asnières, vient de décéder…

Paul Signac, Route de Gennevilliers, 1883, image © Musée d'Orsay
Paul Signac, Route de Gennevilliers, 1883, image © Musée d'Orsay

Comme il se doit à l’époque, Signac loue alors un atelier à Montmartre et se forme auprès du très académique Emile Blin, chez lequel il rencontre le marchand de couleurs Julien François Tanguy. Puis il poursuit seul cette formation dans l’atelier de la rue Constance, « copiant » les grands noms de l’impressionnisme, notamment Manet et Monet, auprès duquel il va chercher conseil et trouver une amitié durable. L’influence des impressionnistes se ressent jusque dans la vie sentimentale du jeune artiste qui, dès le début des années 1880, fréquente Berthe Roblès, une cousine de Pissarro, qu’il épousera en 1892.

Paul Signac, Femme à l’ombrelle, 1893, (Portrait de Berthes Roblès), image © Musée d’Orsay
Paul Signac, Femme à l’ombrelle, 1893, (Portrait de Berthes Roblès), image © Musée d’Orsay

Mais c’est sa rencontre avec Georges Seurat, en 1884, qui va décider de sa carrière. Sensible à ses méthodes systématiques et à sa théorie des couleurs, Paul Signac renonce à son coup de pinceau court, hérité du mouvement impressionniste, pour se lancer à corps perdu dans le divisionnisme et le pointillisme inventés par Seurat, avec qui il fonde, en juillet de cette année-là, la Société des artistes indépendants, organisatrice du salon éponyme.

Ce compagnonnage durera jusqu’à la mort du peintre d’Une baignade à Asnières (1884) et du Cirque (1891), sept ans à peine après leur fructueuse rencontre, et Signac organisera les expositions posthumes de son « maître » à Bruxelles et Paris en 1892. Au-delà de l’hommage, il s’inscrit en continuateur et chef de file des néo-impressionnistes, dont il théorise le mouvement, qu’il fait remonter à Delacroix, « père des coloristes », s’attirant au passage quelques critiques dans le milieu artistique du siècle finissant.

Georges Seurat, Portrait de Paul Signac, 1890, crayon, image via Wikipedia
Georges Seurat, Portrait de Paul Signac, 1890, crayon, image via Wikipedia

Dans l’intervalle, le pointilleux pointilliste participe, à l’invitation de Berthe Morisot, à la huitième et dernière exposition impressionniste, qui se déroule, du 15 mai au 15 juin 1886, à la Maison Dorée, près du boulevard des Italiens. Cette même année, à Paris, il rencontre Vincent Van Gogh, avec qui il se rendra régulièrement du côté d’Asnières au cours des mois suivants pour peindre paysages aquatiques et scènes de cafés des bords de Seine.

En 1892, Signac découvre Saint-Tropez à la faveur de l’un de ses voyages ou rencontres à vocation artistique ou prosélytique sous la bannière néo-impressionniste - démarches qui lui vaudront le surnom de « saint Paul du pointillisme »... Le peintre tombe sous le charme de ce joyau de la Côte-d’Azur et, cinq plus tard, il y fait l’acquisition de la villa « La Hune », où vont défiler comme en pèlerinage la plupart des peintres majeurs du tournant du siècle, comme Maurice Denis et les nabis ou Matisse et les fauvistes…

Paul Signac, Antibes, le nuage rose, 1916, image via Artslack
Paul Signac, Antibes, le nuage rose, 1916, image via Artslack

En Méditerranée, il s’adonne à la voile et à l’aquarelle. Déjà proche du mouvement littéraire symboliste, il va prendre fait et cause pour les anarchistes, collaborant aux publications de Jean Grave, notamment aux Temps nouveaux, ainsi qu’à l’Almanach du Père Peinard d’Emile Pouget. Quand il ne donne pas ses peintures et dessins comme lots pour les tombolas, il finance sur ses propres deniers ces publications à l’équilibre précaire. Présenté en 1891, son portrait du critique Félix Fénéon a déjà fait sensation au Salon des indépendants. Le ralliement de plusieurs figures de l’anarchie politique française à l’union sacrée face à l’avènement de la Première Guerre mondiale sera pour lui une souffrance…

Paul Signac en 1923, image : domaine public
Paul Signac en 1923, image : domaine public

Devenu peintre officiel de la Marine en 1915, il multiplie les peintures des côtes françaises et d’ailleurs, réalisant, à partir de croquis pris sur son voilier, de grandes toiles remplies de petits rectangles multicolores évoquant les mosaïques, ainsi que de nombreuses aquarelles sur la fin de sa vie.

C’est également en 1915, à Antibes, que naît sa fille Ginette, de sa relation avec Jeanne Selmersheim-Desgrange, qui fut son élève en peinture avant de devenir sa compagne. Signac adoptera Ginette en 1927 et fera d’elle sa légataire universelle par testament l’année suivante. Le peintre meurt d’une septicémie le 15 août 1935 à Paris, à l’âge de 72 ans. Ses cendres sont inhumées au cimetière du Père-Lachaise.  

Paul Signac, Le Port au soleil couchant, Opus 236 (Saint-Tropez), 1892, image © Christie's
Paul Signac, Le Port au soleil couchant, Opus 236 (Saint-Tropez), 1892, image © Christie's

Grand théoricien, il laisse une œuvre profuse, exposée dans les musées en Europe, aux États-Unis et au Japon, mais plutôt rare sur le marché de l’art. En février 2019, sa toile de 1892, Le Port au soleil couchant, Opus 236 (Saint-Tropez), s’est vendue pour 22,7 millions d’euros Christie’s, établissant le nouveau record de l'artiste. Le tableau titré Le port de La Rochelle (1915), estimé à 1,5 million d’euros, a été dérobé au Musée des Beaux-Arts de Nancy en 2018, avant d’être retrouvé en Ukraine près un an plus tard, en avril 2019.  

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