À la fois artiste talentueuse et muse des peintres préraphaélites, Marie Spartali Stillman figure dans de nombreuses œuvres majeures du mouvement. Issue d’une éminente famille de la communauté anglo-grecque du XIXe siècle, Stillman a fait ses premières armes dans l’atelier de Ford Madox Brown en 1865, avant d’exposer deux ans plus tard à la galerie Dudley, où elle présente trois aquarelles de figures féminines. La famille Spartali, qui comprenait le grand mécène de Burne-Jones et de Rossetti, Constantine Ionides et sa famille, ainsi que Maria Zambaco, modèle et maîtresse de Burne-Jones, eu un impact durable sur l'histoire de l'art victorien.

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Le Jardin enchanté (The Enchanted Garden) est une aquarelle réalisée par Marie Stillman en 1889, au plus fort de sa carrière et pendant l’une de ses périodes les plus productives, alors qu’elle signe La première rencontre de Pétrarque et Laura (collection privée), une œuvre qui montre l'influence évidente des sujets littéraires italiens sur son travail à l’époque. Le Jardin enchanté a été présenté à la New Gallery de Londres dès son année de création, succédant à deux autres œuvres aux thèmes dantesques qui lui étaient si chers. Le penchant de Stillman pour ces sujets est en partie dû à son amitié avec le peintre Dante Gabriel Rossetti (époux de la muse Elizabeth Siddal), mais aussi de ses séjours en Italie.
Épouse du diplomate et journaliste américain William James Stillman à partir de 1871, Marie Stillman a dû adopter une vie itinérante, entre l’Amérique, l’Italie et l’Angleterre. Quand la carrière instable de son mari les laissait dans une situation financière difficile, elle complétait leurs revenus en vendant ses œuvres. Le Jardin enchanté a été réalisé alors que la peintre avait développé un esprit commercial pointu, car à la fin des années 1880, c’était elle qui subvenait aux besoins de son mari et de ses six enfants.

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Avec une dimension 78 sur 101 cm, cette aquarelle rehaussée, avec ses couleurs vives et sa composition luxuriante, figure parmi les travaux les plus ambitieux de son œuvre. Acquis par un parent éloigné de son époux en 1900, lors d’un voyage à Boston, le tableau a ensuite disparu jusqu'à sa redécouverte dans les années 1980. Présenté chez Christie’s lors de la dispersion de la collection Joe Setton en décembre 2020, Le Jardin enchanté a décroché 874 500 livres sterling (969 000 euros), devenant l’œuvre la plus chère de Stillman, mais aussi la plus chère peinte par une artiste femme préraphaélite.
Le saisissant tableau reprend le thème de la cinquième nouvelle du recueil Décaméron, de l’écrivain florentin Boccace. Dans le récit, un noble d'Udine, Messer Ansaldo, tombe désespérément amoureux de Madonna Dianora, l'épouse vertueuse d'un autre homme. Afin de repousser ses avances persistantes, Dianora lui promet qu'elle se donnera à lui s'il parvient à faire apparaître, en plein hiver, « un jardin d'herbe verte, de fleurs et d'arbres en fleurs, comme si c'était le mois de mai », mais que s'il échoue, il ne doit plus jamais l’aborder. Ansaldo fait alors appel à un nécromancien pour relever le défi et pour gagner son amour.

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Le Jardin enchanté illustre le moment précis de la réussite d'Ansaldo. Alors qu’un décor enneigé est visible par-delà les arcs du bâtiment, l'intérieur révèle un jardin luxuriant parsemé de fruits et de fleurs. Contrairement à ses assistants stupéfaits, Dianora semble mélancolique, voire horrifiée, à l'idée d’honorer sa promesse. Néanmoins, le récit s’achève sur une note joyeuse, car Dianora confesse sa faute à son mari et sera finalement libérée de sa promesse par Ansaldo.
Les œuvres des peintres préraphaélites et des derniers romantiques de la collection Joe Setton ont atteint un total de 5 635 000 de livres (6 244 420 euros), pour 80 % de lots vendus et 71 % de lots adjugés au-dessus de leur estimation haute. Outre le record de Marie Spartali Stillman, la vacation a établi dix nouveaux records mondiaux, dont celui de l’artiste John Byam Shaw, avec The Queen of Hearts, vendu pour 790 500 livres (876 000 euros).
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