Selon le directeur du développement e-commerce chez Sotheby’s, Brahm Wachter, l’intérêt pour les baskets vintage a connu une croissance exponentielle. Pourquoi ? L'idée de la basket (sneaker) comme un objet d'art se répand. « Je pense que de nombreux “sneakerheads” (personne qui collectionne des baskets, N.D.L.R.) ont été choqués par la rapidité à laquelle cette catégorie s’est développée », confie Wachter, « ainsi que par la qualité des modèles qui émergent aujourd’hui sur le marché. »
Mais comment la sneaker est-elle devenue si populaire ? Pour le savoir, il faut se pencher sur le moment où l'intérêt pour les baskets a monté d’un cran.

Tout a commencé avec Michael Jordan, quelqu'un que toute personne née dans la seconde moitié du XXe siècle connaît. Que vous le connaissiez uniquement comme l'un des plus grands joueurs de basket-ball qui ait jamais existé, ou comme ce gars dans ce film étrange mais génial des Looney Tunes (salut, enfants des années 90), le nom vous est forcément familier.
La relation professionnelle entre Michael Jordan et David Stern, commissaire de la National Basketball Association à partir de 1984, a commencé lorsque Jordan a été repéré en Caroline du Nord, tout comme Charles Barkley. David Stern voulait changer la stratégie marketing de la NBA, ce qu’il a fait en se concentrant sur des joueurs prometteurs plutôt que sur des équipes entières. Les heureux élus étaient Larry Bird, Magic Johnson et bien sûr Michael Jordan. Avec l’arrivée de ce dernier, c’était le début d’une nouvelle ère pour le basket-ball. Jordan a bien vite montré ses talents et avec une solide approche commerciale, Stern a tiré l'Association de la pénombre dans laquelle elle se trouvait avant le départ de Larry O’Brien.

Lorsque Jordan est arrivée sur le terrain, au cours de la pré-saison 1984, dans une paire de Nike rouges et noires, David Stern était furieux. À l'époque, la NBA avait une règle très stricte, la « règle des 51% », qui stipulait que les chaussures portées sur le terrain devaient correspondre à aux couleurs des maillots, et devait également contenir au moins 51 % de blanc. Inutile de préciser, la paire de Nike Air Ship de Jordan étaient à peine blanches. La NBA a envoyé une lettre à Jordan déclarant qu'il recevrait une amende d'environ 5 000 dollars pour chaque match joué avec les Air Ship, que Nike a accepté de payer pour permettre au joueur prodige de continuer à porter leurs chaussures.
Ce qu’il faut retenir, c'est que tout cela s'est déroulé au début des années 1980, quand les « baskets en édition limitée » n’étaient pas encore en vogue. Les Nike Air Ship ont ensuite été faites spécialement pour Jordan, mais le public n’y accordait guère d’attention. Si le même phénomène s’était produit au cours des années 2010, les amateurs auraient probablement demandé le lancement d’une série pour le public, aussi limitée soit-elle. Car c’est vrai, plus une version est limitée, plus les gens se l’arrachent. Tout le monde veut être unique, non ?

La version en blanc et rouge, dont le port ne pouvait pas entraîner d’amendes de la NBA, est cependant beaucoup plus courante. C’est une paire de ce modèle qui a été vendue par SCP Auctions le 26 avril 2015 pour un montant stupéfiant de 71 554 dollars. Le propriétaire, un ancien ramasseur de balle pour les Los Angeles Lakers dans les années 1980, les avaient reçue directement de Jordan dans les vestiaires après un match entre les Bulls et les Lakers le 2 décembre 1984. L'acheteur reste anonyme.
« Nous considérons en quelque sorte les Air Jordan comme la première chaussure que les gens recherchaient plus que la basket normale. L’édition de la nouvelle version, combinée avec l’attitude rebelle de Michael Jordan lorsqu'il portait la paire interdite tout en étant nommé Recrue de l’année, a fourni à Nike une accroche commerciale unique. Cela signifiait l'ouverture d’un tout nouveau segment du marché, rempli d’acheteurs qui allaient faire bouillonner la culture actuelle des baskets », explique Emilian Minas, fondateur du magasin spécialisé Plug Me Please, à Stockholm.
La chaussure Air Mag de “Retour vers le futur” a récemment été relancée en édition (évidemment) limitée, et une paire s’est ensuite vendue chez Heritage Auctions le 11 juin 2017 pour 52 500 dollars.

Plug Me Please n'est en aucun cas une maison de ventes aux enchères, mais cela ne les empêche pas encore de proposer des pièces rares pour des sommes très conséquentes. « La paire de chaussures la plus chère que nous ayons jamais vendue est un prototype de la Pharrell Williams NMD Human Race », se souvient Minas, « et elles se sont vendues pour 65 000 couronnes suédoises (environ 6 000 euros). Juste après cela, nous avons également vendu une paire de chaussures issue de la collaboration de Kanye West avec Louis Vuitton, sortie en 2008, pour 50 000 couronnes (4 600 euros). »
La paire de Nike Air Ship s’est envolée pour une somme astronomique en 2015, mais n’est que la deuxièmes paire de basket portées lors d’un match la plus chère. Les « Flu Game » Original Air Jordan 12 ont trouvé preneur pour 104 765 dollars en 2013. De toutes les marques de baskets, Nike est probablement celle qui a les éditions les plus limitées. La chaussure Air Mag de “Retour vers le futur” a récemment été relancée en édition (évidemment) limitée, et une paire s’est ensuite vendue chez Heritage Auctions le 11 juin 2017 pour 52 500 dollars.

Brahm Wachter a confié que la maison organise des ventes aux enchères de baskets rares depuis un peu moins d'un an. « Notre première vacation était en collaboration avec Stadium Goods (fournisseur de baskets rares et éditions limitées, N.D.L.R.) à l'été 2019, avec une sélection de 100 baskets parmi les plus exclusives et les plus convoitées jamais produites. Lors de cette vente, une « Moon Shoe » de 1972, modèle Nike Waffle Racing Flat a été vendue pour 393 000 euros, le record mondial pour une paire de baskets cédée aux enchères. Presque tous les jours, de nouveaux vendeurs et acheteurs potentiels se manifestent et expriment leur intérêt pour la catégorie, et nous avons vu plusieurs “Saint Graals” de la sneaker que nous souhaitons vendre aux enchères en 2020. À bien des égards, la Moon Shoe nous a vraiment ouvert le marché. La catégorie évolue toujours aux enchères, il sera donc intéressant de voir comment le marché réagira à nos offres cette année, car certaines paires n'ont pas vu la lumière du jour depuis plus 30 ans. »
Selon Emilian Minas, proposer des baskets aux enchères est « une chose intéressante, car généralement les chaussures présentées par les maisons de ventes sont adjugées bien au-delà de leur valeur. » Après tout, si les sneakers sont considérées comme des objets d’art, il « est tout à fait normal qu'elles soient vendues là où toute autre forme d'art est vendue.
Pour les paires plus modernes, les experts utilisent une variété de méthodes pour tracer la provenance, y compris la correspondance des photos pour garantir l’authenticité.
Lorsqu’il s’agit de vendre des baskets qui ont déjà été portées, la provenance est bien évidemment la clé pour savoir ou non si une paire peut être présentée aux enchères. « Les experts et les chercheurs jouent un rôle clé dans le traçage de la provenance et dans la compréhension de l’histoire d’une paire. L’étude des matériaux, par exemple, fait partie du processus. Chez Sotheby’s, nous avons la chance de travailler en partenariat avec des experts qui ont soit beaucoup d’expérience avec des modèles Nike, ou qui ont pu aller fouiner dans les archives pour comparer les moindres nuances entre les modèles. Pour les paires plus modernes, les experts utilisent une variété de méthodes pour tracer la provenance, y compris la correspondance des photos pour garantir l’authenticité » poursuit Wachter.

Dans quelle mesure peut-on donc considérer la sneaker comme un objet d’art ? « Je pense que l'art est (et a toujours été) un dialogue entre une personne et un objet. Quand quelqu'un voit une peinture ou une sculpture et qu’elle leur parle d'une manière ou d'une autre, c’est une interaction qui donne du sens à l’objet. Les sneakerheads ont la même relation avec les baskets. C'est de l'art que vous pouvez porter, ou tout simplement apprécier et admirer. »
Brahm Wachter pense également que la catégorie pourrait apporter un vrai plus à la maison de ventes. « Nous voyons un grand nombre de nos clients s’intéresser à plusieurs catégories et developper de nouveaux domaines d'intérêt. Selon moi, il est très probable que les collectionneurs de baskets soient aussi intéressés par d’autres objets proposés par Sotheby’s -(qu’il s’agisse d’art contemporain, de gravures ou de montres). Compte tenu du succès de nos précédentes ventes aux enchères et de l'intérêt des collectionneurs, les sneakers représentent une belle opportunité de croissance sur le marché des enchères. »

Si tout le monde n'est pas intéressé par une paire de Nike Air Ship, les amateur de baskets appartiennent généralement à une génération plus jeune. Il n’est donc pas impossible que ce segment prenne de l’ampleur et attire ainsi une toute nouvelle génération de collectionneurs dans l’univers des enchères.
Recherchez votre modèle de baskets favori sur Barnebys !
Article rédigé par David Johansson



