En France, les dessins caricaturaux et satiriques connaissent leur avènement au XIXe siècle, en conjonction avec l’émergence du libéralisme et l'essor de la presse de masse. À cette époque, les journaux obtiennent le droit de critiquer plus facilement la politique et les mœurs, et deux publications majeures voient le jour grâce à Charles Philipon : La caricature, suivie de Le Charivari.
En juillet 1830, ce sont les « trois glorieuses », le roi Charles X est renversé et la Restauration laisse place à la Monarchie de Juillet, et avec elle, son nouveau roi, Louis-Philippe. À l’aube de la Monarchie de Juillet, Charles Philipon fait paraître, le 4 novembre 1830, La Caricature. D’abord considéré comme un journal léger se moquant des vices de l’époque, il est devenu, à partir de 1832, une arme d’opposition à la monarchie. La Caricature est l’un des témoins de la lutte politique, et des récriminations qui suivirent l’accès au trône de Louis-Philippe.

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La caricature de Louis-Philippe en poire, dessinée par Charles Philipon en 1831 est certainement l’un des plus grands succès du journal. Philipon a dessiné cette poire lors d'un procès lié à la liberté de la presse, arguant simplement que toute ressemblance avec une personne réelle était fortuite.
Afin de contourner les poursuites auxquelles La Caricature faisait face, Charles Philipon fonde Le Charivari en 1832. Tout comme La Caricature, Le Charivari devient un moyen d’opposition contre le régime et fut souvent condamné par les tribunaux.

Les lois de septembre 1835, faisant suite aux grèves et aux émeutes de 1833 et 1834, rétabliront la censure pour les dessins, gravures et lithographies, et entraîne la disparition de nombreux journaux, ce qui contraint les illustrateurs à abandonner la satire politique au profit de la caricature de mœurs. Si les « lois de septembre » en 1835 marquent la fin de la caricature politique, Le Charivari n’en reste pas moins actif, mais, la ligne éditoriale doit être rapidement changée, pour ne pas connaître le même sort que La Caricature, qui doit césser d'exister.

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Certains des caricaturistes les plus éminents de l'époque ont commencé leur carrière dans les journaux de Charles Philipon, notamment Honoré Daumier au début de la Monarchie de Juillet, Gavarni ou Charles-Joseph Traviès de Villers, dit Traviès. Connu principalement en tant que lithographe, Daumier a produit des milliers d'œuvres graphiques pour La Caricature et Le Charivari, exposant les fonctionnaires et les manières de la bourgeoisie. Bien que ses premières lithographies satiriques remontent à 1828, c'est en 1830 qu'il entame une série de dessins satiriques visant les politiciens ainsi que la corruption et l'incompétence gouvernementale pour La Caricature.

En 1832, Daumier est condamné à six mois de prison pour avoir représenté Louis-Philippe sous les traits de Gargantua de Rabelais. Il poursuit tout de même son travail de caricaturiste politique jusqu'en 1835, année marquée par l'instauration de la loi sur la censure de la presse et l'arrêt de la publication de La Caricature. Philipon lui propose alors de travailler pour Charivari, et Honoré Daumier se tourne ainsi vers des caricatures de mœurs, critiquant les bourgeois, l'art de l'époque et témoignant de certains événements tragiques.
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Gavarni devient, lui aussi, un collaborateur régulier du Charivari, vers 1835. Fin observateur du Paris sous Louis-Philippe et le Second Empire, ses lithographies le propulsent vers la célébrité. Il se spécialise également dans l'illustration du Carnaval de Paris, où il représente de manière humoristique les mœurs légères, les déboires et les abus.

Traviès acquiert sa renommée artistique à travers la caricature et collabore, lui aussi, avec Charles Philipon sur ses deux journaux. C'est là qu'en 1832, il crée son personnage de Mayeux (parfois Mahieux), un bossu symbolisant tous les défauts de la bourgeoisie sous Louis-Philippe. Ce personnage est adopté par de nombreux caricaturistes de l'époque, dont Daumier, et inspire également des personnages emblématiques du Carnaval de Paris. Après 1835, Traviès se tourne également vers le dessin de mœurs et illustre des romans de Balzac.

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La deuxième moitié du XIXe siècle est, elle aussi, riche en caricatures. Fondé en 1865 par François Polo, le journal La Lune connaît un très grand succès et compte André Gill parmi ses principaux collaborateurs. Il y publie des portraits-charges, caractérisés par l'exagération d'une tête énorme sur un corps rétréci, une technique adoptée par la plupart des caricaturistes. En 1867, le journal est condamné par la censure et disparaît, mais il est remplacé par L'Éclipse. C'est à partir de mai 1868, grâce à de nouvelles lois moins sévères sur la presse, que de nouveaux journaux émergent, dont plusieurs journaux dérivés de La Lune, de 1876 à 1879, sous la direction d'André Gill.

André Gill fait ses débuts en tant que dessinateur en 1859, et ses œuvres sont publiées dans divers journaux, dont Le Charivari. C'est dans L'Éclipse que, le 19 juillet 1874, le dessin de « Madame Anastasie » est publié, devenant l'illustration emblématique de la censure à laquelle il est fréquemment confronté.
Ces journaux et caricaturistes qui se sont battus pour la liberté de la presse, ont posé les bases fondamentales de la presse moderne en France. En 1915, Le Canard enchaîné voit le jour, pour devenir ce que l'on connaît aujourd'hui. Hara-Kiri est fondé en 1960, puis interdit en 1970, mais réapparaît en 1972 sous le nom de Charlie Hebdo, avec pour caricaturistes Charb, Tignous, Honoré, Cabu et Wolinski, morts dans l'attentat contre l'hebdomadaire, le 7 janvier 2015. L'histoire de la caricature politique prouve que le combat pour la liberté de la presse est sérieux et jamais complètement gagné.




