Juan Gris naît à Madrid en 1887. Il entame des études de dessin industriel à la Escuela de Artes y Manufacturas. Il intègre ensuite l’atelier du peintre académique Moreno Carbonero. Il arrive à Paris en 1906 et s’installe au Bateau-Lavoir, où il rencontre Picasso, Braque, Léger, Matisse, Modigliani. La vogue fauviste déferle alors sur la capitale, mais le mouvement intéresse peu Juan Gris. Il dessine comme illustrateur pour diverses revues (L’assiette au beurre, Charivari, Le cri de Paris).

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En 1907, la rétrospective Cézanne au Grand Palais impacte de nombreux artistes. La même année, Braque et Picasso livrent deux manifestes, Les Demoiselles d’Avignon et le Grand nu. Le cubisme est officiellement né. Profondément marqué par l’approche volumique de Cézanne, Juan Gris s’engage dans la carrière de peintre dès 1910.

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Ses premières toiles témoignent d’une esthétique franche et d’une palette aux tons estompés (Le Livre, 1911). Les dessins aux contours nets rappellent sa formation de dessinateur publicitaire. Déjà, la lumière s’impose comme un élément primordial. Encouragé par son entourage (et même jalousé par Picasso), Juan Gris peint de nombreuses natures mortes tirant parfois vers la monochromie. Le thème évoque l’héritage des maîtres classiques, qu’il admire au Louvre. Certaines compositions sont proches de l’esthétique futuriste, comme Nature morte avec des bouteilles et des couteaux (1912).

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En 1912, Juan Gris expose la toile Hommage à Picasso au Salon des Indépendants. Apollinaire verra dans ce chef-d’œuvre l’expression d’un « cubisme intégral ». Ses tableaux attestent d’une grande maturité, faits de découpages et de plans superposés (procédé du papier collé). Les jeux constants entre la forme et le fond, entre le rythme et l’espace, servent un imaginaire poétique annonçant le surréalisme. Il s’agit, selon le mot de Mallarmé, de « peindre non la chose mais l’effet qu’elle produit ». Juan Gris se fait remarquer au Salon d’Automne et au Salon de la Section d’or. Les grands marchands du moment, Kahnweiler et Rosenberg, lui permettent d’exposer dans les galeries en France et en Espagne. Corrélativement, il illustre les écrits de Tristan Tzara (Le mouchoir de nuage) et de Pierre Reverdy (Au soleil du plafond).
Durant la Première Guerre Mondiale, Gris et Picasso ne sont pas mobilisés, l’Espagne étant neutre. Chacun se retire quand même dans l’arrière-pays. À Collioure, Gris rencontre Matisse, avec qui il se lie d’amitié. Sa série des fenêtres semble directement inspirée du maître français. La fin des années 1910 coïncide avec l’apogée de son art. Gris peint des toiles magistrales comme Le Tourangeau (1918) ou la série des Pierrots et des Arlequins (1919). Les natures mortes explosent en couleurs pastellisées dans des compositions témoignant d’un rare aboutissement esthétique.

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Après 1918, Juan Gris est pourtant l’un des rares à pratiquer encore « le cubisme ». Picasso et les autres s’éloignent vers les formes plus spéculatives de l’abstraction ou du surréalisme. La mode a déjà changé, mais qu’importe. Gris suit sa pente. Il dessine des décors et des costumes pour les ballets russes de Diaghilev. Il tire le portrait de ses danseurs à Monaco, mais revient vite à Paris. Sa peinture s’ouvre de plus en plus à un esprit poétique qui fera le lien vers Chirico.

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Il est enfin reconnu comme un véritable maître du mouvement. Une exposition majeure lui est consacrée à la galerie Simon en 1923. En 1924, il organise une lecture de ses théories à la Sorbonne. Tombé gravement malade, il meurt prématurément à Boulogne en 1927. « C’est en étant mon propre spectateur que je dégage le sujet de mon tableau », déclarait Juan Gris. Une leçon qui ne sera pas oubliée par la suite, puisque l’Espagnol est devenu l’une des figures majeures de l’art moderne au XXe siècle.

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Le talent de Juan Gris rejaillit inévitablement sur sa cote. En mai 2018, plusieurs toiles étaient proposées lors de la dispersion de la collection Rockfeller (Christie’s New York). La Table de musicien (1914) a été emportée pour 31 millions de dollars (26,3 millions d'euros). Un peu plus tôt, en 2014, la sublime Nature morte à la nappe à carreaux (1915) a atteint la somme de 34,8 millions de dollars (42,3 millions d'euros) chez Christie’s Londres, établissant un record pour l'artiste.
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