Depuis l'Antiquité, la relation entre l’art et le vin est très présente. Dépeint par le biais de personnages enivrés, de la divinité Bacchus, ou tout simplement dans des natures mortes, les représentations ne manquent pas. Retour sur 8 tableaux célèbres qui retracent, du Caravage à Beryl Cook, les rapports empiriques tissés et sans cesse redéfinis, entre la peinture et le vin.
Le Caravage, Bacchus, 1596

Dans cette œuvre du Caravage, Bacchus, Dieu du vin et de l'ivresse, est représenté jeune, à peine vêtu et dans une pose charismatique. Toisant le spectateur, il lui offre un verre de vin, comme pour l’inviter à s’abandonner à l’ivresse et aux plaisirs de la vie. Dans cette scène, dans laquelle certains critiques ont identifié une qualité homoérotique, on remarque également une corbeille de fruits comprenant une grenade ouverte et une pomme pourrie : les deux fruits semblent représenter la vanité de la vie, dans laquelle le plaisir et la jeunesse sont éphémères.
Diego Vélasquez, Le triomphe de Bacchus (Les buveurs), vers 1628-1629

À lire aussi : Les cocktails qui ont inspiré les grands esprits créatifs
Le Bacchus du peintre baroque espagnol Diego Vélasquez est dépeint assis sur un tonneau, entouré de personnages issus de différents milieux sociaux, en train de placer une couronne de lierre sur la tête d'un dévot agenouillé devant lui. La peau du dieu est plus claire que celle des autres sujets et reflète la principale source de lumière de la composition, un détail pensé par Vélasquez pour mieux faire ressortir son sujet. Selon les codes de la peinture baroque, réputée pour illustrer le point le plus dramatique d’une histoire et évoquer l’émotion, l’œuvre est une allégorie de la libération de l'homme de l'esclavage de la vie quotidienne.
Edgar Degas, L'Absinthe, vers 1875-76

À lire aussi : Le scandale derrière la petite danseuse de Degas
L’Absinthe, également connu sous le nom de Buveurs d'absinthe, dépeint les clients d'un café parisien. La femme au centre de la composition attire le regard immédiatement. Son expression morose, son regard perdu dans l’espace et ses épaules tombantes suggèrent la mélancolie, voire la dépression. L'absinthe était à l'époque une liqueur populaire qui a fait sombrer de nombreuses personnes dans l’alcoolisme. Les personnages représentés dans l'œuvre étaient en fait des connaissances d'Edgar Degas, qui, face à cette représentation peu flatteuse, ont estimé que leur réputation était ruinée et se sont fâchés avec l’artiste. Degas a été contraint de déclarer publiquement que les deux personnes n'étaient pas alcooliques.
James Ensor, Les Pochards, 1883

Connu pour ses scènes mélancoliques, James Ensor évoque ici la dureté de la réalité sociale avec une œuvre puissante et sombre, réalisée alors qu'il n’avait que vingt-trois ans. Les murs gris, les traits rudes des deux ivrognes, leurs poses avachies et leurs expressions déprimées semblent presque en contraste avec le verre cristallin délicatement peint sur la table.
Peder Severin Krøyer (1851-1909), Hip, Hip, Hurrah!, 1888

L'œuvre Hip, Hip, Hurrah! du Danois Peder Severin Krøyer illustre les peintres de Skagen, un groupe d'artistes scandinaves qui formaient une communauté libre au Jutland entre les années 1880 et le début des années 1890. Le tableau est réalisé dans le style typique des peintres de Skagen, proche des impressionnistes et des naturalistes. L’apparente convivialité et les jeux de lumière de la scène sont une véritable célébration de la vie, donnant au spectateur l’envie de trinquer avec eux.
Henri de Toulouse-Lautrec, Gueule de bois, vers 1888

À lire aussi : Suzanne Valadon, pinceaux et provocation
La pose dépitée et le regard perdu du sujet de ce tableau de Toulouse-Lautrec appartiennent à la peintre Suzanne Valadon, avec qui l'artiste a entretenu une relation énigmatique et tourmentée. Dans cette œuvre, le peintre français a choisi d’illustrer une femme attablée à un bar, devant une bouteille de vin et un verre presque vide, pour illustrer les difficultés de la société parisienne de l'époque.
Vincent van Gogh, Les buveurs, 1890

À lire aussi : 10 artistes entre le génie et la folie
Ce tableau post-impressionniste de Vincent van Gogh s'inspire d'une œuvre d'Honoré Daumier, que l'artiste néerlandais a découvert lorsqu'il était hospitalisé dans l'établissement psychiatrique Saint-Paul à Saint-Rémy, près d'Arles. Également connu sous le nom des Quatre âges de l'homme, le tableau représente un enfant buvant un verre de lait, un jeune homme buvant de l'eau et deux autres personnages avec un verre de vin. La teinte verdâtre de la version de van Gogh semble être une référence à la couleur de l'absinthe, boisson que le peintre consommait souvent.
Beryl Cook, Dolphin Bar, 1979

Écartée par les grandes galeries et les critiques d'art, la Britannique Beryl Cook a plutôt fasciné de nombreux amateurs, qui ont reconnu la réalité de la société anglaise dépeinte dans ses œuvres, souvent avec humour et honnêteté. Dans Dolphin Bar, nous sommes à l'intérieur d'un pub bondé et, parmi les clients, nous voyons ses personnages à la fois un peu hors norme et caricaturaux, mais en même temps terriblement ordinaires.
Toute expression artistique, quelle que soit sa forme, est le miroir de l'âme du créateur et un vecteur d’émotions pour le spectateur. C'est avec cette note finale que nous concluons notre tour d'horizon de la relation entre les artistes et le vin. Si l'alcool doit être consommé avec modération, son abondance dans l'art doit être sans limites.




