Si la majeure partie de son œuvre (quelque 800 tableaux et 1 500 dessins) appartient encore à des collectionneurs privés, les grands musées internationaux (ceux de New-York en particulier), pourraient à terme prolonger sa postérité à l’échelle cosmique, bien au-delà du « quart d’heure de célébrité » promis par son mentor Andy Warhol.

Jean-Michel Basquiat est né à Brooklyn, New-York, le 22 décembre 1960, de parents d’origine antillaise. On le décrit comme un enfant précoce, parlant couramment trois langues dès l’âge de huit ans. Il s’intéresse également au dessin, et sa mère le conduit régulièrement au Museum of Modern Art (MoMA) pour stimuler sa créativité et encourager une probable vocation d’artiste. C’est elle qui lui offrira, tandis qu’il séjourne à l’hôpital après une ablation de la rate due à un accident, le livre d’anatomie qui influencera ses premières œuvres.
Lorsque ses parents se séparent, Basquiat n’a que huit ans, et comme ses deux sœurs cadettes, il est confié à la garde de son père, qui emmène la fratrie à Porto Rico en 1974. Deux ans plus tard, la famille est de retour à New-York, et Jean-Michel entame un cursus à l’école privée Saint Ann à Brooklyn, où l’apprentissage des arts est axé sur la pratique.

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Cependant, le jeune Basquiat abandonne rapidement ses études et, après une fugue aux côtés de son ami Al Diaz (rencontré à Saint Ann), il fait ses premières armes de graffeur sur les murs et les ponts de Greenwich Village. L’artiste en herbe quitte la maison paternelle avant ses 18 ans pour vivre de son art à la mode underground, vendant cartes postales et t-shirts de sa composition…
À la fin des années 1970, ses œuvres murales assorties de messages codés, signées SAMO (same old shit), se multiplient près des galeries du Village et à Manhattan et sont rapidement remarquées, au même titre que les Radiant babies de Keith Haring qui investissent les murs new-yorkais à la même époque. Plusieurs articles lui sont consacrés, notamment dans The Village Voice et dans Artforum, lequel le surnomme déjà le « Radiant Child » (l’enfant radieux).

Les galeristes ne tardent pas à suivre : Annina Nosei sera l’une des premières à le soutenir financièrement et à accueillir ses œuvres sur toile. Parallèlement, Basquiat se produit dans un groupe de rock alternatif, Gray, au sein duquel on trouve l’acteur de cinéma indépendant Vincent Gallo. Basquiat joue d’ailleurs son propre rôle dans le film d’Edo Bertoglio, intitulé Downtown 81. Sa carrière est lancée, et les expositions monographiques succèdent aux expositions collectives, notamment aux côtés d’artistes néo-expressionnistes comme Keith Haring, Barbara Kruger, Francesco Clemente ou encore Enzo Cucchi.

En 1983, alors âgé de 23 ans, il devient le plus jeune artiste à participer à la Biennale du Whitney Museum of American Art. Les personnages squelettiques et masqués des premières toiles cèdent la place à des représentations moins figuratives, protéiformes et chargées de matières, de collages et de textes entremêlés. Bruno Bischofberger est devenu son marchand exclusif qui, après une brève escapade de Basquiat à Los Angeles, est chargé de lui trouver une nouvelle galerie à New-York.
C’est par son intermédiaire qu’il rencontre Andy Warhol, et la collaboration entre les deux artistes contemporains va faire de belles étincelles, Basquiat prolongeant le rayonnement du père du Pop Art dans son sillage de comète pressée. Le tutorat de Warhol dépasse la sphère artistique pour s’étendre aux notions du commerce et du placement : l’argent ruisselle et, avec lui, les frasques et la drogue… En 1985, le Radiant Child fait la une du New York Times Magazine qui analyse, en contrepoint de son œuvre, son sens aigu du marketing.

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Les critiques s’en donnent à cœur joie : qui manipule qui ? Basquiat monopolise l’attention de la presse, mais restera profondément affecté par la mort de son mentor, le 22 février 1987. L’année suivante, en dépit d’un séjour de désintoxication à Hawaï, il est retrouvé mort, le 12 août, dans son appartement de NoHo, à Manhattan.
Au terme d’une carrière fulgurante à de nombreux points de vue, Jean-Michel Basquiat laisse derrière lui plus de 800 toiles et quelque 1 500 dessins qui sont aujourd’hui, à près de 90 %, entre les mains de collectionneurs privés, de célébrités, et de figures du show-business.

Sa cote, déjà élevée de son vivant, a probablement découragé certains musées de considérer d’importantes acquisitions. « C’est une honte que les musées de New-York n’aient pas d’avantage de Basquiat », confie Michael Holman, son partenaire dans le groupe musical Gray. Certains, comme le MoMA et le Whitney, avaient même refusé (de son vivant), une donation de la part du couple de collectionneurs Leonor et Herbert Schorr.
En 2017, la comète de Brooklyn est devenue l’artiste américain le plus cher de l’histoire, après la vente chez Sotheby’s de l’une de ses peintures non titrées, pour la somme de 110,5 millions de dollars à un homme d’affaires japonais. Dans le classement des 50 artistes clés du premier semestre 2018 publié par Artprice, Basquiat se hissait en 4e position. L’artiste cumulait alors un chiffre de 162 756 656 dollars, pour 64 œuvres vendues depuis janvier 2018.

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Aujourd’hui presque introuvable dans les institutions muséales, des legs et donations pourraient, dans les années à venir, corriger ce que beaucoup de ses fans considèrent comme une aberration. À moins que l’art de Basquiat ne se perpétue là où tout à commencer. Dans la rue.
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