La veille de l'ouverture de l'exposition « Mondrian : Evolution » au K20 de Düsseldorf, l'historienne de l'art et conservatrice Susanne Meyer-Büser remarque que l'une des pièces phares de l’événement, New York City I, de 1941, est exposée à l'envers. Le tableau, fait de rubans adhésifs rouges, jaunes, noirs et bleus, ayant été exposé pour la première fois au MoMA de New York en 1945, aurait passé les quarante dernières années dans un musée à Düsseldorf dans le mauvais sens. Pour la conservatrice, cela ne fait pas de doute puisque dans une photographie de l'atelier de Mondrian de 1944, on y voit la peinture tournée dans l’autre sens. Pour elle, l'image faite de rubans adhésifs rouges, jaunes, noirs et bleus était évidemment dans le mauvais sens. Comme elle l'a dit au Guardian, « La partie du tableau où la grille s'épaissit devrait être en haut, comme un ciel sombre ». Apparemment, quelqu'un d'autre avait d'ailleurs signalé ses doutes il y a un an : l'artiste italien Francesco Visalli, qui avait fait des recherches sur Mondrian et avait écrit au musée pour leur faire savoir qu'il avait « le sentiment qu'il [le tableau] devrait être retourné ».
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La révélation a suscité une tempête de gros titres sur la nature de l'art abstrait du XXe siècle. Et pourtant, il n’y a pas grand-chose à dire sur ce tableau de Mondrian intitulé New York City I. En effet son langage minimal, réduit intentionnellement la figuration à rien d'autre que trois bandes de couleurs primaires organisées à angle droit. Une façon pour l’artiste de représenter New York tel un réseau abstrait. Mais pour les sceptiques du modernisme, l'erreur faite par les conservateurs a alimenté le débat : « voyez, même les conservateurs ne comprennent pas l'art abstrait » !
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Pourtant, un œil aguerri reconnaîtra dans chaque Mondrian la parfaite tension entre l'équilibre et la stabilité. Peter Schjeldahl, le grand critique d'art américain qui est décédé tout récemment, invite le spectateur à « regarder fort » (« watch hard ») le travail de l'artiste, parce que « c'est comme ça qu'on aime Mondrian ». Plus précisément, il recommande d’ « observer comment il est accroché : comme l'a dicté Mondrian, avec le point médian en dessous du niveau des yeux. Cela vous implique physiquement. » [De la chronique de Schjeldahl dans Village Voice, 17 octobre 1995]. Schjeldahl aurait-il remarqué le sens de l’accrochage ?
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Le débat n'est toujours pas réglé. Les portes-parole du musée n'ont pas confirmé le sens jugé correct de l’accrochage, et malgré toute la controverse, la peinture restera suspendue telle qu'elle. Les rubans adhésifs sont déjà lâches et le fait de les tourner maintenant désintégrerait la peinture. Le conservateur de l'exposition Mondrian a déclaré à Metropol que « après tout…il n'y a peut-être pas du tout de bonne ou de mauvaise orientation… ». Sans aucun doute, la question se posera pendant de nombreuses années.
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