Un appartement sur la Seine, la collection d’un amateur parisien
Paris, au cœur du Triangle d’or, à deux pas de la Seine, un appartement d’une élégance folle, décoré par Claude Gallet dans les années 1980, abrite la collection d’un amateur d’art, bientôt vendue aux enchères chez Artcurial. Parmi les plus belles pièces de cette collection, nous vous présentons 6 lots d'exception.

Pièces maîtresses, chefs-d’œuvre impériaux Qianlong
Cette paire de gourdes d’une extrême rareté de forme Bianhu en porcelaine de Chine monochrome bleue de la dynastie Qing et portant la marque sigillaire de l’empereur Qianlong (1736-1795) est la pièce maîtresse de la vente. Grand érudit et mécène, l’empereur Qianlong soutient la culture et les arts, et son règne marque l'apogée de la production et du rayonnement artistique chinois. Il se passionne pour les objets archaïques des dynasties Zhou (1046 à 256 av. J.-C), Shang (1570 à 1045 av. J.-C) et Song (960 à 1279) et apprécie particulièrement les teintes monochromes, déjà populaires à l’époque de son père, ainsi que la forme de ces deux vases. La forme Bianhu proviendrait des gourdes utilisées par les pèlerins d’Egypte, de Syrie ou d’Iran. Ces dernières auraient été introduites en Chine au VIIe siècle sous la dynastie des Tang.

Ces vases présentent un intérêt exceptionnel tant par leur qualité, que par leur provenance. Tout à fait dans le goût Renaissance et d'inspiration sinisante, ces deux vases sont ornés d'une monture de bronze doré, attribuée à Benjamin Lewis Vulliamy (1780-1854). Objets de grands prestiges, ces deux gourdes proviennent des collections du Château de Ferrières du temps du baron James de Rothschild (1792-1868), à l’époque, l’homme le plus riche de France avec le roi. Théâtre des plus grandes fêtes de la haute société, le Château abritait les collections exceptionnelles de tableaux et d’objets d’art acquis par James et son père, Mayer Alphonse de Rothschild (1827-1905), grand collectionneur d’œuvres d’art, ayant une prédilection toute particulière pour les objets à provenance royale. James héritera de l’intérêt et du goût paternel. Il commencera notamment sa propre collection en achetant La laitière de Greuze exposée à l'époque au Château et dorénavant au Louvre. Stéphane Aubert, commissaire-priseur et directeur du département Inventaires & Collections chez Artcurial explique :
La vente de ces vases impériaux, dont la rareté, la qualité et la provenance aristocratique sont exceptionnelles, constituera l’événement de la saison chez Artcurial.

Commode marquetée « en sarcophage »
Cette rare commode dite « en sarcophage » présente un grand intérêt pour les collectionneurs de l'époque Régence. Contrairement à la commode Tombeau qui lui succédera, ce type de commode fut produit en très petite quantité au début du XVIIIe siècle et devient alors un meuble phare de cette période. Les bronzes de ce meuble - masques de Flore pour les entrées de serrure, griffes de lion pour les pieds, chutes à têtes de mascarons féminins - sont inspirés des créations du célèbre ébéniste André-Charles Boulle (1642-1732). D’autre part, son dessus de marbre rouge griotte et sa marqueterie en bois de violette sont très appréciables. Les monogrammes P. M sous la traverse arrière, se réfèrent très vraisemblablement aux initiales de l'ébéniste créateur du meuble ; soit Pierre Moulin, soit Pierre III Migeon (1665-vers 1717/1719) ou alors son fils, Pierre IV Migeon (1696-1758), l’un des plus importants marchands-ébénistes du faubourg Saint-Antoine. La commode présente une étiquette portant l’année 1722 et provient de l’ancienne collection de l’antiquaire Jules Couderc.

École anglaise du XIXe siècle, suiveur de Canaletto
Cette paire d’huiles sur toiles de l’école anglaise du XIXe attribuées à un Suiveur de Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (1697-1768) représentent deux célèbres vues du Grand Canal de Venise (Vedute). Canaletto était un peintre paysagiste vénitien du XVIIIe siècle ayant travaillé en Angleterre et en Italie. Il était très réputé pour ses vues panoramiques des canaux vénitiens et du Palais Ducal, œuvres très recherchées par les collectionneurs de l'époque. Cette paire de tableaux provient de la collection de Madame Robert Tritton et aurait été exposée en 1984 à Londres chez Clovis Whitfield, historien de l'art et marchand d'art londonien.

Paire de candélabres d'époque Louis XIV
Cette rare paire de candélabres, datant du début du XVIIIe siècle, illustre un satyre et une bacchante agenouillée, les deux retenant dans chaque main une bobèche en bronze, ciselé, patiné et doré.
À Versailles, dans la galerie des Glaces, les candélabres comme ceux-ci étaient posés sur de grands guéridons porte-lumière. Le motif ornemental de ce type de chandelier, fait de vases, masques, palmettes, feuillages, rinceaux et autres objets était courant dans le style Renaissance. Plusieurs descriptions de ces « bras de lumière » proposés par Artcurial furent retrouvées dans des inventaires ou des ventes prestigieuses dès le XVIIIe siècle. Plus récemment, des candélabres du même sujet, ont été cédés dans les ventes de collections notamment celle de Vanderbilt-Balsan, dont la vente s’est faite à Paris en 1981 ou encore la vente de la collection Ghislain Prouvost chez Sotheby’s en 2005. La rareté de ce modèle est accrue par sa provenance prestigieuse ; en effet, ils firent très probablement partie de la collection de Charles-Robert Wynn-Carrington (1843-1928), 1er marquis de Lincolnshire. Lord Carrington qui était un brillant homme politique anglais était un proche du roi Edouard VII, à l’époque prince de Galles. Sa collection, dont ces candélabres, fut dispersée par Christie’s à la mort du marquis en 1928.

Paire de panneaux chinois de la Dynastie Qing, XVIIIe siècle
Cette paire de panneaux chinois rectangulaires en bronze doré et émaux cloisonnés fut réalisée au XVIIIe à l’époque de la dynastie Qing (1654-1799). Entre progrès et déclin, la dynastie Qing vit l’agriculture et les arts se développer sous son règne au détriment de l’ingénierie militaire où les Européens gagnèrent en supériorité. Ces deux panneaux sont décorés de deux phrases d’un poème de la dynastie Song (960-1279) : « Pour que la beauté de l’objet existe, il faut qu’elle soit naturelle ; pour diriger un pays, il faut de l’humanité ». La dynastie Song fut particulièrement importante pour le développement des arts en Chine. En effet la culture profite alors de l’impressionnant essor économique et technique du pays ainsi que du soutien sans modération de l'élite lettrée chinoise pour les arts et, en matière de littérature, pour la poésie. Ces vers, gravés en bronze doré sur fond bleu émaillé, reflètent la montée du néoconfucianisme, courant philosophique perceptible dans la création artistique de l’époque.

La Vierge à l’Enfant avec Saint Jean-Baptiste
Girolamo Alibrandi ou Raffaello da Messina (1470–1524), l’auteur de cette huile sur panneau parqueté, était un peintre très célèbre en son temps. Cette représentation de La Vierge à l’Enfant avec Saint Jean-Baptiste dans un paysage est particulièrement représentative de l’œuvre de l’artiste. L’un de ses tableaux les plus célèbres, Vierge à l'Enfant (1516), est exposé dans l'Église Santo Stefano Medio à Messine. Cette huile sur panneau proposée par Artcurial est accompagnée d’un certificat de Mina Gregori en date du 28 avril 1981.
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