Vedette de la vente du soir d’art du XXe siècle, que Christie's a retransmise en direct du Rockefeller Center et qui ne manquait pas de pointures, la toile Femme assise près d'une fenêtre (Marie-Thérèse) a suscité l'intérêt de six enchérisseurs tenaces.
Inspiré par la jeunesse et la beauté statuaire de Marie-Thérèse, rencontrée devant les Galeries Lafayette en janvier 1927, Picasso a peint l'œuvre au cours de l’année charnière de 1932, alors qu’il développe un nouveau vocabulaire plastique et signe l’une de ses séries les plus emblématiques. En effet, le début de l'année 1932 a été marqué par une avalanche de portraits à grande échelle et colorés de sa muse et amante clandestine. Après avoir déifié son profil classique dans une grande série de bustes en plâtre l'année précédente, Picasso a laissé l'influence de sa jeune maîtresse et sa propre euphorie remplir ses toiles.
Marie-Thérèse Walter a parsemé l’œuvre du peintre, représentée à la fois assise et allongée, passant d'une image stylisée érotique à un nu voluptueux de couleur lilas, d’un assemblage de formes à une représentation allégorique de buste classique.

À lire aussi : Les muses les plus célèbres de l’histoire de l'art
Peint le 30 octobre 1932, Femme assise près d'une fenêtre (Marie-Thérèse) est l'un des derniers portraits qui couronnent la série de chefs-d'œuvre de cette année épique. Ici, elle revendique une domination absolue, celle d’une muse idolâtrée régnant désormais comme une divinité sur l'artiste et sa création.
Présentée le 13 mai avec une estimation sur demande, l’œuvre a fait l’objet d’une bataille de 19 minutes avant que le marteau ne tombe à 90 millions de dollars, soit 103,4 millions frais inclus (environ 85 millions d’euros). Comme l’a confirmé Vanessa Fusco, co-responsable de la vente du soir du XXe siècle, « la représentation de Marie-Thérèse Walter par Picasso […] a été le lot phare de la soirée, et la première œuvre depuis mai 2019 à dépasser la barre des 100 millions de dollars, signalant un appétit continu pour les chefs-d'œuvre modernes ».

À lire aussi : L'autre talent de Picasso
La vente a totalisé 481 114 000 dollars, soit 117 % de plus que l'estimation basse et 98 % par lot. La deuxième adjudication la plus élevée de la soirée revient à Waterloo Bridge, effet de brouillard (1899-1903), une toile très attendue de Claude Monet qui a atteint 48 450 000 dollars. Le tableau, l'un des premiers de la célèbre série londonienne de Monet à entrer dans une collection américaine en 1905, était également l'un des rares encore en mains privées.
Mark Rothko s’est offert la troisième place du classement avec Untitled (1970), une toile indigo striée de bandes vertes enlevée pour 38 145 000 dollars. Le pont de Trinquetaille (1888) de Vincent van Gogh n'était pas loin derrière, atteignant 37 400 000 dollars en très peu de temps, selon la maison de ventes.

La vacation s’est tenue quelques jours après la première vente du soir d’art du XXIe siècle (le mardi 11 mai) qui a totalisé 210 471 500 dollars, soit 123 % au-dessus de l'estimation basse. Les deux ventes ont accueilli des enchérisseurs provenant de 29 pays, attiré 1 390 270 téléspectateurs et combiné un total de 691 585 500 dollars. Pas moins de 24 records d’artistes ont été enregistrés, dont ceux de Barbara Hepworth, Grace Hartigan, Alice Neel, Alighiero Boetti, Rashid Johnson ou encore Larva Labs.
Retrouvez l’actualité des enchères sur le Magazine Barnebys !

